Mauritanie

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 99.1%

Autres : 0.9%

Superficie : 1030700 m2

Population : 4166000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La Mauritanie, pays peu peuplé de l’Afrique de l’Ouest, est une République islamique depuis son indépendance en 1960. C’est le seul État islamique en Afrique, depuis que la Gambie est redevenue une république laïque.1 Le fait que la population de Mauritanie soit presque entièrement musulmane a un impact profond sur la vie quotidienne dans le pays.

L’islam est la religion d’État du pays, et la citoyenneté est réservée aux musulmans. L’apostasie de l’islam est punie de la peine de mort.2 La liberté religieuse n’est pas mentionnée dans la Constitution de 1991. En outre, l’article 23 dispose que le Président du pays doit être musulman.3

Les rares fidèles d’autres religions dans le pays n’ont aucun moyen de vivre leur foi, du moins en public. La charia s’applique aux questions de droit civil, en particulier en ce qui concerne les questions familiales. Dans certains domaines, les violations de la charia sont sévèrement sanctionnées, par exemple par la flagellation. À ce jour, la peine capitale pour apostasie de l’islam n’a encore jamais été réellement infligée.4 Officiellement, la population traditionnellement nomade de Mauritanie est à 100 % musulmane. Il s’agit presque exclusivement de sunnites5, principalement organisés en confréries soufies (Qadiriya, Tijāniyyah, Hamawiya). Chinguetti est l’une des villes saintes de l’islam.

Incidents

Au cours de la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018), l’attention internationale s’est maintenue sur le cas du blogueur Mohamed Cheikh Ould Mohamed, condamné à mort en 2014 pour blasphème. Sur son blog, il avait critiqué l’exclusion sociale de la caste des forgerons et l’abus de la discrimination religieuse à l’encontre des minorités ethniques et sociales. Le 9 novembre 2017, la Cour d’appel de Nouadhibou a réduit la peine à deux ans d’emprisonnement et une amende.6 L’intéressé avait auparavant effectué quatre années de détention. Cependant, il continue d’avoir peur pour sa vie. Dans de nombreuses villes de Mauritanie, des musulmans ont manifesté contre la décision judiciaire et ont exigé que la peine de mort soit exécutée.7

Le gouvernement mauritanien a renforcé la législation sur le blasphème.7 Depuis novembre 2017, le blasphème et l’apostasie sont passibles de la peine de mort, même au cas où l’accusé s’excuserait de ses actes. Selon les organisations de défense des droits de l’homme, les différends sont désormais soumis à un risque encore plus grand d’arbitraire et d’abus. Les lois sur le blasphème font régulièrement l’objet d’un usage abusif dans de nombreux pays musulmans, par exemple à l’occasion de conflits de voisinage ou pour tout autre conflit interpersonnel. Jusqu’à récemment, l’article 306 du code pénal mauritanien ne prévoyait la peine de mort que si l’accusé refusait de manifester des remords. C’est en 1987 que la peine de mort a été infligée dans le pays pour la dernière fois.7

La présence évidente de l’islam radical dans la société mauritanienne offre également une brèche aux groupes djihadistes étrangers qui cherchent à prendre pied en Afrique de l’Ouest.8 Jusqu’à présent, la Mauritanie était considérée comme relativement sûre, mais il existe des signes d’expansion du djihadisme islamiste dans le pays.9 En 2017, dans le cadre de l’organisation « G5 Sahel », les pays sahéliens de Mauritanie, du Mali, du Niger, du Burkina Faso et du Tchad ont uni leurs forces pour combattre la violence, la criminalité organisée, l’instabilité des États et le terrorisme, en s’appuyant sur une unité de 5000 soldats. L’alliance G5 Sahel est contrôlée à partir de Nouakchott, capitale de la Mauritanie. Mi-décembre 2017, le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel ont rejoint les pays du G5 Sahel en accroissant les ressources militaires pour combattre le terrorisme. L’armée devait être opérationnelle mi-2018. Cependant, ce délai est discutable, car l’armée manque d’équipement et de formation.10

Selon une étude publiée par le groupe de réflexion américain NSI, la propagation du djihadisme est liée à de nombreux facteurs.11 Idéologiquement, la région du Sahel est plutôt difficile pour les groupes djihadistes comme Al-Qaïda et l’État islamique (Daech), souligne l’étude, car les habitants de la région ne sont généralement pas réputés pour leur ferveur religieuse. Cependant, la sensibilité aux mouvements extrémistes a également augmenté dans le Sahel. Cela résulte de la propagation du wahhabisme, une interprétation de l’islam sunnite originaire d’Arabie Saoudite. Il est à craindre que le développement de l’islam djihadiste ne provoque une crise politique et économique. Le risque de djihadisme dans la région du Sahel est grand, car de vastes territoires de cette région sont éloignés de toute surveillance étatique. C’est aussi la région la plus pauvre de toutes celles à majorité musulmane, avec des gouvernements faibles et un manque d’identité nationale.

