Maldives

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 98.5%

Autres : 1.5%

Superficie : 300 m2

Population : 370000 habitants

Cadre juridique pour la liberté religieuse et son application effective

Les Maldives, archipel qui comprend près de 1200 îles, dont seulement 188 habitables, sont surtout connues pour leurs plages paradisiaques et pour le risque de se voir disparaître, en raison du réchauffement climatique. Ce pays accueille près de 1,5 million de touristes par an, dont la plupart arrivent à l’aéroport international situé sur une île éloignée de Malé, l’île-capitale. Près de 150 000 personnes vivent dans cette capitale d’une superficie de 6 km². L’une des zones les plus densément peuplées au monde. Les touristes vont dans les atolls, qui hébergent des dizaines d’hôtels de luxe. Cela signifie que beaucoup d’entre eux ont peu, voire aucun contact, avec la réalité de la vie de cette République où l’islam est religion d’État et où la grande majorité de la population est musulmane sunnite.

Selon la Constitution de 2008, les Maldives ne constituent pas une république islamique. Toutefois, l’article 2 définit les Maldives comme « une république souveraine, indépendante et démocratique, fondée sur les principes de l’islam ».

L’article 10, paragraphe (a), de la Constitution dispose que « la religion de l’État des Maldives est l’islam ».1 Précisant que l’islam est au cœur de la structure juridique du pays, l’article 10 dispose également qu’« aucune loi contraire aux principes de l’islam ne sera promulguée aux Maldives ».

Conformément à l’article 9, paragraphe (b), « nonobstant les dispositions du paragraphe (a), un non-musulman ne peut pas devenir citoyen des Maldives ». C’est pour cette raison que les Maldives prétendent avoir une population musulmane à 100 %. Néanmoins, ces statistiques officielles ignorent la présence dans l’archipel d’une importante population immigrée, de 50 000 à 100 000 personnes selon les estimations, originaires principalement d’Asie du sud (Bangladesh, Sri Lanka, Inde et Pakistan), et qui ne sont pas de confession musulmane.

L’article 19, traitant des restrictions à la liberté, dispose : « chaque citoyen est libre de s’engager dans toute conduite ou activité qui n’est pas expressément interdite par la charia islamique ou par la loi ». Il précise qu’« aucun contrôle ou restriction ne peut être exercé contre une personne, à moins que ce ne soit expressément autorisé par la loi».

L’article 27 établit le droit à la liberté de pensée et à la liberté de communiquer ses opinions et de s’exprimer, mais « d’une manière qui ne soit pas contraire aux principes de l’islam».

