Ouzbékistan

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 94.8%

Agnostiques : 3%

Chrétiens : 1.2%

Autres : 1.2%

Superficie : 448969 m2

Population : 30300000 habitants

Le cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Bien que la liberté de croyance soit garantie par la Constitution1, divers règlements limitent son exercice effectif.

Les principales restrictions ont été introduites par une loi de 1998 sur la liberté de conscience. Les groupes religieux ont l’obligation de s’enregistrer car le prosélytisme est interdit et l’instruction religieuse est limitée aux écoles religieuses officiellement reconnues par l’État.2Toute la littérature religieuse doit être approuvée par la Commission des affaires religieuses. En outre, le matériel religieux ne peut être conservé qu’aux endroits réservés au culte et enregistrés par l’État, mais pas dans des maisons privées.3Les communautés, non enregistrées, n’ont aucun endroit pour conserver leurs livres sacrés.4

Toute violation est sévèrement sanctionnée, aux termes de différents articles du code administratif et du code pénal. En avril 2016, le gouvernement a augmenté les sanctions en cas de violation de la loi sur la religion, en introduisant des procédures pénales, et en augmentant les peines de prison. Il est possible d’infliger une peine d’emprisonnement de cinq à huit ans pour avoir diffusé des idées religieuses extrémistes via Internet.5

La mort subite du président Islam Karimov en septembre 2016, après 27 ans au pouvoir, a mis fin à un gouvernement qui ne respectait pas les droits de l’homme. Son remplaçant, l’ancien Premier ministre Shavkat Mirziyoyev, a déclaré son souhait de construire « un État démocratique et une société juste » qui mette les droits de l’homme au premier plan.6 L’ONU a désormais enfin accès au pays.7

La réglementation de la vie religieuse, et l’absence de liberté fondamentale, telles que d’association et d’expression, restreignent gravement la liberté religieuse.8

La Commission des États-Unis sur la liberté religieuse considère depuis 2006 l’Ouzbékistan comme un pays particulièrement préoccupant.9

Incidents

Les chrétiens qui n’appartiennent pas à l’Église orthodoxe russe sont traités avec une sévérité particulière. Étiquetés comme « extrémistes », ou encore considérés comme une force étrangère et déstabilisatrice dans la société, ils ont été les victimes de contrôles, de descentes de police, d’amendes, de détentions de courte durée et de passages à tabac.10 Les convertis de l’islam au christianisme subissent une pression supplémentaire.11

Pour la première fois, en juillet 2017, les chrétiens ont eu le droit d’accéder à la Bible en ouzbek, imprimée avec l’approbation de l’État et distribuée à 3000 exemplaires.12

Cependant, les autorités ont effectué d’innombrables incursions dans des maisons privées, qui se sont fréquemment terminées par la saisie de matériel religieux et des amendes égales à 20 fois (mais parfois 200 fois) le salaire minimum mensuel,13 pour possession illégale de matériel religieux ou participation à des réunions religieuses non autorisées. Dans certains cas, des peines de prison de courte durée ont même été prononcées.

À Urgench, la communauté baptiste locale non enregistrée a souvent été au centre de l’attention de la police. Son pasteur, le révérend Stanislav Kim, a été condamné en août 2016 à deux ans de travail correctionnel et à la saisie de 20% de son salaire par l’État pour la possession de livres religieux non autorisés.14 Il a par la suite été condamné à une amende, en même temps que son coreligionnaire baptiste Oybek Rahimov, pour des montants égaux à respectivement 100 et 90 fois le salaire minimum mensuel.15  Deux semaines plus tard, son appartement a été perquisitionné pendant qu’une réunion religieuse était en cours. Le révérend Ahmadjon Nazarov a été suivi alors qu’il allait à Kungrad pour visiter des fidèles baptistes. Là, la police s’est introduite dans la maison où ils étaient rassemblés, a saisi des appareils électroniques et des textes chrétiens et a soumis toutes les personnes présentes à des interrogatoires forcés. Une personne a été détenue pendant 15 jours pour avoir résisté à un officier public, et quatre autres ont été condamnées à une amende.16

