Mali

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 87.9%

Animistes : 9.7%

Chrétiens : 2.2%

Autres : 0.2%

Superficie : 1240192 m2

Population : 18135000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La Constitution du Mali, considérée comme l’une des plus libérales du monde musulman((Cf. Munzinger Länder: Mali, Munzinger Archiv 2018, https://www.munzinger.de/search/start.jsp)), dispose que le Mali est un État laïc qui garantit à tous les citoyens les mêmes droits, indépendamment de leur appartenance religieuse.((Constitution de la République du Mali, Organisation mondiale de la propriété intellectuelle http://www.wipo.int/edocs/lexdocs/laws/fr/ml/ml004fr.pdf)) La nature laïque de l’État est inscrite à l’article 2 de la Constitution de 1992 : « Tous les Maliens naissent et demeurent libres et égaux en droits et en devoirs. Toute discrimination fondée sur l’origine sociale, la couleur, la langue, la race, le sexe, la religion et l’opinion politique est prohibée ». L’article 4 dispose : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion, de culte, d’opinion, d’expression et de création dans le respect du droit ».((Ibid.)) La Constitution du Mali garantit clairement et sans équivoque le droit à la liberté de culte et le droit de professer sa foi par des actes de culte individuels ou collectifs.

En juin 2017, l’Assemblée nationale du Mali a adopté un projet d’amendement constitutionnel visant notamment à renforcer l’autorité du Président. Ce projet a fait l’objet de controverses et, en août 2017, le président Ibrahim Boubacar Keïta a annoncé que le gouvernement abandonnait cet amendement((‘Mali’, Das Länder-Informations-Portal (LIPortal), Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), https://www.liportal.de/mali/geschichte-staat/#c976)).

Le code pénal suit également une approche fondamentalement libérale. Il considère que toute forme de discrimination fondée sur la religion est aussi répréhensible pénalement que la violation de la liberté de religion.((Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, ‘Mali’, International Religious Freedom Report for 2016, U.S. State Department, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper))

La situation en matière sécuritaire est restée très instable au cours de la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018). Divers groupes terroristes islamistes, tels que l’État islamique (Daech) ou Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) ont également exercé leur influence dans ce pays.((Munzinger Archiv 2018. Op. cit.)) Cela cause des problèmes aux minorités religieuses qui, en raison de leur faible nombre, sont parmi les groupes les plus vulnérables de la société malienne.((Ibid.))

Les vastes territoires sahéliens du continent s’étendent du Sahara, au nord, à la savane humide, au sud. Après un coup d’État militaire en mars 2012, le pays a plongé dans le chaos dont il n’a pas encore récupéré. Lorsque les djihadistes et les groupes rebelles ont menacé d’envahir tout le pays, la France – ancienne puissance coloniale (jusqu’en 1960) – est intervenue militairement((‘Mali country profile’, BBC News, 28 juin 2017, http://www.bbc.com/news/world-africa-13881370)), et début 2013, avec l’aide des forces africaines, les troupes françaises ont repris le contrôle du nord du pays. Les Français ont par la suite transféré les responsabilités à la MINUSMA((Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali.)), la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali, et continuent à maintenir une puissante unité antiterroriste au Mali. La France est à la tête de la mission Barkhane((Neue Zürcher Zeitung Online, 14 février 2018, https://www.nzz.ch/international/terroristen-bei-einsatz-des-franzoesischen-militaers-in-mali-getoetet-ld.1357463)), forte de 4000 hommes, au sein de laquelle le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad collaborent avec les militaires français. Leur objectif commun est de lutter contre la menace terroriste transfrontalière dans la région du Sahel. En outre, en février 2017, les pays du « G5 Sahel » – le Mali, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Niger et le Tchad – ont convenu de créer une force antiterroriste commune ouest-africaine, notamment avec le soutien financier de l’Arabie saoudite.((Cf. Munzinger Archiv 2018, op. cit.))

