Nicaragua

Chiffres clés

Légende :

Chrétiens : 95%

Agnostiques : 2.6%

Spirites : 1.5%

Autres : 0.9%

Superficie : 130373 m2

Population : 6150000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Dans son préambule, la Constitution((Nicaragua’s Constitution of 1987 with Amendments through 2014, constituteproject.org, http://www.asamblea.gob.ni/informacion-legislativa/)) dispose qu’elle émane du peuple nicaraguayen et a été rédigée, entre autres, au nom des chrétiens qui, sur la base de leur croyance en Dieu, se sont engagés à lutter pour les opprimés.

L’article 4 affirme que l’État a pour mission de promouvoir le développement humain inspiré par les valeurs chrétiennes.

Elle proscrit « toutes formes d’agression politique, militaire, économique, culturelle ou religieuse et d’ingérence dans les affaires intérieures d’autres États ».

Les principes de la nation incluent la reconnaissance des peuples autochtones et des personnes d’origine africaine ainsi que le respect de la dignité humaine et des valeurs chrétiennes.

Selon l’article 14, l’État n’a pas de religion officielle.

Tous les êtres humains sont égaux devant la loi, conformément à l’article 27, et l’État n’a pas le droit de discriminer pour des motifs religieux.

L’article 29 dispose : « Toute personne a droit à la liberté de conscience et de pensée et à la liberté de professer ou de ne pas professer une religion. Nul ne peut être soumis à des mesures coercitives qui compromettent ces droits, et nul ne peut être contraint de déclarer sa foi, son idéologie ou ses croyances ».

Parmi les divers groupes sociaux, les religieux et religieuses ont, conformément à l’article 49, le droit de constituer des organisations.

« Toutes les personnes, individuellement ou collectivement, ont le droit de manifester leurs croyances religieuses en public ou en privé, à travers le culte, les pratiques et les enseignements ». L’article 69 prévoit que nul ne peut s’abstenir de respecter la loi en invoquant des croyances religieuses.

L’éducation est laïque mais l’État reconnaît le droit des écoles confessionnelles privées d’enseigner la religion en tant que matière parascolaire (art. 124).

L’article 134 dispose que les membres du clergé ne peuvent pas être candidats aux postes de Président, vice-président ou député, sauf s’ils démissionnent de leur ministère au moins douze mois avant l’élection.

Il est garanti aux communautés minoritaires de la côte Caraïbe un niveau élevé d’autonomie pour développer leurs traditions historiques et culturelles. La préservation de leurs cultures, langues, religions et coutumes est également assurée à l’article 180.

Incidents

En août 2016, le gouvernement, dirigé par Daniel Ortega, a pris une mesure restreignant l’accès des groupes religieux et culturels au pays. « Toute mission culturelle, tout groupe chrétien, pasteur ou autre religieux qui veulent entrer au Nicaragua doivent se signaler à l’avance aux autorités de l’immigration. En plus de fournir des informations complètes sur leur visite dans le pays, ils devront attendre pour voir s’ils sont autorisés à entrer sur le territoire ». En conséquence, les pèlerins catholiques et évangéliques n’y ont pas été autorisés.((Diario Las Américas, 1er septembre 2016, https://www.diariolasamericas.com/america-latina/daniel-ortega-ataca-las-libertades-religiosas-y-culturales-n4101969))

Ce même mois, le Centre nicaraguayen des droits de l’homme a déposé une plainte auprès du Ministre de l’Intérieur parce que 41 frères franciscains du Salvador avaient été empêchés d’entrer dans le pays. La délégation, composée principalement de personnes âgées, a dû passer la nuit en plein air, au motif que « sur ordre émanant de la hiérarchie, nul n’est autorisé à entrer dans le pays s’il vient à des fins religieuses ».((‘CENIDH solicita aclaración a Ministra de Gobernación’, Centro Nicaragüense de Derechos Humanos (CENIDH), 9 août 2016, https://www.cenidh.org/noticias/920/))

En décembre 2016, les évêques catholiques du Nicaragua ont rencontré Luis Almagro, le Secrétaire général de l’Organisation des États américains.((‘Nicaragua’, Boletín Jurídico del Observatorio de libertad religiosa de América Latina y El Caribe, décembre 2016, p. 79, http://derechoyreligion.uc.cl/es/docman/boletin-juridico/2016/1031-boletin-juridico-diciembre-2016/file)) Ils se sont déclarés préoccupés par la situation sociale et politique du pays.((‘Obispos nicaragüenses se reúnen con secretario de OEA’, Conferencia Episcopal de Nicaragua, undated, http://www.cen-nicaragua.org/noticias.php?recordID=201)) Mgr José Silvino Báez a indiqué que des craintes d’une détérioration des institutions du pays et de la démocratie avaient été exprimées lors de cette rencontre.((I. González, ‘Báez, Religión Digital, 3 décembre 2016, http://www.periodistadigital.com/religion/america/2016/12/03/baez-la-represion-igual-que-en-los-tiempos-de-la-dictadura-de-somoza-religion-iglesia-nicaragua-ortega-oea.shtml))

