Pologne

Chiffres clés

Légende :

Chrétiens : 95.7%

Agnostiques : 3.9%

Autres : 0.4%

Superficie : 312679 m2

Population : 38593000 habitants

Cadre juridique de la liberté de la religion et son application effective

L’article 53 de la Constitution garantit la liberté de religion et de conscience en Pologne. Il permet les manifestations publiques du culte, tant que cela ne menace pas l’ordre public, la sécurité de l’État ou les libertés individuelles et les droits d’autrui. Il en est de même pour l’éducation religieuse dans les écoles publiques. Les « organes de l’autorité publique » ne peuvent contraindre un individu à divulguer ses croyances personnelles. Et personne ne peut être forcé de participer, ou de ne pas participer, à des activités religieuses. L’article 48 accorde aux parents le droit d’élever leurs enfants selon leurs convictions.1

Le préambule de la Constitution mentionne explicitement Dieu et l’héritage chrétien de la nation, tout en incluant ceux qui ne croient pas en Dieu mais respectent les valeurs universelles de la vérité, de la justice, du bien et de la beauté.2 L’article 25 précise en outre les relations entre l’État et les groupes religieux. Il garantit l’égalité en droit de toutes les Églises et autres organisations confessionnelles et « l’autonomie et l’indépendance mutuelles » de l’Église et de l’État, avec la possibilité d’une coopération pour le bien de l’homme et le bien commun. Le même article mentionne aux alinéas 4 et 5 que l’État définit ses relations avec l’Église catholique romaine et les autres organisations confessionnelles par des accords bilatéraux.2

L’article 196 du code pénal sanctionne pénalement le fait d’offenser publiquement les sentiments religieux.3

Incidents

Un projet de loi controversé rendant illégal le fait d’accuser « la nation polonaise ou l’État polonais d’être responsable ou complice des crimes nazis commis par le troisième Reich allemand » a été déposé en février 2018. La peine maximale prévue est une peine de prison de trois ans. La législation répondait aux inquiétudes des autorités polonaises d’être accusées d’avoir officiellement collaboré avec les nazis à la mise en place de camps de concentration comme ceux d’Auschwitz, où des millions de juifs sont morts. Israël, les Etats-Unis et la France ont condamné la loi, et une lettre ouverte de l’union des communautés juives de Pologne a fait valoir que depuis l’annonce du projet de loi, il y avait eu une « vague croissante d’intolérance, de xénophobie et d’antisémitisme », dont des menaces à l’encontre des membres de la communauté juive. La Conférence épiscopale polonaise a également condamné la montée de l’antisémitisme dans le pays.4

Michael Bilewicz, directeur du Centre de recherche sur les préjugés à l’Université de Varsovie, a déclaré que la quantité de documents antisémites sur Internet avait considérablement augmenté à la suite du projet de loi sur l’Holocauste, culminant autour de janvier 2018. Elle a depuis diminué.2 Un article paru dans Times of Israel a relaté la renaissance juive qui a lieu actuellement en Pologne. Bien qu’il décrive également le pic atteint par les discours de haine sur Internet, il ajoute que les juifs se sentent en général en sécurité en Pologne, subissant relativement peu d’attaques, surtout si l’on compare la situation aux centaines d’agressions dans les pays occidentaux tels que la France.5

Le 3 novembre 2016, la nuit suivant le jour de prière pour les défunts, des inconnus ont vandalisé un cimetière dans la ville d’Ełk. Plus de 100 tombes chrétiennes ont ainsi été détruites ou endommagées. La police enquête toujours sur l’affaire. En août 2017, un suspect avait été arrêté, mais il a été libéré faute de preuves.6

Le 8 février 2017, dans la ville de Kąpino, au moins deux hommes ont brutalement agressé un prêtre catholique alors qu’il revenait d’une église où il avait effectué l’office du soir. Le prêtre a enduré environ six heures de torture physique. Les agresseurs ont volé son argent et sa voiture. La police a ensuite arrêté trois suspects, deux hommes et une femme. L’affaire fait encore l’objet d’une enquête.7

