Sierra Leone

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 65.3%

Animistes : 20.6%

Chrétiens : 12.4%

Agnostiques : 1.5%

Autres : 0.2%

Superficie : 72300 m2

Population : 6592000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application

L’article 24 de la Constitution de 1991 reconnaît le droit de chaque citoyen d’adhérer à une religion ou à une croyance, et de diffuser, d’en changer et de la pratiquer soit seul, soit en communauté, tant en public qu’en privé.1 Nul ne peut être contraint de prêter un serment contraire à sa religion ou à ses convictions personnelles. Les communautés religieuses ne sont pas tenues de s’inscrire auprès des autorités. Toutefois, les collectivités qui s’inscrivent peuvent bénéficier d’allégements fiscaux et d’autres avantages.2 L’instruction religieuse est autorisée au sein des écoles publiques dans le cadre d’un programme d’études obligatoire. Il ne doit pas avoir une orientation sectaire, mais se fonder sur les principes éthiques du christianisme, de l’islam, des religions traditionnelles africaines et des autres religions de la planète.3 Les communautés religieuses peuvent proposer leur propre programme, optionnel pour les élèves.

Les relations entre les différentes communautés religieuses du pays sont principalement bonnes. Les mariages entre chrétiens et musulmans ne sont pas inhabituels, et dans de nombreuses familles, des fidèles de différentes religions vivent ensemble sous un même toit.4  Il convient de noter que de nombreux musulmans et chrétiens observent aussi les pratiques des cultes africains traditionnels. Parmi les chrétiens, les Églises protestantes sont en pleine croissance. L’Église catholique jouit d’une liberté totale en ce qui concerne son apostolat missionnaire. Le Conseil interreligieux de Sierra Leone, avec ses représentants musulmans et chrétiens, apporte une contribution importante à la coexistence pacifique entre les différentes communautés religieuses.4

Incidents

Au cours de la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018), le Conseil interreligieux et l’Office de la sécurité nationale de Sierra Leone ont souligné à maintes reprises les dangers que l’extrémisme musulman et certains groupes chrétiens posent à la cohésion sociale4, en particulier pour les jeunes vivant dans la pauvreté, qui sont plus ouverts aux points de vue extrémistes. La Sierra Leone est l’un des pays les plus pauvres au monde, ce qu’a aggravé l’épidémie dévastatrice d’Ebola en 2014 et 2015.5

L’Office de la sécurité nationale a défini l’extrémisme islamiste comme un risque pour la sécurité nationale, et a fait de la lutte contre ce phénomène un élément central de son action.6 Des rencontres interreligieuses et interconfessionnelles ont été organisées pour promouvoir la tolérance religieuse.

Plus de 200 imams et des missionnaires islamiques locaux et étrangers, ont assisté à un atelier de l’Office de la sécurité nationale intitulé « le terrorisme n’a pas sa place dans l’islam » et ont signé une stratégie commune de lutte contre le terrorisme. Celle-ci a pour objet de montrer les mesures efficaces que les responsables musulmans peuvent prendre au sein de leur communauté contre les messages de haine visant les autres communautés religieuses.4 Les participants se sont également engagés à diffuser des messages de tolérance religieuse et de promouvoir un esprit de bonne coexistence religieuse dans les mosquées et les stations de radio musulmanes pendant six mois.

Dans une lettre pastorale du 11 juillet 2017, en prévision des élections législatives prévues pour le 7 mars 2018, les évêques catholiques du pays ont demandé aux partis politiques et aux candidats « de respecter le processus électoral, de préserver la paix, de faire respecter l’intérêt du peuple sierra-léonais et de se considérer dans ces élections pluralistes comme des compétiteurs, et non des adversaires ».7 Les prêtres, les religieux et les fidèles laïcs ont été appelés à « promouvoir un esprit d’unité, de réconciliation, de tolérance et de paix dans leurs sermons, leurs homélies, leurs conférences et leurs missions pastorales ».4