En février 2017, une jeune femme, Vilma Trujillo García, est morte de ses brûlures après avoir été jetée au feu afin de « retirer les démons qui étaient en elle ». Un groupe dirigé par Juan Gregorio Rocha, pasteur de la secte de la Vision céleste, est suspecté d’avoir commis cet acte. Le pasteur évangélique Saturnino Cerrato et Mgr Silvio Fonseca ont condamné le fanatisme et l’extrémisme religieux.((L. Jarquín, El Nuevo Diario, 28 février 2017, https://www.elnuevodiario.com.ni/nacionales/420291-obispo-pastor-condenan-fanatismo-religioso-caso-mu/)) Le prélat a déclaré que les adeptes de tels groupes devraient savoir que leurs chefs n’ont pas le droit de les manipuler et que l’État ne peut autoriser qu’on prenne une vie au nom de la religion. Il s’agit de la deuxième affaire de fanatisme religieux en moins de deux ans.((El Nuevo Diario, 13 mars 2017, https://www.elnuevodiario.com.ni/opinion/421506-peligros-fanatismo-religioso/))

Le gouvernement a réagi en mai 2017 en soumettant un projet de loi de réforme du code pénal consistant à ajouter un article sur le meurtre aggravé qui comporterait une peine pour tout meurtre commis dans le cadre de rituels de groupe, de croyances ou de fanatisme religieux.((Iniciativa de ley de reforma a Ley 641, Código Penal, Costa Rica, article two, http://legislacion.asamblea.gob.ni/SILEG/Iniciativas.nsf/F83D1B6D44C339A406258133005BC558/%24File/Iniciativa%20d%20Ley%20d%20Reforma%20al%20C%C3%B3digo%20Penal….pdf?Open))

En décembre 2017, l’Église catholique a rejeté un projet de loi du gouvernement visant à ajouter les fêtes mariales au patrimoine historique et culturel de la nation, dont une journée en l’honneur de l’Immaculée Conception de Marie, au motif que cela permettrait de réduire « le dogme de la foi en la Vierge Marie à l’état de folklore populaire ».((L. Navas, La Prensa, 3 décembre 2017, https://www.laprensa.com.ni/2017/12/03/politica/2341039-la-iglesia-catolica-rechaza-ley-sobre-virgen-en-nicaragua)) Le gouvernement a renoncé à ce projet.((La Prensa, 8 décembre 2017, https://www.laprensa.com.ni/2017/12/08/editorial/2343211-la-religion-el-poder-y-la-politica))

En mars 2018, les résultats d’un sondage réalisé par l’Agence CCK Amérique Centrale indiquent qu’au Nicaragua, environ 17 % des sondés considèrent l’Église comme l’institution inspirant le plus de confiance, et que les personnalités publiques les plus fiables étaient deux membres du clergé.((I. González, Periodista Digital, 11 mars 2018, http://www.periodistadigital.com/religion/america/2018/03/11/religion-iglesia-america-nicaragua-centroamerica-iglesia-institucion-confianza-nicaraguenses-brenes-baez.shtml))

Suite à la répression violente des manifestations anti-gouvernementales en mai 2018, des attaques au mortier contre des églises catholiques servant de dispensaire d’urgence ont été signalées. Le personnel médical qui s’était montré bienveillant envers les blessés a également indiqué avoir été harcelé.((L. Ruspoli, 17 mai 2018.  http://www.vidanuevadigital.com/2018/05/17/grupos-paramilitares-y-la-juventud-sandinista-atacan-con-morteros-la-catedral-de-jinotega/))

Perspectives pour la liberté religieuse

Contrairement à la situation de la période précédente, les tensions ont augmenté entre le gouvernement et l’Église catholique. Des actes de discrimination ostensible ont eu lieu, dont une mesure visant à restreindre l’accès des groupes religieux et missionnaires au pays. Les violences de mai 2018 sont un autre signe de l’augmentation des tensions sociales, et le succès des Églises a été mitigé quand elles ont joué un rôle de médiation et de conciliation. La situation de la liberté de religion s’est donc sensiblement détériorée, et les perspectives pour l’avenir sont négatives.