Qatar

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 83.8%

Chrétiens : 9.2%

Hindous : 2.5%

Agnostiques : 2.4%

Bouddhistes : 1.9%

Autres : 0.2%

Superficie : 11607 m2

Population : 2291000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Le Qatar est une monarchie héréditaire gouvernée par les émirs de la dynastie Al Thani. Très riche en gaz naturel et en pétrole, le pays figure parmi l’un des plus riches au monde, par revenu par habitant. Tous ses citoyens sont musulmans, y compris la famille dirigeante. La forme wahhabite de l’islam sunnite y prédomine, et les chiites sont minoritaires. Seulement 10 % de la population jouit pleinement de la citoyenneté qatarie. Les autres résidents sont pour la plupart des travailleurs étrangers. La plupart des non-qataris sont musulmans sunnites ou chiites, mais aussi hindous, chrétiens ou bouddhistes.

L’Église catholique locale estime le nombre de catholiques à 300 000. Les autres groupes chrétiens, comme les anglicans et les orthodoxes, représentent moins de 5 % des non-citoyens.

Les huit confessions chrétiennes enregistrées sont autorisées à pratiquer un culte collectif à un emplacement fourni par le gouvernement, à la périphérie de Doha, sur un terrain offert par l’émir. Avant la création de cette zone, les catholiques avaient l’habitude de prier dans des « chapelles » improvisées – des maisons, et même une fois dans une école. À la suite de la révolution iranienne, la pratique des religions non-islamiques avait été interdite au Qatar. Finalement, en 1995, la liberté de culte a été accordée. Cette liberté est limitée aux seules religions abrahamiques, à savoir le judaïsme, le christianisme et l’islam. Les religions non-abrahamiques ne peuvent pas se faire enregistrer pour établir des lieux de culte. L’État tolère que leurs adeptes prient dans des maisons privées.

Les personnes qui quittent l’islam, apostats, le font à grand risque, et doivent dissimuler leurs nouvelles croyances religieuses. L’organisation chrétienne des droits de l’homme Portes Ouvertes a déclaré : « [Les apostats] risquent d’être rejetés par leurs familles et leurs communautés, ils risquent de subir des violences physiques, voire des crimes d’honneur si leur foi est découverte ».1 La plupart des musulmans du Qatar qui se convertissent au christianisme le font à l’étranger et ne reviennent jamais, par crainte pour leur sécurité.

Selon l’article 1 de la Constitution, « l’islam est la religion du Qatar, et la loi islamique constitue la principale source de ses législations ». L’article 35 dispose que « les personnes sont égales devant la loi. Il n’y aura aucune discrimination à leur égard du fait de leur sexe, race, langue ou religion ». L’article 50 indique : « La liberté du culte est garantie à tous, conformément à la loi et aux exigences de protection de l’ordre et de la moralité publics ».

La loi qatarie 11 de 2004 a incorporé les punitions traditionnelles de la loi islamique pour diverses infractions, y compris l’apostasie. L’article 1 de cette loi annonce que : « les dispositions de la loi islamique pour les infractions suivantes sont appliquées si le défendeur ou la victime est un musulman : les infractions hudud liées au vol, au banditisme, à l’adultère, à la diffamation, à la consommation d’alcool et à l’apostasie ; les infractions de représailles (qisas) et du prix du sang (dîyah). » Bien que l’apostasie soit l’une des infractions passibles de la peine de mort, le Qatar n’a exécuté personne pour cette infraction depuis son indépendance en 1971. Le Qatar criminalise également le prosélytisme. En vertu de l’article 257, toute personne qui installe au Qatar une organisation pour y faire du prosélytisme encourt une peine de sept ans de prison.2

Le blasphème contre l’islam, le christianisme ou le judaïsme est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à sept ans de prison.3

