Pakistan

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 96.3%

Chrétiens : 2%

Hindous : 1.3%

Autres : 0.4%

Superficie : 796095 m2

Population : 192827000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Créé lors de la partition de l’Inde en 1947, le Pakistan a été fondé comme un état laïc. Ce n’est que graduellement que le caractère musulman s’est affirmé dans le pays, par exemple lorsqu’il a changé de nom en 1956 pour devenir la République islamique du Pakistan. Depuis la dictature du général Zia ul-Haq, au pouvoir de 1977 à 1988, le « pays des purs » – le mot Pakistan est un néologisme créé à partir de pāk, « pur » en ourdou, et du suffixe – stan, qui signifie pays, avec un i pour faciliter la prononciation1 – a pris une orientation très islamique, la loi islamique (charia) a joué un rôle plus important dans le système juridique pakistanais. Ces dernières années, les tentatives des gouvernements successifs d’Islamabad pour lutter contre la violence interreligieuse et la discrimination à l’égard des non-musulmans n’ont pas connu de succès, la société elle-même étant très nettement en voie d’islamisation.

La Constitution de 1973 dispose dans son préambule et aux articles 20, 21 et 22 que tous les citoyens jouissent de la liberté de pratiquer et de professer librement la religion de leur choix.2 Toutefois, le droit à la liberté religieuse est considérablement limité par les structures constitutionnelles, juridiques et politiques du Pakistan, qui ne traitent pas les minorités religieuses comme des citoyens égaux aux musulmans.

D’un point de vue constitutionnel, l’article 2 de la Constitution établit que l’islam est la religion de l’État. L’article 41, paragraphe 2, dispose que le chef de l’État doit être musulman, et l’article 91, paragraphe 3, indique que le Premier ministre doit également être musulman. Conformément à l’article 203 E, la Cour fédérale islamique a le pouvoir d’invalider toute loi contraire à l’islam ou de suggérer des amendements à celle-ci. En outre, le 7 septembre 1974, le deuxième amendement à la Constitution a défini qui pouvait être considéré comme musulman ou comme non-musulman au Pakistan. Cela a été formulé de manière à exclure les ahmadiyyas, une minorité dont les membres se considèrent comme musulmans, mais que l’islam sunnite rejette comme déviants et comme n’étant pas de confession musulmane.

D’un point de vue juridique, les lois dites du « blasphème », introduites en 1986 dans le code pénal pakistanais – articles 295 b, 295 c, 298 a, 298 b, 298 c – restreignent gravement la liberté de religion et d’expression. Profaner le Coran et insulter Mahomet sont deux délits punissables respectivement des peines maximales d’emprisonnement à perpétuité et de mort. Dans la vie de tous les jours, ces lois sont souvent utilisées comme un moyen de persécuter les minorités religieuses. Ces dernières années, aucune des diverses tentatives pour réformer ces lois, ou en définir les limites, n’a réussi à changer efficacement ce qui est en substance une épée de Damoclès au-dessus de la tête des citoyens pakistanais de toutes confessions religieuses.

D’un point de vue politique, le système dit « d’électorat séparé » permet certes la représentation politique des minorités religieuses dans les assemblées élues du pays, dix sièges leur étant réservés au Parlement fédéral, mais cela désigne les minorités religieuses comme étant « à part » du reste de la nation.3

Dans un pays dont le système juridique est fondé sur le droit britannique, on a longtemps pensé que le respect de l’état de droit pouvait être un obstacle à l’islamisation de la société ou, du moins, que les minorités pouvaient compter sur les tribunaux pour se défendre contre la violence islamique des rues. Malheureusement, cela n’a pas toujours été le cas. Ghulam Mustafa Chaudhry, chef du forum des avocats Khatm-e-Nubuwwat à Lahore, déclare que « quiconque fait cela [blasphémer], la seule punition est la mort. Il n’y a pas d’alternative »4 – des paroles enflammées que l’on pourrait attendre du chef d’un parti islamiste ou d’un ouléma conservateur. Ces juristes, aussi actifs que discrets, ont accepté la mission de veiller à ce que les lois anti-blasphème soient appliquées.

