Mongolie

Chiffres clés

Légende :

Bouddhistes : 56.1%

Animistes : 18.3%

Agnostiques : 15.9%

Musulmans : 5%

Athées : 2.3%

Chrétiens : 1.8%

Autres : 0.6%

Superficie : 1564115 m2

Population : 3006000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Au cours des deux dernières années, la Mongolie a connu peu de changements constitutionnels ou législatifs en ce qui concerne la liberté religieuse. L’effondrement de l’URSS en 1989, la fin de la domination soviétique a apporté un retour à la liberté religieuse. La Constitution de la Mongolie, adoptée le 13 janvier 1992, garantit toutes les libertés fondamentales, y compris la liberté de religion, et reconnaît officiellement le principe de la séparation de l’État et de la religion. Bien que le bouddhisme pratiqué par les Mongols1 ne dispose pas du statut de religion officielle, la législation mongole affirme néanmoins que le gouvernement doit « respecter » le bouddhisme en tant que religion majoritaire – une affirmation justifiée par la nécessité de préserver l’unité du pays et de défendre l’histoire et la culture mongoles. Pour autant, le respect dû au bouddhisme par l’État « ne peut empêcher un citoyen de pratiquer une autre religion ».

La promesse de liberté religieuse, au moment de la résurgence du pays dans les années 1990, ne s’est pas concrétisée. Au lieu de cela, une bureaucratie restrictive et intrusive a cherché à restreindre les communautés religieuses jugées « étrangères » à la culture nationale. Ce sont surtout les chrétiens de Mongolie qui en souffrent.

En Mongolie, les communautés religieuses sont traitées de la même manière que des ONG. Elles sont obligées de respecter les nombreux règlements et exigences complexes de l’administration. Elles doivent s’inscrire auprès d’un organisme d’État, l’Autorité générale de la propriété intellectuelle et de l’enregistrement public. La durée de validité des certificats d’enregistrement délivrés par cet organisme n’étant pas clairement précisée dans la loi, elle est déterminée par des gouvernements locaux.

Dans la pratique, les organisations religieuses sont tenues de renouveler chaque année leurs certificats d’immatriculation. Pour ce faire, elles doivent postuler auprès de six organismes administratifs différents, aux niveaux local et national. Ce processus est long, fastidieux et imprévisible, car certaines provinces sont plus réticentes que d’autres à fournir ces certificats.

Une autre condition extrêmement restrictive qui s’applique à toutes les organisations étrangères, et donc aux communautés religieuses, est l’exigence d’un pourcentage minimal d’employés mongols dans leur personnel. Ce pourcentage varie de 25 % à 95 % selon le secteur d’activité et fait l’objet d’une mise à jour annuelle. La plupart des organisations religieuses sont automatiquement soumises au quota le plus élevé, qui est de 95 % d’employés locaux. De nombreuses organisations religieuses se sont opposées à ce système car une grande partie de leur personnel et de leur financement proviennent en grande partie de l’extérieur du pays. L’Église catholique fait figure d’exception parce qu’elle a réussi à obtenir un quota de seulement 75 %.

Incidents

Le Dalaï-Lama s’est rendu à Oulan-Bator en novembre 2016, pendant quatre jours, à l’invitation du monastère de Gandantegchinlen, l’un des principaux centres du bouddhisme tibétain. Le gouvernement de la République populaire de Chine, voisin méridional de la Mongolie, avait averti le gouvernement d’Oulan-Bator qu’il serait confronté à des conséquences s’il permettait une telle visite (la Chine communiste considère le Dalaï-Lama comme « séparatiste »). Après le départ du Dalaï-Lama, le gouvernement chinois a riposté par des mesures économiques contre la Mongolie : la frontière terrestre entre les deux pays a été bloquée pendant plusieurs jours, des taxes supplémentaires ont été imposées aux importations en provenance de Mongolie, les réunions bilatérales ont été reportées, et les prêts du gouvernement chinois ont été annulés à un moment où le budget du gouvernement mongol avait déjà atteint ses limites et où la croissance économique du pays était faible.2 Après avoir affirmé que sa Constitution reconnaissait le droit à la liberté religieuse et donc le droit des citoyens mongols d’accueillir les chefs religieux de leur choix, le gouvernement mongol a été contraint de faire amende honorable et de concéder à Pékin que le Dalaï-Lama ne serait plus autorisé à entrer dans le pays. Le 20 décembre 2016, le ministre mongol des affaires étrangères, Tsend Munkh-Orgil, a déclaré au Journal mongol Unuudur que « sous le gouvernement actuel, le Dalaï-Lama ne sera pas invité en Mongolie, même pour des raisons religieuses ».2 Depuis octobre 2017, Tsend Munkh-Orgil n’est plus ministre des Affaires étrangères et le gouvernement a changé, mais il n’est plus question officiellement d’une visite du Dalaï-Lama en Mongolie.3

