Singapour

Chiffres clés

Légende :

Religion chinoise traditionnelle : 38.6%

Chrétiens : 19.5%

Musulmans : 15.1%

Bouddhistes : 14.9%

Hindous : 5.2%

Agnostiques : 4.6%

Adeptes des nouvelles religions : 1.5%

Autres : 0.6%

Superficie : 719 m2

Population : 5697000 habitants

Le cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Les Singapouriens bénéficient d’un haut degré de liberté religieuse. La législation locale protège ce droit fondamental et les institutions politiques le mettent en pratique : la liberté de religion – comprise comme la liberté de professer, de pratiquer et de diffuser ses croyances religieuses – est pleinement protégée, tant que les activités qui en découlent ne sont pas contraires aux lois sur l’ordre public, la santé publique ou les bonnes mœurs.

La Constitution de Singapour de 1963 a consacré le principe de liberté religieuse. L’article 15 la définit comme le droit de toute personne « de professer et de pratiquer sa religion et de la propager ».1 Chaque « groupe religieux » a le droit « de gérer ses propres affaires religieuses, d’établir et de maintenir des institutions à des fins religieuses ou caritatives, et d’acquérir et de posséder des biens, de les tenir et de les administrer conformément à la loi ».

Un autre concept clé énoncé dans la Constitution est le maintien de l’harmonie religieuse dans le pays. Incluse dans la loi fondamentale par un amendement constitutionnel, l’harmonie religieuse a principalement été mise en œuvre à travers une loi adoptée en 1990. Cette loi autorise le Ministre de l’Intérieur à émettre des ordonnances restrictives à l’encontre de ceux qui, au sein d’un groupe religieux, incitent à l’hostilité envers les membres d’un de ces groupes, ou qui promeuvent des causes politiques, mènent des activités subversives ou encouragent autrui à se distancier du gouvernement sous prétexte de pratiquer une religion.

Les ordonnances restrictives sont discrétionnaires. Refuser de s’y soumettre peut déclencher une action en justice. Ces ordonnances doivent être soumises au Président du Conseil pour l’Harmonie Religieuse, organe étatique habilité à les confirmer, à les annuler ou à les modifier. Elles ont une durée de vie théorique de 90 jours, bien que de telles ordonnances puissent être prorogées à volonté par le Président du Conseil.

Le code pénal interdit de « blesser les sentiments religieux ou raciaux de toute personne » et de promouvoir sciemment des « sentiments d’inimitié, de haine ou de mauvaise volonté entre différents groupes religieux ou raciaux ». Les peines comprennent des amendes et de la prison.

Tout groupe religieux de plus de 10 personnes doit informer le gouvernement de son existence, surtout si le groupe désire un statut juridique officiel. Les musulmans constituent un cas particulier. Le Conseil religieux islamique de Singapour (Majlis Ugama Islam Singapura, MUIS), institué par le Ministère de la Culture, administre toutes les affaires islamiques de la cité-État, y compris la construction et la gestion des mosquées, la certification halal, les fatwas et le pèlerinage à la Mecque.

Malgré le statut de la liberté religieuse dans le cadre juridique et politique du pays, les aspirations de certains Singapouriens se heurtent à la volonté des autorités de maintenir un haut degré de contrôle sur la société civile. La loi sur le maintien de l’harmonie religieuse de 1990 a été utilisée contre des initiatives jugées susceptibles de causer la division et la discorde entre les communautés confessionnelles, une préoccupation louable au sein d’une société hautement multiculturelle et multireligieuse.2 Toutefois, des problèmes surgissent lorsque les autorités utilisent cette loi pour étouffer toute expression politique qu’ils jugent déviante.

Les Témoins de Jéhovah font partie des groupes que les autorités singapouriennes ont particulièrement mis sous surveillance. Présents à Singapour depuis les années 1940, enregistrés légalement en tant que communauté religieuse en 1962, leur reconnaissance légale a été annulée en 1972 du fait de leur refus de servir dans l’armée (instituée à Singapour en 1967). En 1996, cependant, une décision a rétabli le droit des Témoins de Jéhovah de professer, de pratiquer et de propager leurs croyances, mais seulement en tant qu’individus. Depuis lors, le gouvernement n’a pas empêché leurs réunions privées, mais continue d’interdire toutes leurs réunions publiques, et d’emprisonner les membres du groupe pour avoir refusé d’effectuer leur service militaire (au moment de la rédaction du présent rapport, 16 Témoins de Jéhovah étaient en prison pour refus de service). Les Témoins de Jéhovah qui refusent d’effectuer leur service national sont condamnés à deux ans de prison, puis à deux autres s’ils refusent encore. Après cela, ils sont libérés puisque le gouvernement considère le temps passé en prison comme équivalant à la période de service national.3 Les autorités sont conscientes de la sévérité de cette approche, mais ne veulent pas ouvrir la porte aux demandes d’exemption.