L’important engagement militaire international au Mali et la région démontre à quel point le danger djihadiste a été grand au cours de la période faisant l’objet du présent rapport – et il est probable qu’il le restera à l’avenir. Le Mali est majoritairement musulman sunnite. Près de 13 % de la population appartiennent à d’autres religions. Les chrétiens représentent un peu plus de 2 % de la population, dont deux tiers de catholiques et un tiers de protestants. Le Mali abrite également des adeptes des religions traditionnelles africaines (près de 9 %). Certains musulmans et certains chrétiens incorporent également des traditions africaines dans leurs pratiques rituelles.((For the share of different religious communities in the total population, cf. Grim, Brian et. al. (eds.): Yearbook of International Religious Demography 2017, Leiden/Boston: Brill, 2017.)) Alors que la partie méridionale du pays est considérée comme relativement sûre, la situation au nord reste tendue. Il existe des menaces d’attentats terroristes liées aux activités de contrebande.

Incidents

Selon l’organisation allemande de défense des droits de l’homme, Gesellschaft für bedrohte Völker (GfbV)((Gesellschaft für bedrohte Völker, https://www.gfbv.de/en/)), l’armée malienne a été submergée par les besoins de protection des populations civiles. Au moins 78 personnes ont perdu la vie dans des attentats terroristes dans le nord et le centre du Mali, entre le début du mois de janvier et la mi-février 2018.(( News, 28 janvier 2018, http://www.vaticannews.va/de/welt/news/2018-01/mali–gewalt-nimmt-weiter-zu.html)) Selon la GfbV, 31 personnes ont été tuées le 27 janvier 2018 lorsque des miliciens islamistes ont attaqué un camp militaire près de la ville de Tombouctou. Deux jours plus tôt, le 25 janvier 2018, 26 civils ont été tués lorsque leur autobus a heurté une mine. Pour aggraver les choses, selon la GfbV, le conflit touareg dans le nord du pays n’est toujours pas terminé, malgré un accord de paix signé en 2015.

L’armée du Mali perd aussi des troupes chaque semaine. Selon la GfbV, 716 soldats ont été tués en 2017 et 548 forces de sécurité ont été blessées dans les régions du nord et du centre du pays. Même pour les Casques bleus de l’ONU, aucun théâtre d’opérations au monde n’est plus dangereux que le Mali : 21 membres armés et sept employés civils de l’ONU sont morts en 2017.(( Ibid.))

Les responsables musulmans et chrétiens ont condamné à maintes reprises la violence(( Un aperçu du nombre de civils et de soldats tués peut être trouvé sur wikipedia. Voir ‘Northern Mali conflict, Wikipediahttps://en.wikipedia.org/wiki/Northern_Mali_conflict)) à laquelle sont exposés non seulement les chrétiens, mais aussi et dans de nombreux cas les musulmans modérés. Ils rappellent aux observateurs la longue tradition de coexistence pacifique des groupes religieux et confessionnels au Mali.((Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, op. cit.))

Perspectives pour la liberté religieuse

 Comme dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, la liberté religieuse au Mali est étroitement liée à la question de la sécurité. Si le djihadisme et les activités criminelles qui s’y rattachent – qui affligent les membres de toutes les religions et confessions du pays – peuvent être arrêtés, la situation de la minorité chrétienne s’améliorera vraisemblablement. En outre, la coexistence pacifique des religions au Mali repose sur une longue tradition encore respectée dans de nombreuses régions du pays, malgré la violence. La réconciliation semble donc possible.