L’organisation polonaise Ordo iuris fait actuellement un recensement des cas d’offense aux sentiments religieux des chrétiens ou de crimes de haine fondés sur des motifs religieux. Leur collecte de données sera ensuite transmise à l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour un rapport sur les crimes de haine. Ce rapport sera publié par le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’OSCE. Le rapport de 2016 contenait 19 cas de dommages causés à des objets liés au christianisme, trois à des objets liés au judaïsme et cinq cas de violence anti-musulmane, pour des motifs manifestement religieux.8 La dernière transmission de données d’Ordo iuris au BIDDH pour son rapport couvrant l’année 2017 compte quelque 34 cas de vandalisme, de profanation ou d’offenses aux sentiments religieux des chrétiens. Cela comprend entre autres la détérioration d’une statue de Jésus-Christ à Gdansk en janvier, la profanation de la tombe d’un prêtre dans la ville de Rawa Mazowiecka en février, la destruction de la façade d’une chapelle évangélique à Biała Piska en août, des « fêtes d’anniversaire », organisées par trois lycéens, au cours desquelles des tombes ont été vandalisées à Zbrosławice en septembre, la destruction d’une plaque commémorant les victimes de la catastrophe de Smolensk de 2010 à Gdynia en octobre, une parodie de la prière du Seigneur sur la radio RMF FM, censée critiquer le gouvernement de droite, et le vol d’une petite figurine de Jésus dans une crèche de Noël à Gdansk en décembre. La plupart de ces faits font actuellement l’objet d’une enquête de police, et sept d’entre eux ont été résolus à ce jour. Par exemple, dans le cas de la chapelle évangélique à Biała Piska, les auteurs des faits ont été condamnés à une amende de 4000 PLN. L’amende a été utilisée pour réparer la façade endommagée.9

Plusieurs cas d’insultes aux sentiments religieux par des artistes et des activistes ont été observés. Ces insultes se rattachent souvent à des protestations contre le gouvernement actuel.10 Un bon exemple est le cas de l’exposition de peintures de Piotr Jakubczak dans laquelle des caricatures de politiciens de droite comportaient des symboles religieux. Sur un tableau, le député Jarosław Kaczyński était ainsi présenté crucifié et habillé que d’un short.11 Le cas le plus notoire a probablement été la pièce de théâtre appelée Curse, du dramaturge Oliver Frljić. Elle montrait un acte sexuel au cours duquel une croix a été profanée, et une statue de saint Jean-Paul II se livrant à des actes sexuels. Au cours d’un entretien accordé au journal libéral Gazeta Wyborcza, un employé du théâtre a décrit la pièce comme « libératrice » face aux « brutalités » commises par l’Église catholique. Plusieurs commentaires anti-catholiques anonymes ont été affichés sur la version en ligne de l’article, sans que le journal ne les supprime.12 La comédie musicale Kinky Boots a également suscité la controverse pour avoir montré une drag-queen se moquant de Marie-Madeleine.13

Comme dans d’autres pays européens, les sentiments anti-musulmans ont augmenté suite à la crise des réfugiés. Au cours d’une marche d’extrême droite le jour de l’indépendance polonaise, le 11 novembre 2017, certaines personnes tenaient une grande bannière sur laquelle était représenté un cheval de Troie avec l’étiquette « islam » et un terroriste au nez crochu à l’intérieur.14

Perspectives pour la liberté religieuse

En raison du faible nombre d’immigrés musulmans ou juifs en Pologne, le nombre d’incidents violents à l’encontre des personnes de ces groupes religieux reste faible, contrairement à l’Allemagne voisine ou à l’Ukraine. Toutefois, l’intolérance religieuse et les discours de haine sur Internet ont augmenté au cours des deux dernières années. La Pologne est de plus en plus divisée politiquement et culturellement, avec un schéma conflictuel très complexe qui tend à associer les considérations politiques et religieuses. Le gouvernement de droite est pro-chrétien, souvent anti-musulman, et en théorie pro-juif. Pourtant, le projet de loi sur l’Holocauste a créé une faille nuisible aux relations avec les juifs. Les groupes marginaux d’extrême droite, qui représentent relativement peu de monde, sont très visibles dans les médias traditionnels et très actifs sur les médias sociaux. Ils accusent le gouvernement de droite de ne pas être assez dur en ce qui concerne les réfugiés musulmans et d’être pro-juif. Des activistes et des artistes attirés par le courant d’opposition libérale attaquent le parti au pouvoir, qui est farouchement pro-catholique, en ciblant la foi catholique. Des discours de haine provenant de tout le spectre politique sont présents sur Internet.