Selon une enquête publiée par l’agence Reuters le 6 mars 20165, les avocats du Khatm-e-Nubuwwat (mouvement pour la défense du Prophète) tentent d’atteindre cet objectif en utilisant leur expertise et leur influence dans le système juridique pour s’assurer que toute personne qui insulte l’islam ou Mahomet soit inculpée, jugée et, quand la loi le permet, exécutée. Dans le cas de l’assassinat du gouverneur du Pendjab Salman Taseer6, tué en janvier 2011 par son garde du corps pour avoir contesté les lois anti-blasphème et défendu une chrétienne, Asia Bibi7, c’est Ghulam Mustafa Chaudhry lui-même qui a défendu l’accusé – sans succès, car Mumtaz Qadri a été condamné à mort et exécuté le 29 février 2016. Son enterrement, le 1er mars 2016 à Islamabad, a donné l’occasion à des centaines de milliers d’islamistes de manifester leur soutien. En effet, selon Ghulam Mustafa Chaudhry, Mumtaz Qadri a eu raison de tuer Salman Taseer qui blasphémait en contestant publiquement les lois anti-blasphème.

De toute évidence, les tentatives du gouvernement de réglementer l’application des lois anti-blasphème font face à une très forte opposition. En novembre 2015, la Cour suprême du pays a décidé que le simple fait de débattre des lois anti-blasphème ne pouvait pas être considéré comme un blasphème en soi, mais dans la pratique, il est impossible de mener un débat calme et paisible sur cette question. En janvier 2016, le Conseil de l’Idéologie islamique, une organisation officielle au Pakistan, a proposé des amendements aux lois en cause, mais cela pourrait également conduire à une législation plus sévère.

 Selon les statistiques de la police, les plaintes pour blasphème enregistrées dans les commissariats sont en hausse. Depuis la fondation du Khatm-e-Nubuwwat, il y a 15 ans, le nombre de cas de blasphème dans la seule province du Pendjab a triplé. Un pic a été atteint en 2014 avec 336 cas. Ce nombre a chuté à 210 en 2015, lorsque la province a encadré la procédure de dépôt de plainte. Néanmoins, « s’ils entendent parler d’une plainte, les avocats [de Khatm-e-Nubuwwat] viendront voir la personne et lui offriront d’accepter l’affaire gratuitement », a déclaré un policier, dont le nom a été tenu secret pour éviter les représailles. « Parfois, ils arrivent avec des gens qu’ils encouragent à porter plainte ».8

Pour le moment, aucun condamné à mort pour blasphème n’a été exécuté au Pakistan, mais les couloirs de la mort dans les prisons se remplissent de plus en plus. Sur plus de 8000 prisonniers condamnés à mort, plus de 1000 le sont pour blasphème, mais les preuves sont très partagées sur ce point.9 Parmi ces personnes se trouve Asia Bibi, une chrétienne dont l’accusateur, tant en première instance qu’en appel, a été assisté par un avocat du Khatm-e-Nubuwwat.

Bien que les autorités gouvernementales, qui ont repris l’exécution des peines en 2014 (après un moratoire entre 2008 et 2014), n’aient pas encore exécuté qui que ce soit dans une affaire de blasphème, elles n’ont néanmoins pas réussi à empêcher les exécutions extrajudiciaires. Selon le Centre pour la recherche et les études sur la sécurité, une organisation pakistanaise indépendante, au moins 65 personnes ont été lynchées10 ou assassinées depuis 1990 – y compris des juges et des avocats – pour des soupçons de blasphème ou pour avoir défendu des personnes accusées de blasphème.

Le début des années 2000, lorsque des avocats s’étaient levés contre les mesures répressives prises par le président Pervez Musharraf (au pouvoir du 2001 au 2008), représente une époque révolue. À l’époque, les gens parlaient du mouvement des avocats, du mouvement pour la restauration de la magistrature et des manifestations des Manteaux Noirs. Or, ces juristes pro-démocratiques semblent beaucoup moins visibles aujourd’hui alors que les avocats qui veulent une plus grande islamisation de la société semblent plus virulents. 