L’attitude du gouvernement à l’égard des religions autres que le bouddhisme n’a pas changé ces dernières années. Dans les années 1990, le gouvernement a lancé un appel aux Églises chrétiennes pour créer des organismes de bienfaisance engagés dans un pays aux substantiels besoins de développement. Depuis 2010, les attitudes, voire les lois, sont devenues plus strictes, au moins envers les organisations religieuses considérées comme « étrangères ». Le quota d’embauche de personnel local pèse lourdement sur les finances des organisations récemment installées ou dirigées principalement par du personnel étranger.4

Selon la législation mongole, le chef d’une organisation religieuse doit être un ressortissant mongol. Les communautés religieuses, en particulier chrétiennes, sans un clergé mongol natif, ne peuvent posséder des terres que si l’acte de propriété est détenu par un citoyen mongol. L’enregistrement de ces actes de propriété dépend au moins en partie de la bonne volonté de l’administration. La province centrale, avec sa forte tradition bouddhiste, semble moins disposée à permettre l’ouverture d’églises chrétiennes, tandis que d’autres provinces, comme celle d’Erdenet5, restent plus ouvertes aux étrangers.

Perspectives pour la liberté religieuse

Face à de graves difficultés économiques, la Mongolie ne peut échapper à l’influence de son voisin, la Chine. Les libertés acquises au lendemain de la chute du communisme semblent bien établies et, à cet égard, la liberté de religion semble être beaucoup mieux respectée en Mongolie qu’en Chine. Toutefois, les difficultés économiques et le changement social rapide ont incité les autorités locales à se méfier des religions réputées nouvelles pour le pays, comme le christianisme, tant protestant que catholique. En dépit de ces obstacles institutionnels et culturels, et même face à la sécularisation rapide de la Mongolie, les communautés, surtout chrétiennes, continuent de se développer.

 


  1. Le bouddhisme mongol est une branche du bouddhisme vajrayāna tibétain, avec des influences chamaniques locales fortes qui remontent à des siècles. Il est devenu la religion d’État de l’Empire mongol au 13ème siècle après une visite du Dalaï-Lama tibétain Sakya Pakya. Comme d’autres religions, après avoir été presque complètement anéanti par le régime totalitaire stalinien qui avait pris le pouvoir en Mongolie dans les années 1920, le bouddhisme connaît actuellement une renaissance et il est reconnu comme la tradition spirituelle de plus de la moitié de tous mongols.
  2. Bolor Lkhaajav, The Diplomat, 30 décembre 2016, https://thediplomat.com/2016/12/china-needs-to-get-over-the-dalai-lamas-visit-to-mongolia/
  3. Reuters, 22 décembre 2016, https://www.reuters.com/article/us-mongolia-china/mongolia-says-dalai-lama-wont-be-invited-again-idUSKBN14B0N5
  4. Églises d’Asie, 15 septembre 2016, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-nord-est/mongolie/2015-09-15-mission-et-evangelisation-les-defis-actuels-d2019une-Église-renaissante
  5. Églises d’Asie, 15 juin 2016 http://eglasie.mepasie.org/asie-du-nord-est/mongolie/2016-06-15-ouverture-d2019une-mission-catholique-a-erdenet