Le Rapport 2018, vu par Marc Fromager

Un problème religieux, mais pas uniquement

 

Ce Rapport se veut consacré à la liberté religieuse. Nous avons donc retenu des faits ayant une dimension religieuse pour évaluer la situation des 196 pays étudiés et émettre un avis sur leur évolution.

Un double écueil doit être évité, nous semble-t-il, celui qui consiste à hypertrophier ou au contraire à minimiser le facteur religieux dans l’analyse des causes d’un conflit. En réalité,  celles-ci sont le plus souvent multiples et résultent en général d’un ensemble de facteurs qui interviennent de manière concomitante.

Une ébauche de liste des causes pourrait même apparaître un peu fastidieuse. On y retrouverait pêle-mêle le poids de l’histoire, l’impact de la géographie voire du climat, l’héritage mais aussi le jeu actuel des acteurs politiques, la démographie, la réalité socio-économique, la culture, le niveau d’éducation et enfin la religion.

Dans un souci de clarté, on pourrait sans doute rattacher la plupart de ces causes à trois dimensions essentielles, prise dans leur acceptation la plus large : la politique, l’économie et la religion. Ce dernier élément n’est pas forcément pris en compte de manière systématique, sauf dans un Rapport comme celui-ci puisqu’il s’agit précisément de l’objet d’étude principal.

Prenons deux crises récentes pour illustrer cet enchevêtrement de causes, la guerre en Syrie et l’exode des Rohingyas. Généralement présentée comme une guerre civile, la crise syrienne possède en réalité une dimension géopolitique internationale (affrontement saoudo-iranien puis russo-américain), économique (gaz qatari et pétrole syrien) et religieuse (lutte entre sunnites et chiites sur fond d’expulsion des minorités religieuses).

Concernant les Rohingyas, la présentation usuelle a souvent eu tendance à simplifier le conflit, en le résumant à une minorité musulmane persécutée par des moines bouddhistes. Sans nier l’ampleur de cette tragédie, le caractère purement religieux de cette crise ne résiste pas aux faits.

On retrouve là encore des facteurs politiques (projet manifeste de sécession d’une partie du territoire birman sur fond de mutations démographiques – les Rohingyas sont pour la plupart d’origine bengalie) et économiques (découverte d’un important gisement d’hydrocarbures au large de cette région, volonté de contrer de considérables investissements chinois).

Dans ces deux illustrations, le facteur religieux est donc réel mais insuffisant pour expliquer la crise. La prise en compte de cette complexité met en exergue tout l’intérêt qu’il y a à promouvoir la liberté religieuse. En effet, en réduisant ainsi la possibilité d’instrumentaliser la religion, la liberté religieuse supprime par là même un des facteurs crisogènes.

En ce sens, ce Rapport se veut une contribution pour la Paix, une contribution sans doute modeste mais qui nous paraît néanmoins pertinente. Cette contribution sera d’autant plus importante si les responsables religieux comprennent ce risque d’instrumentalisation, décrit dans ce Rapport, et qu’ils s’y opposent en s’engageant à promouvoir autant que possible une attitude de respect et de dialogue au sein de leurs communautés.

 

Marc FROMAGER, directeur de l’AED