République tchèque

Chiffres clés

Légende :

Chrétiens : 52.9%

Agnostiques : 41.9%

Athées : 4.9%

Autres : 0.3%

Superficie : 78868 m2

Population : 10548000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La question de la liberté religieuse n’est pas explicitement abordée dans la Constitution, mais les articles 15 et 16 de la Charte des Droits et Libertés Fondamentaux garantissent la liberté de conviction religieuse et accordent des droits fondamentaux à tous les citoyens, indépendamment de leur foi ou de leur religion. En vertu de la Charte, les individus ont le droit de pratiquer leur religion, seuls ou à plusieurs, en privé ou en public, « par le culte, l’enseignement, la pratique ou les rites », ou de s’abstenir de toute croyance ou activités religieuses. Ils peuvent aussi changer de religion. La Charte définit les organisations religieuses, reconnaît leur liberté de professer leur foi (tant en public qu’en privé) et de superviser leurs propres affaires sans ingérence indue de l’État. Selon la Charte, la liberté de religion peut être limitée par la loi, pour des raisons de « sécurité et d’ordre publics, de santé et de morale, ou compte tenu des droits et libertés d’autrui ».1

Le gouvernement finance un certain nombre d’activités culturelles à fondement religieux. Il s’agit notamment de la Nuit des Églises, du pèlerinage national de Saint Venceslas, de la culture contre l’antisémitisme, de la prière pour les foyers, de la Kristfest de l’Église apostolique et du pèlerinage des roms de l’Église catholique romaine.

Incidents

Le Ministère de l’Intérieur et la Fédération des communautés juives ont déclaré que les groupes néo-nazis, les groupes nationalistes et les groupes musulmans, dont l’Union musulmane, avaient exprimé des opinions antisémites. Le Ministère de l’Intérieur a noté que des groupes tels que la Résistance Nationale et les Nationalistes Autonomes avaient organisé des rassemblements publics et publié des blogs contenant des déclarations anti-sémites, niant l’Holocauste, diffusant de la propagande néo-nazie et des sentiments anti-musulmans.2

Selon un rapport d’Al Jazeera, l’islamophobie a bondi ces dernières années, en réaction à la crise des réfugiés, bien que la communauté musulmane soit relativement petite. Le rapport critique le fait que, bien que l’islam soit reconnu légalement comme une religion dans le pays, des droits lui sont refusés, tels que celui d’établir des écoles, de conclure des mariages reconnus légalement ou de pratiquer des services religieux dans l’espace public. Les discours de haine contre les musulmans et même les attaques physiques sont devenus communs. Par exemple, en juillet 2017, deux musulmanes ont été agressées verbalement et physiquement par une femme dans un parc aquatique à Prague. Certains musulmans ont déjà quitté le pays en raison de cette situation.3 Sur le plan politique, les sentiments anti-musulmans se sont révélés extrêmement populaires dans la société tchèque. Les partis ayant des positions hostiles à l’égard de l’islam ont eu beaucoup de succès lors des élections législatives d’octobre 2016.4

Les attitudes envers le christianisme semblent avoir changé dans une société tchèque fortement laïque. Il y a une tendance notable à une appréciation plus positive du christianisme culturel, davantage de personnes redécouvrant leurs racines religieuses. Il est difficile d’estimer la profondeur de cette identification, car elle est souvent étroitement liée à des attitudes violemment anti-immigration et à de l’indifférence envers la doctrine sociale de l’Église sur l’avortement, le mariage des personnes de même sexe ou le divorce.5 A titre d’exemple, des habitants de la ville de Brno ont organisé en septembre 2017 une manifestation contre l’enlèvement des symboles chrétiens d’une publicité montrant une église sur l’île grecque de Santorin, dans la chaîne de supermarché allemand Lidl.6 La protestation s’est propagée à d’autres villes comme celle de Chomutov.7

Le cardinal Dominik Duka, archevêque de Prague, a exprimé de fortes réserves au sujet de l’immigration musulmane, appelant plutôt à soutenir davantage les réfugiés chrétiens.8 L’Église a fait appel au gouvernement pour assouplir les restrictions au droit d’asile pour les chrétiens persécutés en Chine. Elle a critiqué une politique donnant la priorité aux liens commerciaux sur les droits de l’homme.9

