Mozambique

Chiffres clés

Légende :

Chrétiens : 53.2%

Animistes : 28.7%

Musulmans : 17.5%

Autres : 0.6%

Superficie : 799380 m2

Population : 28751000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La liberté religieuse est consacrée par la Constitution et la législation du Mozambique.1 Le Mozambique se considère comme un État laïc.2 La Constitution interdit la discrimination fondée sur des motifs religieux et garantit la liberté d’expression religieuse. L’article 54 dispose : « Tous les citoyens sont libres de pratiquer ou de ne pas pratiquer une religion. [. . .] Les confessions religieuses auront le droit de poursuivre librement leurs objectifs religieux et de posséder et d’acquérir des biens pour réaliser ces objectifs ».3 Sauf exceptions, ces principes ont été respectés par tous les gouvernements depuis la fin de la guerre civile en 1990. Jusque-là, la liberté de religion était, au mieux, tolérée sous le régime marxiste-léniniste. À l’heure actuelle, les organisations religieuses, doivent s’inscrire auprès du Ministère de la Justice.

Les organisations religieuses sont autorisées à posséder et à diriger des écoles. L’instruction religieuse dans les écoles publiques est interdite.4

Un accord de 2012 entre la République du Mozambique et le Vatican régit la relation entre l’État et l’Église catholique.5 Légalement indépendante, l’Église a le droit d’organiser ses affaires internes et d’embaucher du personnel.4

Au Mozambique, le sud et les villes sont majoritairement chrétiens. Les régions du nord et du littoral abritent de nombreux musulmans (majoritairement sunnites). Mais les croyances africaines traditionnelles sont également fortement représentées, en particulier dans les régions rurales. La vie religieuse est variée et très dynamique6, c’est pourquoi le pays est considéré comme un aimant pour les missionnaires évangéliques, par exemple la secte brésilienne Igreja Universal do Reino de Deus (Église universelle du Royaume de Dieu).7 En raison de l’existence d’une langue commune (le portugais), d’autres mouvements brésiliens similaires se sont engagés dans un travail missionnaire dans le pays.

Les jeunes prédicateurs musulmans étudient principalement dans des pays comme l’Égypte, le Koweït, l’Arabie Saoudite et l’Afrique du Sud, avant de retourner au Mozambique avec une interprétation très stricte de l’islam.4 Comme dans d’autres pays d’Afrique de l’est, les idéologies islamistes intolérantes pourraient s’enraciner.

Les Églises, en particulier l’Église catholique, ont été impliquées dans le processus de paix entre l’ancienne opposition militaire RENAMO [Résistance Nationale Mozambicaine] et le FRELIMO [Front de libération du Mozambique], un parti qui est passé du marxisme à la social-démocratie et qui a détenu le pouvoir sans interruption depuis l’indépendance en 1975. Grâce à cette implication, l’Église a gagné en influence au Mozambique.

La situation politique du pays n’est pas exempte de problèmes. En juillet 2013, l’archevêque émérite Jaime Gonçalves, un personnage central pendant les négociations de paix, a déploré que les anciens combattants de la RENAMO n’aient toujours pas été intégrés aux forces de police, comme le prévoyaient les accords de paix conclus à Rome.

Le chef de la RENAMO, Afonso Dhlakama, a insisté pour que l’Église serve de médiateur dans les négociations avec le gouvernement FRELIMO4, ce qui témoigne de l’importance de l’Église catholique pour la stabilité et le développement social du pays

Incidents

Les élections de 2014 ont entraîné une augmentation des tensions politiques, et cette situation s’est poursuivie pendant toute la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018). Les dirigeants de l’Église ont souvent critiqué la corruption, le monopole du pouvoir et les tendances séparatistes.8

En février 2016, un pasteur de l’Apostolic Faith Mission a été abattu par des inconnus lors d’un office religieux dans la ville de Chimoio. Sa veuve a déclaré que ce meurtre pourrait être lié à des tensions avec d’autres Églises.5

Alors que les musulmans mozambicains sont considérés comme modérés, les prédicateurs radicaux gagnent du terrain depuis plusieurs années. Les inquiétudes concernant l’accroissement des violences se sont accrues depuis l’attaque d’un commissariat de police dans le nord du pays en octobre 2017.9 Quatre hommes ont attaqué le poste de police dans la ville portuaire de Mocímboa da Praia. Un des hommes a sorti un couteau de son manteau et l’a placé contre le visage de l’officier de police. Les autres assaillants se sont emparés de 37 kalachnikovs.

Les auteurs des faits seraient de jeunes hommes qui auraient rejoint les prédicateurs radicaux d’une mosquée en construction du quartier de Nanduadue.4 Les imams, dont certains étaient venus de la Tanzanie voisine, auraient fait des sermons évoquant les maires et responsables locaux ainsi que les officiers de police comme des « infidèles ». Selon la police, 52 suspects ont été arrêtés, tous Mozambicains. Ils auraient tous refusé de faire des déclarations à propos de leurs motivations et de dire qui soutenait leur mouvement.

Les négociations se poursuivent entre l’Église et les autorités pour la restitution des biens immobiliers saisis après l’indépendance. Environ 60 % des biens ont déjà été restitués et les discussions se poursuivent.4

En dépit de ces problèmes, il n’a pas été relaté de violations graves de la liberté religieuse au cours de la période faisant l’objet du présent rapport.4 Les communautés confessionnelles du Mozambique sont traditionnellement tolérantes les unes envers les autres.

Perspectives pour la liberté religieuse

L’engagement de l’Église catholique envers les droits de l’homme, son rôle constructif récent dans le processus de paix du pays et sa forte réputation dans la société sont de bon augure pour la protection de la liberté religieuse. Cependant, la croissance de l’islamisme, importée notamment par les prédicateurs qui étudient à l’étranger, suggère que l’intolérance religieuse pourrait devenir un problème grandissant au Mozambique, comme c’est le cas dans de nombreux autres pays d’Afrique de l’est.

 


  1. Mozambique’s Constitution of 2004 with Amendments through 2007, constituteproject.org, https://www.constituteproject.org/constitution/Mozambique_2007.pdf?lang=en
  2. Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, ‘Mozambique’, International Religious Freedom Report for 2016, U.S. State Department, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper
  3. Mozambique’s Constitution of 2004 with Amendments through 2007, op. cit.
  4. Ibid
  5. Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, op. cit.
  6. Pour la part des différentes communautés confessionnelles dans la population totale, cf. Grim, Brian et al. (eds.): Yearbook of International Religious Demography 2017, Leiden/Boston: Brill, 2017.
  7. Munzinger Archiv 2018, https://www.munzinger.de/search/start.jsp
  8. Fides, 6 mars 2015, http://www.fides.org/en/news/37405-AFRICA_MOZAMBIQUE_National_unity_threatened_by_the_selfishness_of_a_corrupt_minority_say_Bishops
  9. Antonio Cascais, Deutsche Welle, 17 octobre 2017, http://www.dw.com/de/angst-vor-islamistischer-gewalt-in-mosambik/a-40983865