Incidents

Selon Mgr Joseph Arshad, archevêque d’Islamabad-Rawalpindi, et président de la Commission Nationale Justice et Paix, on constate une « augmentation alarmante des incidents violents d’intolérance et d’extrémisme dans notre pays ».11 Ces incidents ciblent les minorités religieuses en raison de leur foi, a déclaré la Commission. « Ces attaques contre les minorités ne sont pas acceptables, et l’État doit sérieusement revoir le Plan d’action nationale »12, a-t-elle ajouté. Le Plan d’action nationale (PAN) a été mis en place après une attaque islamiste, le 16 décembre 2014, dans une école militaire de Peshawar qui a tué 141 personnes, dont 132 enfants. Le PAN s’articule autour de deux domaines : la sécurité et la législation.

Pour ce qui est de la sécurité, l’armée tente de neutraliser les groupes terroristes. Un exemple est l’élimination en mai 2018 de Salman Badeni et de deux de ses proches lors d’un raid des forces spéciales à Killi Almas, un village près de Quetta, dans le Baloutchistan.13 Salman Badeni était, pour le Baloutchistan, le chef du Lashkar-e-Jhangvi, un groupe soupçonné d’avoir mené des attaques meurtrières contre plus d’une centaine de chiites de la minorité ethnique hazara, et environ 15 chrétiens de Quetta.

Au niveau législatif, l’Assemblée nationale – la chambre basse du Parlement – a adopté en février 2017 une loi visant à interdire les discours de haine, les attaques sectaires et les mariages forcés de filles appartenant à des minorités religieuses. Selon Samuel Pyara, Président de la « Bright Future Society », une association chrétienne basée à Lahore, « ces étapes sont cruciales pour sauver notre pays. […] Le lynchage comme moyen de se rendre justice à soi-même est devenu un mode opératoire ‘normal’ dans notre société. Il était donc nécessaire de punir de tels actes et nous apprécions l’action du gouvernement ».14

D’autres sources soulignent le fait que le problème n’est pas tant la loi que la violence et la corruption au travail dans la société pakistanaise.

« Le cœur du problème réside dans l’application de la loi, ainsi que dans l’inaction fréquente des forces de police chez qui la corruption est répandue et qui perçoivent les chrétiens avec animosité, comme étant une communauté “rituellement impure” »12, a déclaré Wilson Chowdhry, président de l’Association britannique des chrétiens pakistanais. M. Chowdhry a révélé que l’acquittement, par un tribunal anti-terroriste à Lahore, le 28 janvier 2017, de 115 suspects inculpés après les violences de mars 2013 à Joseph Colony, un quartier chrétien de Lahore, est un événement trop commun.

Personne ne semble être à l’abri des extrémistes armés au Pakistan. Le 6 mai 2018, un tireur a ciblé le ministre fédéral de l’Intérieur, Ahsan Iqbal, alors qu’il visitait sa circonscription du Pendjab. Après avoir rencontré un groupe de chrétiens du village de Kanjroor dans le district de Narowal, le ministre a été visé par un homme, finalement arrêté par ses gardes du corps, après avoir tiré un premier coup de feu. La balle a traversé le bras du ministre, avant d’entrer dans l’aine, mais il n’a pas été mortellement blessé. Le tireur, identifié comme Abid Hussain, a prétendu être un membre du Tehreek-e-Labaik Pakistan, un parti politique fondamentalement opposé à toute contestation des lois anti-blasphème. Il a déclaré avoir agi pour empêcher le gouvernement de remettre en question la définition de Mahomet comme le dernier prophète, une question qui sépare les ahmadis de l’ensemble des musulmans. En 2017, ce parti avait protesté pendant trois semaines à Islamabad, exigeant que les lois anti-blasphème ne soient pas discutées. En fin de compte, les militants islamistes ont gagné, parce que le ministre fédéral de la Justice a déclaré que la loi ne serait pas modifiée. Sans l’intervention de ses gardes du corps, le ministre de l’Intérieur aurait subi le même sort que deux autres personnalités politiques pakistanaises qui ont été assassinées, à savoir Salman Taseer, gouverneur du Pendjab, et Shahbaz Bhatti, ministre des Minorités. Salman Taseer, un musulman, a été abattu au début de janvier 2011, et c’est début mars 2011 que Shahbaz Bhatti, un catholique, a également été tué. Dans les deux cas, les victimes ont été assassinées pour avoir défendu Asia Bibi et remis en question l’application des lois anti-blasphème dans le pays.