Incidents

Selon le vicariat apostolique de l’Église catholique d’Arabie du nord, « l’émir actuel a été salué pour sa tolérance religieuse et son soutien au dialogue interreligieux, même s’il applique la loi islamique de façon stricte ».4 Cela concorde avec les descriptions fournies par les représentants de l’État. Dans un discours prononcé en mars 2015 à Genève, lors de la 28e session de dialogue du Conseil des droits de l’homme avec le Rapporteur spécial sur la religion ou la croyance, le cheik Khalid bin Jassim Al -Thani, directeur du département des droits de l’homme du Ministère des Affaires étrangères du Qatar, a déclaré : « L’État qatari a confirmé aux non-musulmans sa garantie de liberté de religion ou de croyance en créant des bâtiments pour le culte, comme par exemple les complexes religieux plus connus sous le nom de ‘Church City’ ». Il a également confirmé qu’il avait « renforcé la protection constitutionnelle de la liberté de religion ou de croyance en adoptant plusieurs lois connexes, et en créant de nombreuses institutions tant au niveau gouvernemental que non gouvernemental, notamment le Centre international de Doha pour le dialogue interconfessionnel, créé en 2008 dans le but de promouvoir et de diffuser la culture du dialogue, l’acceptation d’autrui et la coexistence pacifique des différentes religions ». Il a ajouté que l’État du Qatar avait continué d’accueillir des conférences et forums internationaux sur des questions relatives aux droits de l’homme et à la promotion d’une culture de la paix, dont une conférence annuelle sur le dialogue interconfessionnel.5

Suivant les directives du gouvernement, les églises du complexe religieux de Mesaimeer ont renforcé leurs mesures de sécurité en juillet 2015 en fermant le parking, en introduisant des détecteurs de métaux et en augmentant le nombre de gardes de sécurité.6 Des milliers de personnes ont participé aux célébrations de Noël dans ce complexe en décembre 2016.7

Par le passé, les mosquées du Qatar ont été utilisées comme des plates-formes par des religieux intransigeants. Un incident notoire a eu lieu en mars 2015, lorsque le religieux saoudien Sa’ad Ateeq al Ateeq a prêché dans la grande mosquée de Doha et a prié pour la destruction d’un certain nombre de groupes non-musulmans : « Allah, renforcez l’islam et les musulmans, et détruisez vos ennemis, les ennemis de la religion. Allah, éliminez les juifs et ceux qui les ont faits juifs, et détruisez les chrétiens, les alaouites et les chiites ».8 Il n’y a pas eu d’autre attaque de ce type depuis lors.

Environ 615 personnes expatriées au Qatar se sont converties à l’islam au cours du mois de Ramadan 2017, selon l’Agence de nouvelles du Qatar, qui a cité les chiffres publiés par le Qatar Guest Centre et l’association caritative Sheikh Eid. Le Qatar annonce régulièrement des conversions à l’islam, qui peuvent s’élever à plusieurs milliers chaque année. Les conversions peuvent être encouragées par un accès facile à l’information sur la religion d’État, mais certains groupes ont laissé entendre qu’elles pouvaient également être motivées par des avantages sociaux et économiques.9

En juin 2016, le ministre des Affaires étrangères, Cheikh Mohamed bin Abdulrahman al-Thani, a réitéré le rejet par le gouvernement qatari de toute forme d’extrémisme violent. S’exprimant lors d’une conférence sur les enfants touchés par l’extrémisme, au siège de l’ONU à New York, il a déclaré que l’extrémisme n’était pas enraciné dans la religion, mais lié à des facteurs sociaux, économiques et politiques. Selon le Times du Golfe, Cheikh Mohamed « a souligné le rôle des personnalités religieuses qui prêchaient la tolérance et les valeurs humanitaires et le rôle des organisations de la société civile et des intellectuels dans la propagation d’un esprit de pardon et de tolérance et dans la recherche d’un compromis plutôt que d’une attitude consistant à imposer ses opinions aux autres ».10

En octobre 2017, une conférence de deux jours a eu lieu à l’Institut de Doha pour les études supérieures.11 Des professeurs d’université, des politologues, des chercheurs et des écrivains se sont concentrés sur la violence qui pousse les chrétiens hors de la région, en particulier en Égypte et en Irak. Les participants ont convenu que la démocratie et l’État de droit pouvaient être utilisés pour redéfinir le rôle de la religion dans la région. Les principales conclusions ont été que l’absence de droits civiques dans le monde arabe n’avait pas seulement un impact sur les minorités religieuses, mais affectait également la majorité musulmane. En outre, il a été clairement indiqué que les valeurs partagées, et non les différences religieuses, devaient être promues. « On ne peut pas simplement séparer les chrétiens du reste du monde arabe », a déclaré Azmi Bishara. Il a ajouté que « la citoyenneté à égalité et la démocratie » étaient les seules véritables solutions.