La petite minorité chrétienne du Mali s’est félicitée de la stabilisation du pays grâce à l’engagement militaire international.((Fides, 14 décembre 2017, http://www.fides.org/en/news/63399-AFRICA_MALI_Mali_is_the_epicenter_of_jihadist_groups_that_rage_in_Sahel)) La création de forces ouest-africaines pour lutter contre le djihadisme est un signe d’espoir, non seulement pour le Mali, mais aussi pour toute la région subsaharienne. Mgr Edmond Dembele, Secrétaire général de la Conférence épiscopale du Mali, a exprimé son soutien à la résolution créant la force de maintien de la paix « G5 Sahel » pour l’Afrique de l’Ouest, afin de stabiliser la région. Selon lui, la situation en matière de sécurité a été alarmante pendant des mois dans un certain nombre de régions du Mali.

Le siège des troupes du G5 se trouve à Bamako, mais les troupes sont également censées se déployer au Niger et au Burkina Faso. Mgr Dembele a déclaré : « Nous avions espéré qu’avec la signature de l’accord de paix d’Alger, en juin 2015, les conditions de la pacification et de la stabilisation du pays seraient venues à se créer ».(( Crux, 29 décembre 2017, https://cruxnow.com/global-church/2017/12/29/church-mali-welcomes-international-stabilization-force/, voir aussi AFRIQUE/MALI – Le Mali, « épicentre des groupes djihadistes sévissant au Sahel », Fides, http://www.fides.org/fr/news/63399-AFRIQUE_MALI_Le_Mali_epicentre_des_groupes_djihadistes_sevissant_au_Sahel)) Il a ajouté : « En effet, pendant quelques mois après la signature de l’accord, nous avons connu un moment de paix relative. Cependant, depuis près d’un an, nous assistons à un retour de l’insécurité, surtout dans le centre du Mali et même dans la capitale, Bamako, où ont été perpétrés des attentats ».((Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, op. cit.))

En plus du djihadisme, la contrebande joue un rôle central dans le façonnement du destin du pays, à savoir la contrebande. ((Ibid. « Ces groupes sont liés aux trafics illégaux – d’armes, de drogue, de cigarettes, d’êtres humains… – qui sont concentrés dans le centre du Mali. Il s’agit de trafics très rentables et les contrebandiers tout comme les djihadistes ont intérêt à semer le chaos pour empêcher l’Etat de contrôler la zone et de faire appliquer la loi », conclut le père Dembele.)) En effet, la résolution du conflit dans le nord est rendue beaucoup plus difficile par un commerce de contrebande florissant.((Das Länder-Informations-Portal, op. cit.)) Outre les êtres humains et les marchandises, les armes et les drogues font également l’objet d’un trafic, et de nouvelles routes internationales pour la contrebande de drogues continuent d’être découvertes. En 2009, la découverte dans le désert du nord du Mali d’un aéronef utilisé pour transporter de la cocaïne en provenance d’Amérique latine a retenu l’attention de la communauté internationale.

La question de savoir si la présence de troupes étrangères au Mali arrêtera, ou même inversera la propagation des activités criminelles et le djihadisme dans la région, reste sans réponse. « Le Mali est notre Afghanistan », titrait le journal français Le Monde en novembre 2017.((Kersten Knipp, Deutsche Welle, 2 janvier 2018, http://www.dw.com/en/islamic-state-seeks-new-foothold-in-africa/a-41977922)) Les modèles étaient similaires dans les deux pays : un succès militaire (le nord du Mali a été repris par les troupes françaises en 2013), puis un effort de reconstruction raté, suivi par la propagation progressive d’un nouveau soulèvement dirigé par des forces plus brutales et faisant preuve d’une plus grande intelligence politique que les précédentes. Les raisons sont complexes : on peut s’attendre à ce que l’engagement des forces occidentales diminue à long terme – en raison, en grande partie, de la perte de confiance dans les partenaires locaux. Les autorités locales, d’autre part, sont marginalisées par leurs protecteurs occidentaux. Les étrangers leur disent quoi faire, même s’ils ne comprennent pas les conditions locales – comme la façon de traiter avec les clans, les tribus, les factions politiques ou la milice.((Ibid.)) Pendant ce temps, le djihadisme continue de se développer.