Cela fait déjà presque huit ans qu’Asia Bibi attend dans le couloir de la mort. Accusée de blasphème par un voisin musulman, elle a été condamnée à mort en novembre 2010, la décision ayant été confirmée en appel en octobre 2014. En octobre 2016, la Cour suprême a reporté à une date indéterminée l’audience devant rendre une décision définitive dans cette affaire. Mais en mai 2018, ses avocats ont été informés qu’un nouvel appel pourrait bientôt avoir lieu. Tout optimisme semble très prématuré, parce que « l’affaire Asia Bibi » a divisé la société pakistanaise entre les partisans d’un certain libéralisme qui veulent voir la prisonnière libérée, et les islamistes qui exigent son exécution.

Selon la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale, environ 40 personnes ont été condamnées à la réclusion à perpétuité ou sont en attente de leur exécution pour blasphème dans les prisons pakistanaises. Il y a peu de signes d’une évolution positive dans ce domaine : le 30 décembre 2017, la Cour Suprême a ordonné la libération de Muhammad Mansha, dans la mesure où il avait été accusé « en l’absence de preuves solides ».15 Muhammad Mansha, un musulman, purgeait une peine de prison à perpétuité pour « blasphème » et avait déjà passé neuf ans en détention. En revanche, la portée des lois anti-blasphème a été étendue au domaine des communications électroniques. En juin 2017, Taimoor Raza, un musulman chiite, a été condamné à mort pour des propos blasphématoires affichés sur Facebook, un média social populaire au Pakistan.16 C’est la première fois qu’une sentence de mort pour blasphème a été prononcée dans le pays pour des commentaires publiés sur une plateforme numérique. La sentence fait suite à la promulgation, en 2016, d’une loi sur la cybercriminalité qui étend les peines prévues dans le code pénal aux crimes et délits commis sur Internet.17

Les mariages forcés de jeunes filles inquiètent également les minorités religieuses. Ces dernières années, le phénomène grandissant de conversions forcées de filles hindoues dans la province du Sindh est devenu un problème majeur pour la communauté hindoue. Selon la Pakistan hindu panchayat association, près de 1 000 filles et jeunes femmes sont contraintes chaque année, dans le Sindh, de se convertir à l’islam, ce qui a déclenché un exode des familles hindoues vers l’Inde voisine. En février 2016, une loi a été adoptée dans le Sindh interdisant cette forme de violence, mais il est encore trop tôt pour voir si elle aura réellement de l’effet. Les jeunes filles ont continué d’être ciblées. Pour donner un exemple, trois hommes armés ont enlevé une jeune hindoue de 14 ans à son domicile dans le village de Thar, province du Sindh, à la fin décembre 2017. Son père a fait des recherches et a été informé qu’elle s’était librement convertie à l’islam et avait épousé Naseer Lunjo, un habitant de la région. La famille rejette catégoriquement l’idée qu’elle se soit librement convertie. La police a refusé de s’impliquer.18 En effet, au Pakistan, où le mariage civil n’existe pas, les hindous, à la différence des musulmans et des chrétiens, ne pouvaient pas faire enregistrer leur mariage auprès des autorités civiles jusqu’à l’année dernière19, ce qui rendait leur vie quotidienne difficile, notamment pour obtenir des papiers d’identité, faire respecter leurs droits de propriété ou toucher un héritage. La situation des femmes hindoues est encore plus difficile. Comme le Pakistan ne reconnaissait pas leur état matrimonial, elles étaient considérées comme célibataires, même lorsqu’elles étaient mariées à un hindou, et étaient donc des proies faciles pour les ravisseurs de femmes non musulmanes.20

Cette forme de violence contre les femmes n’affecte pas seulement les hindoues. D’autres minorités religieuses sont également vulnérables. Par exemple, la jeune chrétienne Asma Yaqoob a été tuée le 22 avril 2018. Cette jeune fille de 25 ans était employée comme femme de ménage par un musulman à Sialkot, une ville située à quelque 100 kilomètres de Lahore. Selon le père de la jeune femme, elle a reçu des projections d’acide et d’essence pour avoir refusé les avances d’un des hommes de la maison où elle travaillait, alors qu’il voulait l’épouser. La jeune femme est morte à l’hôpital après cinq jours d’agonie. Elle avait des brûlures au troisième degré sur les neuf dixièmes du corps.21