Le 13 septembre 2017, Halimah Yacob est devenue la première femme Présidente de la jeune République de Singapour. Âgée de 63 ans, mère de cinq enfants et présidente du Parlement depuis 2013,4 Halimah Yacob a été la seule candidate à satisfaire aux critères d’admissibilité et a donc été élue présidente de la République. La charge de Président est essentiellement protocolaire, puisque le pouvoir réel revient au Cabinet du Premier ministre.

Bien que les qualités personnelles de la nouvelle Présidente n’aient pas été contestées, sa nomination a ravivé certains débats à Singapour, à savoir la place que la diversité des communautés ethniques et religieuses occupe dans la société. « Si nos dirigeants croient vraiment en la diversité, pourquoi n’aurions-nous pas un Premier ministre d’une race minoritaire ? », a demandé Jeraldine Tan, une jeune blogueuse.5 Sa question sous-tend la succession du Premier ministre Lee Hsien Loong, après qu’il a annoncé sa retraite. Les indications suggèrent que le vice-premier ministre Tharman Shanmugaratnam est le politicien singapourien le mieux placé pour lui succéder, mais il est indien. Lors d’un entretien accordé à la BBC6 en mars 2017, Lee Hsien Loong a expliqué : « Je pense que les considérations ethniques ne sont jamais absentes quand les électeurs votent [. . .]. À Singapour, les choses vont beaucoup mieux qu’avant, mais la race et la religion comptent, et je pense que ça rend [cette succession] difficile, voire impossible, et j’espère qu’un jour cela se produira. Si vous demandez si cela se produira demain, je ne le pense pas ».

 [greybox]Incidents

Malgré le statut privilégié de l’islam à Singapour, les musulmans sont appelés à rendre des comptes s’ils incitent à la haine envers d’autres religions. Un cas récent est celui d’un religieux musulman qui, lors d’un sermon dans une mosquée de la ville, a déclaré : « Que Dieu nous aide contre les juifs et les chrétiens ». Posté sur Facebook en février 2017, cette vidéo est devenue virale. Le gouvernement l’a donc trainé en justice. Bien qu’il se soit excusé auprès des chefs religieux chrétiens, sikhs, taoïstes, bouddhistes et musulmans, l’Imam a été condamné à une amende de 4 000 SGD (2 700 euros, 3 000 dollars US) et a ensuite été expulsé vers son Inde natale.7

Amos Yee, un adolescent d’une famille catholique, a publié une vidéo sur YouTube critiquant à la fois Lee Kuan Yew, qui avait été Premier ministre à Singapour pendant longtemps, et Jésus-Christ, puis une autre critiquant les musulmans. Emprisonné pendant 53 jours en 2015 pour « avoir blessé les sentiments religieux des chrétiens et des musulmans », il a demandé – et a obtenu en mars 2017 – l’asile politique aux Etats-Unis.8

 

Perspectives pour la liberté religieuse

Bien que les Singapouriens continuent de jouir d’un degré élevé de liberté religieuse, l’État devra prendre en considération les aspirations de ceux qui désirent une liberté qui fasse moins l’objet de surveillance et de contrôle de la part des autorités publiques. Ce sera certainement l’une des questions qui devront être abordées par le successeur de l’actuel Premier ministre Lee Hsien Loong, fils du tout premier Premier ministre du pays, Lee Kuan Yew.


  1. This and following quotes are from Singapore’s Constitution of 1963 with Amendments through 2010, constitueproject.org, https://www.constituteproject.org/constitution/Singapore_2010.pdf?lang=en
  2. Sara Grosse, Channel NewsAsia, 12 mai 2015, http://www.channelnewsasia.com/news/singapore/singapore-s-religious/1842076.html
  3. Tina Mufford, U.S. Commission on International Religious Freedom, septembre 2017, http://www.uscirf.gov/sites/default/files/A%20Right%20for%20All-FoRB%20in%20ASEAN%20web%20version_0.pdf
  4. Richard C. Paddock, New York Times, 12 septembre 2017, https://www.nytimes.com/2017/09/12/world/asia/singapore-president-yacob.html
  5. Jeraldine Tan, Jeraldine blog, 12 septembre 2017, http://www.jeraldinephneah.com/presidential-election-walkover/
  6. BBC, 3 mars 2017, http://www.bbc.co.uk/programmes/p04vf0tg
  7. Toh Yong Chuan, Straits Times, 3 avril 2017, http://www.straitstimes.com/singapore/imam-who-made-offensive-remarks-against-christians-and-jews-charged-in-court
  8. Channel NewsAsia, 27 septembre 2017, https://www.channelnewsasia.com/news/singapore/amos-yee-granted-asylum-in-the-us-after-department-of-homeland-9253728