En février 2018, la 13e Conférence de Doha sur le dialogue interconfessionnel, dont le thème était « religions et droits de l’homme »12, a été gratifiée de la présence de dirigeants musulmans, chrétiens et juifs, aux côtés d’universitaires et d’autres spécialistes des relations interconfessionnelles. Les orateurs ont appelé à « la mise en œuvre des valeurs religieuses présentes dans les religions divines, et au renforcement des lois internationales visant à protéger les droits de l’homme et à empêcher leur violation, que les auteurs de celles-ci soient des États, des individus ou des organisations ». En outre, Ibrahim bin Saleh Al Nuaimi, président du DICID, a souligné la nécessité de trouver des « mécanismes internationaux efficaces pour garantir la liberté de croyance et de pratique des rites religieux, ainsi que la nécessité de respecter les valeurs religieuses sacrées, coutumes et traditions de tous les peuples ».13

greybox]Perspectives pour la liberté religieuse[/greybox]

Le Qatar reste un pays musulman très conservateur avec des restrictions à la liberté religieuse provenant à la fois de l’État et de la société. Le nombre de musulmans radicaux est élevé. Cela dit, les membres des groupes religieux enregistrés ont la possibilité de pratiquer leur culte sans ingérence. L’approbation de la construction d’une église évangélique constitue un signe positif. La pratique du culte par des membres de groupes non enregistrés a été tolérée.

Le Qatar a été accusé de collusion avec l’Iran et de financement des frères musulmans et de groupes terroristes. La crise politique et diplomatique qui s’est produite en juin 2017 entre une coalition de pays arabes (dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis, y compris Bahreïn et l’Égypte) a isolé le Qatar.

 


  1. ‘Qatar’, Open Doors, https://www.opendoorsuk.org/persecution/countries/qatar/
  2. ‘Qatar’, Library of Congress, Laws Criminalizing Apostasy, http://www.loc.gov/law/help/apostasy/#qatar
  3. IHEU – International Humanist Ethical Union, 22 septembre 2014,  http://iheu.org/religious-law-prison-for-blasphemy-severe-sexual-inequalilty-qatars-human-rights-review/
  4. Apostolic Vicariate of Northern Arabia (AVONA), http://www.avona.org/qatar/qatar_about.htm – .WqatnZPwb-a
  5. Ministry of Foreign Affairs, 10 mars 2015, https://mofa.gov.qa/en/all-mofa-news/details/2015/03/10/qatar-committed-to-ensuring-freedom-of-religion-or-belief-of-non-muslims
  6. C. D’Mello, Doha News, 12 juillet 2015, https://dohanews.co/qatar-churches-close-car-parks-to-congregants-over-security-concerns/
  7. S. Khatri, Medium – Doha News, 24 décembre 2016, https://medium.com/dohanews/qatars-faithful-head-to-church-for-christmas-services-fef81c9cc45a
  8. O. Adaki and D. A.Weinberg, Foreign Policy,  5 mai 2015, http://foreignpolicy.com/2015/05/05/preaching-hate-and-sectarianism-in-the-gulf-saudi-arabia-qatar-uae-saad-bin-ateeq-al-ateeq/, O. Adaki and D. A.Weinberg, Foundation for Defense of Democracies, http://www.defenddemocracy.org/dw-tv-subtitles/
  9. S. Khatri, Doha News, 24 juillet 2015, https://dohanews.co/more-than-600-people-convert-to-islam-in-qatar-during-ramadan/
  10. Gulf Times, 5 juin 2016, http://www.gulf-times.com/story/496907/Qatar-reiterates-rejection-of-violent-extremism
  11. Asia News, 23 octobre 2017, http://www.asianews.it/news-en/Conference-in-Doha-addresses-the-persecution-of-Christians,-promotes-shared-values-42128.html
  12. Doha International Center for Interfaith Dialogue, 20 – 21 février 2018, http://www.dicid.org/english/doha_interfaith_conference13.php
  13. ‘DICID calls for implementation of religious values’, Peninsula, 22 février 2018, http://www.dicid.org/english/docs/Media/Final_Peninsula_13_en.pdf