Maroc

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 99.6%

Autres : 0.4%

Superficie : 446550 m2

Population : 34817000 habitants

Cadre juridique de la liberté de la religion et son application effective

Le Maroc est une monarchie héréditaire gouvernée par une dynastie sunnite qui règne depuis des siècles. Le monarque actuel est le roi Mohammed VI, considéré comme un descendant du prophète Mahomet. Plus de 99 % de la population sont musulmans sunnites de l’école malékite-acharite. Les autres groupes religieux – dont des juifs – représentent moins de 1 % de la population. La communauté juive est très ancienne, et la majeure partie des juifs sont partis après la création de l’État d’Israël. Les dirigeants de cette communauté estiment que le nombre de juifs est, au maximum, de 4 000 membres seulement, la majorité d’entre eux habitant à Casablanca.((PBS, 29 juillet 2015, https://www.pbs.org/newshour/world/morocco-muslims-jews-study-side-side))

Les dirigeants de la communauté chrétienne du pays estiment que les chrétiens de toutes confessions sont au total environ 40 000 (dont 30 000 catholiques romains et 10 000 protestants).((Marion Joseph, La Croix International, 5 janvier 2017, https://international.la-croix.com/news/moroccos-christian-converts-pray-in-hiding/4445)) Selon des sources non confirmées, ils ne seraient qu’au nombre de 5000. Les chrétiens sont étrangers dans leur grande majorité. Ils utilisent les églises construites à l’époque du protectorat français (1912-1956). On ne sait pas clairement combien de citoyens musulmans se sont convertis au christianisme. Certains avancent le chiffre de 8000. De petits groupes de chiites et de bahaïs vivent dans le pays. Selon la Constitution marocaine, le pays est un État musulman souverain. L’article 3 dispose : « L’islam est religion d’État, qui garantit à tous le libre exercice des cultes ».((Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, ‘Morocco’, International Religious Freedom Report for 2016, U.S. State Department, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper)) La Constitution interdit que des partis politiques, des parlementaires ou des amendements constitutionnels ne portent atteinte à l’islam.((Jeffrey Jay Ruchti (ed), Morocco Draft Text of the Constitution Adopted at the Referendum of 1 July 2011, World Constitutions Illustrated, William S. Hein & Co., Inc. Buffalo, New York 2011, http://www.constitutionnet.org/files/morocco_eng.pdf)) Le Parlement européen reconnaît que la liberté religieuse est constitutionnellement garantie au Maroc, mais ajoute que « les chrétiens, et surtout les musulmans qui se sont convertis au christianisme, font face à de nombreuses formes de discrimination » et « ne sont pas autorisés à mettre les pieds dans une église ».((Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada : Maroc : situation générale des musulmans convertis au christianisme, et plus particulièrement ceux qui se sont convertis au catholicisme ; leur traitement par les islamistes et les autorités, y compris la protection de l’État (2008-2011) http://www.refworld.org/docid/4f4361e72.html [voir note de bas de page n°13]))

L’article 41 dispose que le roi, en tant que « commandant des fidèles, veille au respect de l’islam ». L’article 41 ajoute qu’il est le « garant du libre exercice des cultes » et qu’il préside le Conseil supérieur des oulémas. Ce Conseil est la seule instance habilitée à commenter et à accepter les décrets religieux (fatwas) officiellement acceptés conformément aux « préceptes et desseins de l’islam ». L’article ajoute que ce Conseil est institué par Dahir [décret royal].((Jeffrey Jay Ruchti , op. cit.))

En vertu du code pénal marocain, le prosélytisme des non-musulmans, c’est-à-dire le fait « d’ébranler la foi » de la population musulmane, est illégal.((Open Doors, 31 janvier 2015, https://www.opendoorsusa.org/take-action/pray/morocco-christian-arrested/)) La distribution de matériel religieux non islamique est également restreinte.((Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, op. cit.))

L’article 220 du code pénal prévoit une peine d’emprisonnement de six mois à trois ans et une amende de 100 à 500 dirham (environ 11 à 55 dollars)((Code pénal, promulgué par le Dahir n°1-59-413 du 26 novembre 1962 (28 Jumada II 1382), WIPO Lex, http://www.wipo.int/wipolex/en/details.jsp?id=7323)), pour toute personne qui « emploie des moyens de séduction dans le but d’ébranler la foi d’un musulman ou de le convertir à une autre religion, soit en exploitant sa faiblesse ou ses besoins, soit en utilisant à ces fins des établissements d’enseignement, de santé, des asiles ou des orphelinats ».((‘Christian man arrested’, Open Doors, 31st January 2015, op. cit.))