 

Le gouvernement de droite au pouvoir étant idéologiquement en désaccord avec certains autres États occidentaux et avec les médias libéraux, il faut être conscient du caractère potentiellement biaisé de certains reportages. L’attribution erronée au président d’Israël Reuven Rivlin, par Times of Israel, d’une déclaration publique selon laquelle la Pologne serait complice de l’Holocauste15, et l’accusation lancée par Ro Khanna, membre du Congrès américain, à l’État polonais selon laquelle ce dernier aurait fait voter des lois glorifiant les collaborateurs nazis et niant l’Holocauste, constituent des cas extrêmes.16 Pourtant, tandis que les actions et les intentions du gouvernement sont sujettes à interprétation, la montée des discours de haine sur Internet et des insultes publiques dans la société ne l’est pas. Jusqu’à présent, des insultes ont été signalées par leurs victimes et examinées par les autorités, si bien que nous n’en sommes qu’au niveau de « l’intolérance », et l’accès à la justice reste fermement en place.

 


  1. Constitution of Poland from 1997, https://www.constituteproject.org/constitution/Poland_2009?lang=en En français : http://mjp.univ-perp.fr/constit/pl1997.htm
  2. Ibid
  3. Poland Penal Code of 1997, https://ihl-databases.icrc.org/applic/ihl/ihl-nat.nsf/0/e1742de4fa6ee960412565d9002e3915/$FILE/Penal%20Code_ENG.pdf
  4. James Masters and Antonia Mortensen, CNN, 20 février 2018 https://edition.cnn.com/2018/02/20/europe/poland-holocaust-law-jewish-community-intl/index.html ; BBC News, 1er février 2018 https://www.bbc.co.uk/news/world-europe-42898882
  5. Cnaan Liphshiz, The Times of Israel, 28 avril 2018, https://www.timesofisrael.com/in-krakow-jews-celebrate-their-communitys-revival-amid-rising-xenophobia/
  6. Adam Białous, PCh24.pl, 4 novembre 2016,  http://www.pch24.pl/szokujaca-profanacja-na-cmentarzu-w-elku–ponad-100-nagrobkow-zniszczonych,47134,i.html
  7. Joanna Kielas, Dziennik Bałtycki, 16 février 2017, http://www.dziennikbaltycki.pl/wiadomosci/wejherowo/a/zarzuty-dla-zatrzymanych-ws-pobicia-ksiedza-w-kapinie-zdjeciawideo,11799592/
  8. OSCE Hate Crime Reporting, http://hatecrime.osce.org/poland
  9. Ordo Iuris Institute for Legal Culture, Submission of Data Collection to the Office for Democratic Institutions and Human Rights (ODIHIR) 2017 Annual Report on Hate Crimes, avril 2018, http://www.ordoiuris.pl/sites/default/files/inline-files/ODIHR_Hate_Crimes_Report_Submission_Ordo_Iuris_2017_final.pdf
  10. Jim O’Quinn, American Theatre, 27 avril 2018, https://www.americantheatre.org/2018/04/27/poland-takes-a-right-turn-but-theatremakers-arent-taking-it-lying-down/
  11. Ewa Furtak, Gazeta Wyborcza, 9 mai 2017, http://wyborcza.pl/7,75398,21782312,prezes-kaczynski-w-slipach-obraza-uczucia-wojt-wiecej-takich.html
  12. Arkadiusz Gruszczyński, Gazeta Wyborcza, 18 février 2018, http://warszawa.wyborcza.pl/warszawa/7,54420,23030888,klatwa-zostala-rzucona.html
  13. PCh24.pl, 12 juillet 2017, http://www.pch24.pl/kpina-ze-sw–marii-magdaleny–gender-i-dziecko-w-szpilkach-w-teatrze-wspolfinansowanym-przez-resort,53011,i.html
  14. Shafhik Mandhai, aljazeera.com, 14 novembre 2017, https://www.aljazeera.com/news/2017/11/big-issue-islamophobia-poland-171113064903344.html
  15. TOI Staff, The Times of Israel, 12 avril 2018, https://www.timesofisrael.com/poland-and-poles-helped-in-nazi-extermination-rivlin-tells-polish-counterpart/
  16. Vanessa Gera, The Washington Post, 26 avril 2018, https://www.washingtonpost.com/politics/congress/poland-rebukes-us-criticism-of-holocaust-law/2018/04/26/fd4141dc-4947-11e8-8082-105a446d19b8_story.html?noredirect=on&utm_term=.353982092296