La situation des fidèles dans la région du nord-ouest de Karakalpakstan est particulièrement difficile. À l’exception des mosquées qui appartiennent à la Musahedral, contrôlée par l’État, et d’une paroisse orthodoxe russe, aucune autre communauté n’a été autorisée.17 En avril 2017, quatre protestants ont été condamnés à 15 jours de prison pour avoir tenu une réunion religieuse dans une maison privée. Cinq autres personnes présentes à la réunion ont chacune reçu une amende d’une valeur de 40 fois le salaire mensuel minimum.18

Les Témoins de Jéhovah ont également subi au moins 185 descentes de police entre septembre 2016 et juillet 2017 qui ont entraîné 155 condamnations, 148 amendes et sept détentions de courte durée. Pendant les interrogatoires, la police a violemment torturé 15 fidèles et certaines femmes ont été agressées sexuellement.19

Une évolution positive a été la libération conditionnelle le 8 novembre 2017 du seul prisonnier d’opinion non musulman, Baptist Tohar Haydarov, 33 ans, condamné à dix ans de prison en mars 2010 pour des infractions présumées à propos de drogue.20

Les musulmans, eux aussi, ont affronté d’innombrables obstacles à leur droit de pratiquer librement leur foi. Jusqu’en 2016, les autorités de l’État ont continué de réprimer les manifestations publiques de religiosité, y compris le port du hidjab par les femmes et les barbes longues chez les hommes.21Pendant le Ramadan 2016, les autorités de la capitale Tachkent ont interdit de partager l’iftar, repas de rupture du jeûne, dans des lieux publics tels que des restaurants et des mosquées.22 Elles ont également utilisé diverses méthodes pour surveiller de près la présence de mineurs au cours des services religieux, allant jusqu’à mettre des enseignants et des policiers devant les mosquées pour contrôler les allers et venues.23

Quelques mesures positives ont été prises après l’arrivée au pouvoir par Mirziyoyev, comme la libération de certains prisonniers politiques et le retrait des noms de plus de 16 000 personnes de la liste noire de 17 000 potentiels extrémistes religieux musulmans menaçant la sécurité.24L’approche de l’instruction religieuse a également changé. N’étant plus considérée avec suspicion, elle est maintenant considérée comme un outil indispensable pour empêcher la propagation du fanatisme religieux25chez les jeunes et un moyen de réhabiliter ceux qui tombent sous l’influence de l’idéologie extrémiste.26 Certaines initiatives ont été prises pour permettre aux musulmans de remplir leurs devoirs religieux plus facilement, telles que la levée des restrictions sur les fonctionnaires qui veulent prendre part aux prières du vendredi27, l’introduction de la norme halal pour la nourriture23 et le rétablissement de l’appel à la prière (azan), pour la première fois depuis 2005.28

En dépit de ces développements positifs, des milliers de musulmans qui avaient pratiqué leur religion en dehors des stricts contrôles de l’État restent en prison, condamnés à de longues peines pour des accusations d’extrémisme ou d’activité anticonstitutionnelle.29

Les musulmans trouvés en possession de matériel religieux sur des téléphones mobiles ou d’autres appareils électroniques ont été condamnés à des peines de prison, parfois lourdes.23 Par exemple, deux cousins, Jonibek Turdiboyev et Mansurkhon Akhmedov ont été condamnés en juin 2016 à cinq ans de prison pour possession d’un disque audio contenant des sermons musulmans.23 Bakhtiyor Khudaiberdiyev, un citoyen russe, a, lui, été condamné en août 2016 à six ans de prison pour détention de versets du Coran sur son téléphone.30

La conduite d’activités religieuses en dehors des lieux spécifiquement destinés au culte a causé de graves problèmes à certains musulmans. En juin 2016, à la suite d’une descente de police lors d’une rencontre religieuse dans une maison de la région de Boukhara, quatre musulmans soufis ont été condamnés à quatre ans de prison. Onze autres ont reçu des amendes d’une valeur de 4 millions de soms (environ 440 euros) pour avoir participé aux activités d’un groupe religieux illégal.31 En mai 2017, un tribunal de Tachkent a infligé des peines de prison de cinq à six ans à onze musulmans accusés de s’être rencontrés en privé pour discuter de questions religieuses et écouter des sermons interdits.32

Perspectives pour la liberté religieuse

Le nouveau gouvernement d’Ouzbékistan a pris des mesures provisoires mais encourageantes pour une plus grande ouverture démocratique. Il faudra du temps, cependant, avant de constater si ces changements ne sont que des vitrines destinées à obtenir la légitimité intérieure et attirer les investisseurs étrangers – ce qui est indispensable pour relancer l’économie du pays – ou une réelle tentative de changer de cap, vers une démocratie plus ouverte, respectueuse des droits de l’homme en général et de la liberté de religion en particulier.