Conformément à la législation, la conversion volontaire n’est pas un crime.((Larbi Arbaoui, Morocco World News, 9 juillet 2015, http://www.moroccoworldnews.com/2015/07/162856/there-is-no-law-that-punishes-apostasy-moroccan-minister/)) Cependant, des cas d’arrestation ont été signalés, dont le cas d’un Marocain converti au christianisme soupçonné de prosélytisme.((‘Morocco Christian Arrested’, op. cit.; Morocco World News, 22 janvier 2015, http://www.moroccoworldnews.com/2015/01/149976/morocco-christian-convert-arrested-in-fez/)) Le code pénal marocain ne prévoit pas la peine de mort pour les apostats de l’islam.

L’article 219 du nouveau projet de code pénal « prévoit une peine d’emprisonnement d’un an à cinq ans contre quiconque est coupable d’ébranler, d’offenser ou d’insulter Dieu et les prophètes de quelque manière que ce soit ».((Larbi Arbaoui, Morocco World News, 2 avril 2015, https://www.moroccoworldnews.com/2015/04/155330/morocco-toughens-law-against-blasphemy-sexual-harassment/)) En vertu de l’article 223, toute personne reconnue coupable de vandalisme sur des lieux de culte ou des textes sacrés peut être condamnée à une peine de prison de six mois à deux ans.((Larbi Arbaoui, op. cit.))

Le statut personnel des citoyens musulmans est régi par l’interprétation nationale de la charia. Les hommes de confession musulmane peuvent épouser des femmes non-musulmanes mais les femmes musulmanes ne peuvent pas épouser d’homme non-musulman. Les juifs disposent de tribunaux rabbiniques qui supervisent les questions liées à leur statut personnel, comme le mariage ou les successions mais les chrétiens n’ont pas de statut juridique qui garantisse leurs droits en tant que minorité.((Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada : Maroc : situation générale des musulmans qui se sont convertis au christianisme, et plus particulièrement ceux qui se sont convertis au catholicisme ; leur traitement par les islamistes et les autorités, dont la protection de l’État (2008-2011), 10 novembre 2011, MAR103889.FE, http://www.refworld.org/docid/4f4361e72.html)) En outre, aucune Église n’est autorisée à admettre les Marocains convertis au christianisme.

La rupture du jeûne du Ramadan en public est un crime sanctionné par le code pénal de six mois de prison et d’une amende pouvant aller jusqu’à 500 dirhams.((Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, op. cit.))

Le gouvernement marocain serait également en train d’élaborer des initiatives dans le domaine de la sécurité, afin d’empêcher les groupes extrémistes de radicaliser une partie de la population.((US News, 16 avril 2015, https://www.usnews.com/news/articles/2015/04/16/moroccan-government-delves-into-citizens-religious-lives-to-purge-extremism)) Mbarka Bouaida, vice-ministre des affaires étrangères du Maroc, a déclaré : « Cette idée d’avoir une stratégie spécifique dans le domaine religieux a vraiment pour but de préserver la population marocaine de tout extrémisme ou de tout message terroriste, et c’est d’une grande aide. Cela a aidé à conserver notre islam modéré. Cela a également contribué, d’une certaine manière, à réussir à accomplir le processus de déradicalisation ». Il a ajouté : « Cela nous aide à comprendre ce nouveau phénomène, et peut-être à trouver des solutions à long terme ».

L’approche du gouvernement est de considérer l’islam sunnite comme un service civil ainsi qu’un système de croyance. En vertu des nouvelles mesures de sécurité, tous les sermons du vendredi sont maintenant surveillés par le gouvernement. En outre, tous les imams sont examinés et doivent passer un cours de certification avant d’effectuer les prières du vendredi, toutes les mosquées devront désormais respecter des normes de sécurité spécifiques et être contrôlées en tant qu’édifices publics, les normes appliquées par le gouvernement s’appliquent maintenant à l’instruction religieuse et les femmes ont le droit de devenir des « mourchidas », ou auxiliaires religieuses, au sein des communautés musulmanes.

Incidents

ant le gouvernement que la société agissent pour restreindre la liberté religieuse des citoyens. Mais il y a aussi eu des signes encourageants.

Désireux d’obtenir plus de reconnaissance et de pouvoir mener une vie religieuse publique, un groupe de Marocains convertis au christianisme s’est récemment rassemblé pour former la Coalition Nationale des Chrétiens Marocains. En avril 2017, ils se sont rapprochés du Conseil national des droits de l’homme((Saad Eddine Lamzouwaq, Morocco World News, 1er mai 2017, https://www.moroccoworldnews.com/2017/05/215356/moroccan-christians-speak-demand-right-worship/)), appelant à la fin de la persécution à leur encontre. Il semble que certains chrétiens au Maroc commencent à revendiquer leurs droits et à dénoncer la discrimination dont ils font l’objet.((Sonia Farid, El Arabiyah English, 22 mai 2017, https://english.alarabiya.net/en/features/2017/05/22/Are-Christians-in-Morocco-emerging-from-shadows-of-the-past-.html))

Leurs principales exigences sont d’obtenir le droit de prier dans des églises, de se marier selon leur religion, de donner à leurs enfants des noms chrétiens et d’être enterrés dans des cimetières chrétiens. Le porte-parole de la Coalition Nationale des Chrétiens Marocains, Mustafa Susi, a déclaré : « Le groupe a également demandé le droit de décider s’ils veulent que leurs enfants assistent aux cours d’instruction religieuse musulmane à l’école »((Ibid)). Bien que la situation tende globalement à s’améliorer, célébrer publiquement une fête chrétienne, créer un groupe de prière chrétien, ou même prier en public, continue de poser problème.