Les paragraphes (f) et (g) de l’article 67 disposent qu’il incombe aux citoyens « de promouvoir les valeurs et les pratiques démocratiques d’une manière qui ne soit pas incompatible avec les principes de l’islam » et « de préserver et de protéger la religion d’État qu’est l’islam, la culture, la langue et le patrimoine du pays ». Conformément à l’article 100, le Président et le vice-président de la nation peuvent être destitués par une résolution du Parlement en cas de « violation directe d’un principe de l’islam ». En outre, prêter serment pour une fonction publique exige de jurer « au nom d’Allah le Tout-Puissant » et de dire : « Je respecterai la religion de l’islam ». Même l’éducation est conçue pour promouvoir l’islam. L’article 36, paragraphe (c) de la Constitution dispose que : « l’éducation doit s’efforcer d’inculquer l’obéissance à l’islam, d’instiller l’amour de l’islam, de favoriser le respect des droits de l’homme et de promouvoir la compréhension, la tolérance et l’amitié entre tous les peuples ». Conformément à l’article 70, paragraphe (c), le Parlement « ne peut adopter aucune loi qui contrevienne aux principes de l’islam ». L’article 142 exige que les juges tiennent compte de la charia pour régler les questions qui ne sont pas tranchées dans la Constitution ou le système juridique.La Constitution définit les « principes de l’islam » de la manière suivante : « le Saint Coran et les principes de la charia, dont la provenance n’est pas contestée parmi ceux trouvés dans la Sunna du noble prophète, et les principes dérivés de ces deux fondements ». Le terme « charia islamique » est défini comme : « le Saint Coran et les outils préférés par les érudits au sein de la communauté et les adeptes de la Sunna en ce qui concerne les questions criminelles, civiles, personnelles et autres questions trouvées dans la Sunna ».En plus des restrictions qui se trouvent dans la Constitution, la Loi de 1994 sur la protection de l’unité religieuse vise à unifier la pratique et la prédication de l’islam, ainsi qu’à limiter la pratique et l’expression des religions autres que l’islam sunnite.Conformément à l’article 2 de la Loi de 1994 sur la protection de l’unité religieuse, publiée au Journal officiel du gouvernement en septembre 2011, l’autorisation du gouvernement est requise pour pouvoir prononcer des prêches, donner des conférences sur l’islam et diffuser des informations sur les principes islamiques. Conformément à l’article 4, ces sermons, conférences ou doctrines ne doivent pas contredire l’islam ni le consensus général établi entre les érudits musulmans, ni le Coran, la Sunna ou les hadiths. L’article 4 interdit également que toute autre religion soit prêchée.L’article 6 de la Loi de 1994 sur la protection de l’unité religieuse dispose : « aux Maldives, il est interdit de propager toute religion autre que l’islam ou de faire quoi que ce soit en vue de convertir quiconque à une religion autre que l’islam. Il est également illégal d’afficher en public des symboles ou des slogans appartenant à une religion autre que l’islam, ou de susciter l’intérêt pour ceux-ci ». Conformément à l’article 7 de la même loi, il est également illégal aux Maldives de « transporter ou d’exposer en public des livres portant sur d’autres religions (que l’islam), des livres et des textes qui promeuvent et propagent d’autres religions, ainsi que de traduire en divehi [langue officielle des Maldives] ces livres et textes liés à d’autres religions ». Conformément à l’article 9, « il est illégal pour les non-musulmans vivant aux Maldives ainsi que pour les non-musulmans en visite aux Maldives d’exprimer leurs slogans religieux en public, et d’organiser des activités religieuses en créant des groupes de fidèles et en effectuant de telles activités dans des lieux publics, et en impliquant les Maldiviens dans de telles activités de groupe ». L’article 10 dispose par ailleurs : « il est illégal de posséder, de distribuer ou de propager des programmes, des écrits, des œuvres d’art et de la publicité portant sur des religions autres que l’islam ». Conformément à l’article 12, la sanction prévue pour toute infraction à l’une de ces dispositions légales est, pour les Maldiviens, une peine d’emprisonnement comprise entre deux et cinq ans, et quant aux étrangers qui les transgressent ou les enfreignent, ils « doivent être remis au Ministère de l’immigration et de l’émigration pour être expulsés des Maldives ».En août 2016, l’arsenal législatif a été renforcé par une nouvelle loi sur la diffamation. Ce texte juridique criminalise tout discours, remarque, écrit ou action considérés comme diffamatoires envers « tout adepte de l’islam ». Les éventuels contrevenants sont passibles d’amendes pouvant aller de 50 000 rufiyaas (environ 2 800 euros) à deux millions de rufiyaas (environ 110 600 euros), et de trois à six mois d’emprisonnement. Les publications, y compris celles en ligne, jugées coupables de contenir des commentaires « diffamatoires » peuvent perdre leur licence.2 En 2008, après 30 ans sous la présidence de Maumoon Abdul Gayoom, la République des Maldives semblait avoir pris le chemin de la démocratie multipartite. Un nouveau président, Mohamed Nasheed, avait même été élu démocratiquement, ce qui était considéré comme un événement historique pour le pays. L’accession au pouvoir du président Nasheed, ancien journaliste, écologiste et militant infatigable, avait été suivie d’une focalisation sur la question de la liberté. La Constitution nationale de 2008 affirmait en particulier l’indépendance du pouvoir judiciaire. Néanmoins, en 2012, après trois années plutôt décevantes en ce qui concerne les réformes, le président Nasheed a fait arrêter le juge en chef de la Cour criminelle pour suspicion de corruption. Cette arrestation, suivie de deux jours de troubles, a conduit à la démission du Président. Après des élections présidentielles controversées, le clan Gayoom est revenu au pouvoir avec le président Abdulla Yameen Gayoom, demi-frère de l’ancien dictateur, qui a prêté serment le 17 novembre 2013.Depuis lors, le président Abdulla Yameen Gayoom exerce le pouvoir d’une façon de plus en plus autoritaire. Suite à une tentative d’assassinat en septembre 2015 alors qu’il revenait d’un pèlerinage à la Mecque, et face à des allégations selon lesquelles il serait impliqué dans un scandale de corruption majeur, le Président a fait procéder à un certain nombre d’arrestations arbitraires, y compris dans les hautes sphères de gouvernement. C’est ainsi que deux vice-présidents ont été accusés de trahison alors que deux ministres de la défense ont été placés derrière les barreaux.3 De plus, Mohamed Nasheed a été arrêté en public le 22 février 2015 et condamné à 13 ans de prison pour « terrorisme ». Sa condamnation a fait suite à un procès entaché d’irrégularités.4 En janvier 2016, après avoir obtenu la permission de quitter le pays pour aller suivre un traitement médical à Londres, Mohamed Nasheed a obtenu l’asile politique en Grande-Bretagne où il continue son combat pour la justice.L’approche des élections présidentielles de 2018 a de nouveau tendu l’atmosphère. Le 5 février 2018, le gouvernement a levé l’état d’urgence, décrété 45 jours plus tôt par le président Abdulla Yameen dans le but de neutraliser ses ultimes rivaux. Le Président a eu recours à l’état d’urgence afin d’annuler une décision de la Cour suprême qui avait ordonné la libération de 12 députés de son parti, arrêtés après être passés à l’opposition en 2017. Si le jugement de la Cour suprême avait été appliqué, il aurait fait perdre au Président sa majorité au Parlement. L’état d’urgence a ainsi permis au chef de l’exécutif de consolider son pouvoir quelques mois avant les élections présidentielles prévues pour septembre 2018.Ces luttes de pouvoir sont couplées à des querelles familiales, derrière lesquelles se cachent des intérêts économiques importants. Pendant ce temps, l’islam radical continue de prospérer aux Maldives.