« Nos différences ethniques, culturelles et religieuses ont été mises de côté afin d’atteindre un objectif supérieur », ont souligné les évêques en référence à l’épidémie d’Ebola. « Ce sont ces attitudes positives, que nous avions manifestées si clairement aux moments critiques de notre histoire, que nous devons à nouveau manifester à mesure que nous nous dirigeons vers les élections nationales de 2018 qui définiront la prochaine phase de l’histoire de notre pays ».4

Perspectives pour la liberté religieuse

Jusqu’à présent, la Sierra Leone a été largement épargnée par la violence religieuse, mais la recrudescence de la pauvreté due à l’épidémie d’Ebola rend le pays particulièrement vulnérable, face à l’extrémisme violent. Cela est aggravé par l’héritage de la guerre civile de 1991-2002 et les catastrophes naturelles. Le 13 août 2017, Freetown, la capitale de la Sierra Leone, a été frappée par un glissement de terrain qui a tué ou détruit les foyers de plus de 1000 personnes.8 « C’est une autre tragédie pour un pays qui n’a pas encore récupéré de la catastrophe de l’épidémie d’Ebola », a déclaré le père Chukwuyenum Afiawari, à la tête de la province jésuite du nord-ouest de l’Afrique. « En répondant aux besoins immédiats, nous devons également garder l’œil ouvert et commencer à planifier les efforts de reconstruction à long terme », a-t-il ajouté. « Nous appelons tous nos confrères jésuites, nos communautés et les institutions de toute notre société, nos collaborateurs, amis et bienfaiteurs, et toutes les personnes de bonne volonté, afin qu’ils se joignent à cette noble cause pendant que nous travaillons à apporter des secours d’urgence », a déclaré le père Afiawari.

Dans le pays, les conditions sont souvent favorables aux extrémistes religieux, dont le prosélytisme ne rencontre ainsi aucune opposition. Même si la coopération pacifique entre les religions et les confessions jouit d’une longue tradition, le djihadisme islamiste, qui gagne du terrain dans de nombreuses régions d’Afrique de l’Ouest, constitue un danger particulier.

Par ailleurs, certains rites religieux traditionnels mènent à des controverses féroces au sein de la société. Un sujet particulièrement sensible est l’excision des jeunes filles.9 Avec une population majoritairement musulmane, la Sierra Leone est l’un des rares pays africains sans législation contre les mutilations génitales. La tradition est répandue et est également utilisée à des fins politiques. Selon les informations de la police, au cours de la période qui a précédé les élections du 7 mars 2018, les candidats et les partis politiques ont financé des cérémonies de circoncision, et ont ainsi acheté des votes. La police a interdit ces cérémonies qui ont continué d’avoir lieu jusqu’au jour des élections.

Après les graves revers de ces dernières années, la Sierra Leone est sur le lent chemin de la consolidation économique. Un effort efficace pour lutter contre la pauvreté généralisée et améliorer les avantages sociaux, tels que les soins de santé, contribuera à renforcer la coexistence pacifique entre les religions et confessions.

 


  1. Sierra Leone’s Constitution of 1991 (as amended), https://www.constituteproject.org/constitution/Sierra_Leone_2008.pdf?lang=en
  2. Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, 2016 Report on International Religious Freedom – Sierra Leone, U.S. Department of State, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper
  3. Ibid.
  4. Ibid.
  5. Munzinger Archiv 2018, Munzinger Länder: Sierra Leone. www.munziger.de/search/login
  6. Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, 2016 Report on International Religious Freedom – Sierra Leone, loc. cit.
  7. Fides, 11 juillet 2017, http://www.fides.org/en/news/62614-AFRICA_SIERRA_LEONE_The_Bishops_Journeying_towards_peaceful_and_credible_elections
  8. Fides, 29 août 2017, http://www.fides.org/en/news/62819-AFRICA_SIERRA_LEONE_Mudslide_in_Regent_mobilization_of_the_West_African_Church
  9. Abu-Bakarr Jalloh: Anspannung vor der Wahl in Sierra Leone, Deutsche Welle, 5 mars 2018, http://www.dw.com/de/anspannung-vor-der-wahl-in-sierra-leone/a-42830567