On peut citer l’inauguration, le 15 avril 2018, d’une chapelle chrétienne sur le campus de l’Université d’agriculture de Faisalabad. Dans un pays qui compte 177 universités et instituts d’enseignement supérieur, c’est la première fois qu’un lieu de culte non-musulman est autorisé. Lors de l’inauguration, Mgr Joseph Arshad, archevêque d’Islamabad-Rawalpindi, a cité les paroles de Mohammad Ali Jinnah, père et fondateur de la nation : « Vous êtes libres ; vous êtes libres d’aller dans vos temples. Vous êtes libres d’aller dans vos mosquées ou tout autre lieu de culte dans cet état du Pakistan. Vous pouvez adhérer à n’importe quelle religion, caste ou croyance – ce ne sont absolument pas les affaires de l’État ».22

Perspectives pour la liberté religieuse

L’année 2018 est marquée par les élections parlementaires anticipées qui ont eu lieu le 25 juillet 2018. La Ligue musulmane du Pakistan – Nawaz (PMLN) est confrontée à de sérieux revers depuis que la Cour suprême a destitué le premier ministre, Nawaz Sharif, en juillet 2017 pour corruption. Depuis lors, il a été interdit à Nawaz Sharif de diriger le parti qu’il avait fondé, et il lui est interdit de participer à la moindre élection pour le reste de sa vie. Cette élection pourrait mener à des manifestations violentes au cours desquelles les minorités religieuses pourraient être des cibles faciles. Iman Khan, ancien champion de cricket, leader du Parti d’opposition Mouvement du Pakistan pour la Justice, est arrivé en tête.

Le 17 décembre 2017, un kamikaze a pris la vie de neuf personnes et en a blessé 60 autres. L’État islamique (Daech) a revendiqué la responsabilité de l’attentat, qui visait l’église méthodiste Bethel Mémorial à Quetta, dans le Baloutchistan. Les autorités gouvernementales ont nié cette revendication, en disant que l’État islamique n’était pas présent au Pakistan.23 Cela n’a pas empêché le président américain Donald Trump de suspendre l’aide américaine au Pakistan (3 milliards de dollars américains) pour l’exercice 2018, jusqu’à ce que le gouvernement pakistanais obtienne plus de résultats dans la lutte contre les organisations terroristes islamistes actives dans le pays, et dont les actions ont un impact sur la sécurité en Afghanistan. Début janvier 2018, les États-Unis ont placé le Pakistan sur une liste spéciale de pays à surveiller en raison des violations graves de la liberté religieuse24, avec des pays tels que la Birmanie, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord et l’Arabie saoudite. En attendant une éventuelle amélioration de la situation dans le pays, le nombre de Pakistanais, membres de minorités religieuses, qui veulent quitter le payer, continue d’augmenter. Selon le sénateur Ramesh Kumar, un politicien hindou élu par « l’électorat séparé »», quelque 5000 hindous quittent le Pakistan chaque année suite aux persécutions auxquelles ils sont confrontés.25

Mgr Joseph Coutts (72 ans), archevêque catholique de Karachi, ville portuaire située dans le sud du pays, a été créé cardinal le 29 juin 2018. Le 20 mai 2018, il a déclaré à la presse que le dialogue interreligieux était une priorité. Il n’a cependant pas caché que la violence est « un problème qui touche l’ensemble du pays. Cette forme extrémiste très fanatique de l’islam, qui n’est pas l’islam de la population générale, affecte non seulement les chrétiens et les autres non-musulmans, mais aussi les musulmans eux-mêmes. Ils ciblent les sanctuaires et les mosquées. Les gens, en raison des persécutions, commencent à perdre confiance et notamment dans celle du gouvernement […] Nous devrions unir nos forces avec les personnes ouvertes à toutes les communautés ».26

 


 