Incidents

Ainsi qu’il ressort de la Constitution qui a été promulguée et du système juridique en vigueur, il n’y a pas de liberté de se convertir de l’islam à une autre religion ni de déclarer ne pas croire en l’islam. Aucune religion autre que l’islam sunnite ne peut être enseignée dans le pays. Les autorités des Maldives prétendent que les étrangers résidant dans le pays peuvent pratiquer leur religion en privé, mais par le passé, de nombreux expatriés chrétiens ont été soit arrêtés soit expulsés pour avoir pris part à un culte en privé.5 Toutes les personnes qui se rendent aux Maldives sont invitées à signer un formulaire d’immigration indiquant qu’ils n’amènent pas de matériel pornographique, d’idoles, d’alcool, de viande de porc ou « matériel contraire à l’islam ».6 L’alcool est disponible dans les hôtels qui accueillent des étrangers sur les atolls, mais il est illégal d’en offrir à un maldivien.

Selon Amnesty International, les milices religieuses qui agissent apparemment en collusion avec la police ont, ces dernières années, commis un nombre croissant d’enlèvements et d’attaques ciblant les rassemblements sociaux, en particulier ceux accusés de promouvoir « l’athéisme ». En 2015, ces milices religieuses ont agressé des manifestants pacifiques avec la complicité de la police, et personne n’a été traduit en justice pour ces agressions. Pour Amnesty International, ces attaques contribuent à une détérioration, décrite comme « alarmante », de la situation des droits de l’homme dans le pays.7

En ce qui concerne une éventuelle présence chrétienne dans les Maldives, la seule chose qui soit certaine, c’est qu’il n’y a pas d’église ni de lieu de culte chrétien dans le pays. Les quelques chrétiens maldiviens n’ont nulle part où se rencontrer, et font de leur mieux pour empêcher que leur foi ne soit découverte. Officiellement, il n’y a pas de chrétiens maldiviens, les seuls chrétiens étant les expatriés. L’importation officielle de Bibles et de littérature chrétienne est catégoriquement interdite.