Les chrétiens marocains reconnaissent en général que les arrestations ont presque cessé. Un converti au christianisme, maintenant pasteur protestant, a noté que « le harcèlement s’était raréfié ».((Hamza Mekouar, Yahoo News, 30 April 2017, https://sg.news.yahoo.com/moroccos-christian-converts-emerge-shadows-040700450.html)) Mais des pressions sociales, voire des menaces pour la sécurité, subsistent : des textes religieux ont été confisqués. Très peu de convertis s’expriment, parce qu’ils craignent d’être harcelés dans les rues, injuriés verbalement et – à de rares occasions – agressés physiquement.((Sarah Williams, Culture Trip, 27 octobre 2017, https://theculturetrip.com/africa/morocco/articles/why-are-there-hidden-christian-communities-in-morocco/))

Les universitaires, les chercheurs, les militants des droits de l’homme, les prédicateurs et les représentants des minorités religieuses observent que la liberté religieuse progresse. Cependant, les progrès sont lents et semés d’embûches. Un exemple de cela est la rencontre, à la mi-novembre 2017, entre les représentants des minorités religieuses du Maroc, dont la Commission marocaine des minorités religieuses, et des acteurs de la société civile.((Universitaires et chercheurs, militants des droits de l’homme, prédicateurs et représentants de minorités religieuses.)) Bien que la réunion ait été considérée comme un grand pas en avant, l’un des organisateurs a déploré qu’il y ait eu un changement de lieu et que « certains orateurs se soient retirés après avoir subi des pressions. En outre, certains médias ont décrit les participants comme des “athées” et des “homosexuels” ».((Mail, 18 novembre 2017, http://www.dailymail.co.uk/wires/afp/article-5096439/Morocco-minorities-call-religious-freedom.html))

Perspectives pour la liberté de religion

Malgré des signes d’avancées de la liberté religieuse dans le pays, les commentateurs se demandent si la lutte du gouvernement contre le djihadisme va à l’encontre des changements sociaux dans le pays. Compte tenu de l’évolution évidente de la société vers le conservatisme islamique, des experts tels que le politologue marocain Abdeslam Maghraoui disent que « la direction générale prise par le pays ne semble pas coller avec l’idée que le Maroc fait un effort pour se débarrasser des idéologies extrémistes ». Il ajoute : « Le Maroc est vraiment devenu plus conservateur et le gouvernement ne sait pas comment réagir. Ou pire, il pourrait même être manipulé par cette tendance à ses propres fins politiques ».((Paul D. Shinkman, ‘Can Government Purge Extremism From Islam?’))

Plus récemment, le roi a proposé une réforme de l’éducation afin de lutter contre les idées extrémistes. Il a exhorté la commission à réviser les manuels scolaires en supprimant les contenus problématiques des dits ouvrages. Le ministre de l’éducation, Rachid Benmokhtar, a déclaré que les manuels scolaires étaient soumis à une « opération de nettoyage ». Sur les 390 livres examinés, 400 commentaires ont été formulés concernant 147 textes. Il a été dit aux rédacteurs des manuels qu’ils ne pouvaient pas republier de livres sans apporter les modifications nécessaires concernant ce que le ministre qualifiait de « contenu discriminatoire à l’égard d’un sexe ou de groupes raciaux, ainsi qu’envers les personnes handicapées et les citoyens des campagnes ».((Myriam Ait Malk, Morocco World News, 21 juin 2016, https://www.moroccoworldnews.com/2016/06/189641/morocco-to-clear-out-discriminatory-content-from-school-textbooks/))

En ce qui concerne la question des convertis et de la liberté de religion et de croyance en général, le Maroc est confronté à un dilemme. D’une part, le pays veut rester strict, conformément à l’école malékite de la jurisprudence islamique, surtout afin d’éviter de déplaire à la frange la plus conservatrice de la société. D’autre part, il veut projeter une certaine image d’ouverture vers les pays occidentaux.((Marion Joseph, op. cit.))

Bien qu’il existe des signes encourageants, les chrétiens sont toujours privés de reconnaissance officielle. L’obtention d’une telle reconnaissance serait une étape importante en termes d’amélioration de leur statut juridique, social et de leur sécurité.