  1. C’est aussi un acronyme créé dans les années 1930 en faisant usage du nom des provinces du pays : Punjab, Afghania (désormais Khyber Pakhtunkhwa), Kashmir, Sindh et Baloutchistan.
  2. https://www.constituteproject.org/constitution/Pakistan_2015.pdf?lang=en
  3. Kamran Chaudhry, UCANews, 16 novembre 2017, https://www.ucanews.com/news/pakistan-bishops-demand-fair-voting-system-for-minorities/80786
  4. Reuters, 6 mars 2016, https://www.reuters.com/article/pakistan-blasphemy-lawyers-idUSKCN0W905G
  5. Reuters, 6 mars 2016, http://www.reuters.com/article/pakistan-blasphemy-lawyers-idUSKCN0W905G
  6. Églises d’Asie, 12 mai 2015, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud/pakistan/2015-03-12-loi-sur-le-blaspheme-la-famille-de-salman-taseer-refuse-ab-le-prix-du-sang-bb
  7. Églises d’Asie, 31 octobre 2014, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud/pakistan/2014-10-31-sa-condamnation-a-mort-confirmee-asia-bibi-en-appelle-de-nouveau-au-pape
  8. Reuters, 6 mars 2016, op. cit.
  9. Selon la commission « Justice et Paix » de la Conférence épiscopale catholique du Pakistan, entre 1986 et 2009, 964 personnes ont été condamnées pour blasphème. Parmi elles, il y avait 479 musulmans, 119 chrétiens, 340 ahmadis, 14 hindous et dix adeptes d’autres religions. Sur 1537 cas de blasphème enregistrés, 41,18% concernaient des musulmans (alors que ceux-ci représentent 96,4% de la population), 32,14% des ahmadis, 13% des chrétiens (2% de la population) et 1,36% des hindous (1,5% des population).
  10. Églises d’Asie, 7 novembre 2014, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud/pakistan/2014-11-07-la-mort-atroce-d2019un-couple-de-chretiens-pakistanais-souligne-l2019urgence-a-reformer-les-lois-anti-blaspheme
  11. Pax Christi International, 5 mai 2018, https://www.paxchristi.net/news/pakistan-april-29th-observed-day-prayer-and-mourning-all-victims-religious-intolerance-violence
  12. Ibid
  13. UCANews, 17 mai 2018, https://www.ucanews.com/news/pakistan-army-kills-top-islamic-militant/82339
  14. Églises d’Asie, 14 février 2017, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud/pakistan/2017-02-14-la-loi-peut-elle-suffire-a-proteger-les-minorites-religieuses-au-pakistan
  15. The Express Tribune, 30 décembre 2017, https://tribune.com.pk/story/1596461/1-sc-clears-man-blasphemy-charge-due-lack-evidence/
  16. Kunwar Khuldune Shahid, The Diplomat, 13 juin 2017, https://thediplomat.com/2017/06/pakistan-issues-first-death-sentence-for-digital-blasphemy/
  17. Églises d’Asie, 25 décembre 2016, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud/pakistan/2016-11-25-inquietude-des-chretiens-face-a-un-durcissement-de-la-legislation-sur-les-medias
  18. Indian Express, 21 décembre 2017 http://indianexpress.com/article/pakistan/teenage-hindu-girl-abducted-forcibly-converted-in-pakistan-report-4993480/
  19. ZeeNews, 12 avril 2017, http://zeenews.india.com/india/pakistans-new-hindu-marriage-law-comes-into-effect-will-kidnapping-forced-conversion-of-minority-women-end-now-1995313.html
  20. Églises d’Asie, 14 décembre 2016, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud/pakistan/2016-12-14-interdiction-des-conversions-forcees-dans-la-province-du-sind
  21. Kamran Chaudhry, UCANews, 24 avril 2018, https://www.ucanews.com/news/pakistani-christian-killed-for-spurning-muslim-suitor/82130
  22. AsiaNews, 19 avril 2018, http://www.asianews.it/news-en/Faisalabad,-the-first-Christian-chapel-opens-in-an-Islamic-university-43662.html
  23. Syed Ali Shah, The Dawn, 17 décembre 2017, https://www.dawn.com/news/1377184
  24. Heather Nauert, Bureau of Public Affairs Office of Press Releases, U.S. Department of State, 4 janvier 2018 https://www.state.gov/r/pa/prs/ps/2018/01/276843.htm
  25. Irfan Haider, The Dawn, 13 mai 2014, https://www.dawn.com/news/1105830
  26. Ayyaz Gulzar, UCANews, 21 mai 2018, https://www.ucanews.com/news/pakistan-archbishops-interfaith-focus-leads-to-red-hat/82206