En 2016, « Non à l’islam en République Tchèque » s’est rebaptisé « Block Anti Islam » et, sous son nouveau nom, a organisé plusieurs rassemblements anti-musulmans. Une douzaine de manifestations contre l’accueil de plus de réfugiés musulmans dans le pays ont été menées par le cette organisation en collaboration avec le parti politique d’opposition Usvit – Coalition Nationale. Des manifestations dans les grandes villes comme Prague, Brno, Ostrava et Pilsen ont attiré plusieurs centaines de manifestants. « Block Anti Islam » s’est également opposé aux pratiques musulmanes, dont celle qui concerne la viande halal. Le chef du groupe, Martin Konvicka, a fait l’objet d’une enquête des autorités après avoir lancé un simulacre d’attaque par l’État islamique (Deach) sur le centre-ville de Prague en juin 2016. La police a également dispersé une manifestation organisée par Martin Konvicka devant l’ambassade d’Arabie saoudite le 11 septembre 2016.10

Le gouvernement s’est opposé avec vigilance à l’intolérance. Dans un entretien accordé à la presse le 30 juillet 2016, le premier ministre Bohuslav Sobotka a déclaré : « dire que chaque musulman est un terroriste » n’était pas le moyen de faire face aux menaces.2

Pour évoquer une note positive, un groupe d’environ 80 musulmans tchèques a assisté en août 2016 à une messe à l’église catholique du Sacré-Cœur de Notre Seigneur, à Prague, en mémoire de l’assassinat du père Jacques Hamel, tué par des terroristes de l’État islamique (Daech) en France. Après la messe, des représentants musulmans ont parlé des principes communs aux deux religions et ont condamné le terrorisme. Cela a été suivi par la formation d’une chaîne humaine d’environ 400 personnes autour de l’église.2

Perspectives pour la liberté religieuse

Depuis l’intensification de la crise des réfugiés en 2015, la situation de la petite minorité musulmane et des visiteurs musulmans s’est détériorée. Les autorités sont en général promptes à sanctionner ces actes d’intolérance. Toutefois, l’opposition populaire au programme de l’Union européenne d’installation de réfugiés continue d’augmenter et est susceptible de continuer à générer des tensions. En même temps, les attitudes envers le patrimoine culturel chrétien se sont légèrement améliorées. Pour les autres minorités religieuses, la situation ne s’est ni améliorée ni détériorée.

 


  1. https://www.usoud.cz/fileadmin/user_upload/ustavni_soud_www/Pravni_uprava/AJ/Listina_English_version.pdf
  2. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, 2016 Report on International Religious Freedom –Czech Republic, US Department of State, http://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm?year=2016&dlid=268806
  3. Philip Heijmans,  Aljazeera.com,  13 novembre 2017, https://www.aljazeera.com/news/2017/11/czech-republic-tiny-muslim-community-subject-hate-171112063523840.html
  4. tribune.co.uk, 14 novembre 2017, https://tribune.com.pk/story/1557943/9-small-czech-muslim-community-faces-bigotry/
  5. Agnieszka Pikulicka-Wilczewska, neweasterneurope.eu, 11 janvier 2018, http://neweasterneurope.eu/2018/01/11/czechs-romanticise-cultural-christianity/
  6. JB, pch24.pl, 7 septembre 2017  http://www.pch24.pl/biale-krzyze-odpowiedzia-czechow-na-poprawnosc-polityczna-lidla,54386,i.html
  7. Kamila Minaříková, denik.cz, 12 septembre 2017 https://www.denik.cz/z_domova/lidl-opet-zasahuje-proti-krizum-tentokrat-vadi-ty-od-aktivistu-20170912.html
  8. Jonathan Luxmoore, thetablet.co.uk, 5 juillet 2017, http://www.thetablet.co.uk/news/7421/czech-cardinal-warns-against-muslim-immigration-
  9. Jonathan Luxmoore, thetablet.co.uk, 13 mars 2018, http://www.thetablet.co.uk/news/8718/czech-bishops-urge-asylum-for-chinese-christians-
  10. CTK news agency, 12 septembre 2016. http://www.romea.cz/en/news/czech/czech-officials-disperse-assembly-for-disparaging-islam