C’est surtout le Mali, voisin oriental de la Mauritanie, qui risque de devenir la proie des djihadistes islamistes.12 Il y a encore beaucoup de groupes armés dans le pays, alliés du gouvernement ou des insurgés. Les milices terroristes sont liées à Ansar al Dine, une organisation terroriste locale, à Al-Qaïda au Maghreb Islamique,  ou à l’État islamique.

L’État islamique et Al-Qaïda ne se battent plus seulement dans le nord du Mali, mais aussi au centre du pays.7 Dans cette région, autour de la ville de Mopti, les nomades luttent contre les fermiers pour s’accaparer des terres fertiles, et les terroristes exploitent ce conflit. Ils sont intervenus en tant que médiateurs dans un différend portant sur les pâturages. Ils ont ainsi progressivement pris le pouvoir dans les villages avant d’introduire la charia.

Si les nomades sont capables de faire de telles percées, c’est parce que les autorités sont trop faibles pour faire respecter l’État de droit dans les villes et les villages.7 Selon les observateurs, il y a trois raisons à cela.7 Les soldats et les policiers proviennent surtout de groupes ethniques installés dans le sud du Mali ; ils refusent de risquer leur vie dans le nord et le centre du Mali, dont ils ne savent pas parler la langue locale. En outre, les forces militaires et policières sont mal équipées ; les djihadistes sont souvent mieux armés et très motivés. Troisièmement, beaucoup de gens se joignent aux terroristes parce qu’ils sont pauvres et n’ont pas de perspectives d’avenir. Ils se sentent abandonnés par l’État.

Perspectives pour la liberté religieuse

L’évolution de la vie religieuse en Mauritanie et la situation de la petite minorité religieuse dépendent en grande partie de deux facteurs. Le premier concerne l’évolution nationale. Rien n’indique que le gouvernement mauritanien actuel contribuera à promouvoir la liberté religieuse. L’influence des forces conservatrices islamiques au sein du gouvernement et de la société mauritanienne est grande. Il est probable que cela restera également le cas à l’avenir. Le deuxième facteur concerne les développements à l’étranger, en Afrique de l’Ouest. Le Mali n’est pas le seul pays où l’influence du djihadisme islamiste a augmenté. Le Burkina Faso, le Niger et le Nigéria souffrent sensiblement de l’influence et de la violence des extrémistes. Reste à voir si les unités occidentales stationnées dans la région, qui se sont désormais jointes à l’Alliance régionale G5 Sahel, auront la capacité de contenir cette influence.


  1. Johannes Dieterich, ‘In Gambia kommt die Fünftagewoche’, Frankfurter Rundschau, 6 février 2017, http://www.fr.de/politik/westafrika-in-gambia-kommt-die-fuenftagewoche-a-745425
  2. Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, ‘Mauretania’, International Religious Freedom Report for 2016, U.S. State Department, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper
  3. Constitution de la République islamique de Mauritanie : http://www.wipo.int/edocs/lexdocs/laws/fr/mr/mr020fr.pdf
  4. Committee to Protect Journalists (CPJ), 20 novembre 2017, https://cpj.org/2017/11/mauritanian-authorities-change-legal-code-could-re.php
  5. Grim, Brian et. al. (eds.): Yearbook of International Religious Demography 2017, Mauritania, Amsterdam/Boston
  6. Society for Threatened Peoples, press release of 20th November 2017, https://www.gfbv.de/en/news/in-mauritania-capital-punishment-might-become-the-rule-for-crimes-of-apostasy-and-blasphemy-8904/
  7. Ibid
  8. Knipp,Kersten, Deutsche Welle, 2 janvier 2018, http://www.dw.com/en/islamic-state-seeks-new-foothold-in-africa/a-41977922
  9. Philipp Müller, Grenzenlose Gefahren – und Möglichkeiten. Stellv. Generalsekretär zu politischen Gesprächen am G5-Sahel-Sekretariat in Mauretanien, Konrad Adenauer Stiftung, 17 janvier 2018, http://www.kas.de/wf/de/33.51302/
  10. Daniel Pelz, Anti-Terror-Kampf im Sahel: Geber drücken in Brüssel aufs Tempo, Deutsche Welle, 22 février 2018, http://www.dw.com/de/anti-terror-kampf-im-sahel-geber-dr%C3%BCcken-in-br%C3%BCssel-aufs-tempo/a-42685292
  11. Quoting Knipp, Kersten loc. cit.
  12. Seliger Marco, ‘Darum kommt der Bundeswehr-Einsatz in Mali nicht voran’, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 7 mars 2018, http://www.faz.net/aktuell/politik/ausland/bundeswehr-in-mali-mission-steht-vor-grossen-problemen-15481916.html