 

  1. https://www.constituteproject.org/constitution/Uzbekistan_2011.pdf?lang=en
  2. 2017 Annual Report, United States Commission on International Religious Freedom, http://www.uscirf.gov/sites/default/files/Uzbekistan.2017.pdf 
  3. Mushfig Bayram, Forum 18, 13 décembre 2017, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2341 
  4. Mushfig Bayram and John Kinahan, Forum 18, 11th September 2017, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2314 
  5. Interfax Religion, 27 avril 2016, http://www.interfax-religion.com/?act=news&div=12914
  6. Tom Michael, The Astana Times, 29 septembre 2017, https://astanatimes.com/2017/09/panel-cautiously-optimistic-on-improving-human-rights-in-uzbekistan/
  7. Radio Free Europe/Radio Liberty, 11 mai 2017, https://www.rferl.org/a/un-human-rights-chief-uzbekistan/28480074.html ; et Radio Free Europe/Radio Liberty, 12 octobre 2017, https://www.rferl.org/a/uzbelistan-freedom-religion-shaheed-un/28790512.html 
  8. Radio Free Europe/Radio Liberty, 12 octobre 2017 https://www.rferl.org/a/uzbelistan-freedom-religion-shaheed-un/28790512.html
  9. United States Commission on International Religious Freedom, op. cit.
  10. Mushfig Bayram and John Kinahan, op. cit.
  11. World Watch List 2018, Open Doors, https://www.opendoorsusa.org/christian-persecution/world-watch-list/uzbekistan/
  12. Barnaba’s Fund, Daily Prayer, 1er décembre 2017, https://www.barnabasfund.org/au/daily-prayer/Monday-11-December-2017
  13. Mushfig Bayram and John Kinahan, op. cit. Le salaire mensuel moyen est de 130 240 soms (environ 40 € ou 45 dollars US). Voir Musfig Bayram, “UZBEKISTAN: Hardened Criminal and Administrative Code punishments”, op. cit.
  14. Mushfig Bayram, Forum 18, 29 septembre 2016, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2219
  15. Ibid., Forum 18, 19 mars 2018, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2361
  16. Ibid., Forum 18, 19 octobre 2017, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2326
  17. Mushfig Bayram e John Kinahan, op. cit.
  18. Mushfig Bayram, Forum 18, 7 août 2017, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2304
  19. Ibid., Forum 18, 27 octobre 2017, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2329
  20. Ibid., Forum 18, 18 novembre 2016, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2232
  21. Ibid., Forum 18, 18 novembre 2016, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2232 
  22. Mushfig Bayram, Forum 18, 12 juillet 2016, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2198
  23. Ibid.
  24. Andrew Osborn and Auyezov Olzhas, Reuters, 1er novembre 2017, https://www.reuters.com/article/us-new-york-attack-uzbekistan-militants/suppressed-at-home-some-uzbeks-turn-to-militant-islam-abroad-idUSKBN1D1636 
  25. Fozil Mashrab, Eurasia Daily Monitor, Volume 15, Issue 56, https://jamestown.org/program/uzbek-government-eases-restrictions-on-muslims/ 
  26. UZ Daily, 15 février 2018, https://www.uzdaily.com/articles-id-42737.htm
  27. Mashrab Fozil, op. cit.
  28. Eurasianet, 7 novembre 2017, https://eurasianet.org/s/uzbekistan-allows-call-to-prayer-on-loudspeakers
  29. Mushfig Bayram e John Kinahan, op. cit.
  30. Mushfig Bayram, Forum 18, 19 décembre 201, http://forum18.org/archive.php?article_id=2241
  31. Mushfig Bayram and Kinahan John, op. cit.
  32. Mushfig Bayram, Forum 18, 20 juin 2017, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2288