Ces derniers temps, de plus en plus de graffitis appelant les gens à rejoindre les rangs de l’État islamique (Daech) sont apparus sur les murs de différents atolls. L’influence de l’État islamique se manifeste non seulement par des graffitis, mais aussi par l’importance du recrutement pratiqué par ce groupe terroriste. Selon le journaliste indien Praveen Swami, spécialisé dans les questions de sécurité et travaillant pour The Indian Express, un journal indien, les services de renseignement indiens et occidentaux estiment que, sur une population totale de 370 000 habitants, 200 ressortissants maldiviens sont allés en Irak et en Syrie, soit le contingent le plus important au monde, rapporté à la population du pays.8 Ces ralliements à l’État islamique ont été confirmés par une étude du groupe Soufan en avril 2016.9 Il y a plusieurs raisons qui expliquent ce chiffre, en particulier les liens étroits entre les réseaux djihadistes maldiviens et les groupes extrémistes au Pakistan. On notera également ici l’incapacité des autorités à enquêter sur ces groupes terroristes et leurs campagnes de recrutement qui utilisent les réseaux sociaux. The Indian Express a conclu : « Pour les Maldives, dont l’économie dépend du tourisme, la possibilité d’attaques contre les touristes occidentaux en vacances dans des hôtels isolés sur l’une des innombrables îles de l’archipel est une préoccupation croissante ».

Perspectives pour la liberté religieuse

Le système et les pratiques autoritaires du président Abdulla Yameen se sont heurtés à une opposition croissante, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des Maldives. L’Inde et la Chine se livrent à une intense compétition pour exercer leur influence sur cet archipel, situé stratégiquement sur l’un des principaux axes de communication maritime. Le résultat des élections présidentielles prévues pour septembre 2018 et l’évolution du pouvoir exercé par le président Abdulla Yameen auront un impact déterminant sur les perspectives de liberté religieuse. Pour l’instant, les perspectives sont très incertaines dans un pays où l’islamisme extrémiste et autoritaire prédomine.

 


 

 

  1. Constitution of the Republic of Maldives, Presidency of the Maldives, www.presidencymaldives.gov.mv/Documents/ConstitutionOfMaldives.pdf
  2. Carey Lodge, Christian Today, 10 août 2016, https://www.christiantoday.com/article/severe-restrictions-on-religious-freedom-in-the-maldives-as-defamation-law-passed/92829.htm
  3. Laurence Defranoux, Libération, 24 octobre 2015, http://www.liberation.fr/planete/2015/10/24/attentat-contre-le-president-le-vice-president-arrete_1408598
  4. The Christian Science Monitor, 4 novembre 2015, https://www.csmonitor.com/World/Global-News/2015/1104/Why-Maldives-is-under-a-state-of-emergency
  5. ‘Prospects of Religious Freedom Appear Grim in Islamic Maldives’, Compass Direct News, 12 août 2010, https://www.worldwatchmonitor.org/2010/08-August/23856/
  6. Ibid
  7. ‘Maldives. Les droits humains sont mis à mal tandis que les autorités intensifient la répression’ Amnesty International, 24 avril 2015. https://www.amnesty.org/fr/press-releases/2015/04/maldives-human-rights-in-free-fall-as-authorities-step-up-crackdown
  8. The Indian Express, 15 avril 2015, http://indianexpress.com/article/india/india-others/from-kerala-family-to-ex-gangster-is-pulls-maldives-men
  9. Azim Zahir, 28 avril 2016, The Soufan Group, http://www.soufangroup.com/tsg-report-quoted-on-the-wire-politics-of-radicalisation-how-the-maldives-is-failing-to-stem-violent-extremism/