Somalie

Chiffres clés

Légende :

musulmans : 99.8%

Autres : 0.2%

Superficie : 637657 m2

Population : 11079000 habitants

Le cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Depuis 1991, il n’y a pas eu de gouvernement central en Somalie dont le mandat s’étende sur tout le pays.1 La Somalie est régie par une Constitution provisoire depuis août 2012, qui définit la Somalie comme une « République fédérale ».2 La séparation des pouvoirs et les droits civils et humains fondamentaux y sont consacrés. Cela comprend également l’interdiction des mutilations génitales faites aux femmes, particulièrement répandues en Somalie.3 Il ressort de certains rapports que ceux qui mutilent les parties génitales des femmes pensent souvent – à tort dans une large mesure – que cette pratique a un fondement religieux.4

La situation du pays en matière de sécurité a continué d’être médiocre au cours de la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018) et, en conséquence, la mise en œuvre de la Constitution n’a été possible que très difficilement. Le statut de la religion et de la vie religieuse est régi par la Constitution et par la législation partagée par les trois sous-régions du pays (Somalie, Puntland, Somaliland).

L’islam est la religion de l’État, et le Président doit être musulman.5 Au Somaliland, cette exigence s’étend également au Bureau du vice-président. La Constitution provisoire garantit l’égalité des droits à tous les citoyens, quelle que soit leur religion. Cependant, elle dispose que la législation doit être en harmonie avec la charia. La Constitution provisoire s’applique à tous les citoyens, indépendamment de leur appartenance religieuse. Les non-musulmans sont donc également soumis à la législation qui suit les principes de la charia. Si la conversion de l’islam à une autre religion n’est pas expressément interdite par la Constitution provisoire, elle n’est pas acceptée dans la société. En revanche, une telle conversion est expressément interdite en vertu des Constitutions du Somaliland et du Puntland.6 Il est interdit aux non-musulmans de professer leur foi en public.

L’instruction religieuse islamique est obligatoire dans toutes les écoles publiques et musulmanes. 6Seules quelques écoles non musulmanes en sont exemptées. Toutes les communautés religieuses doivent se faire enregistrer auprès du ministère des Affaires religieuses. Cependant, dans la pratique, cela tend à se faire de façon désordonnée, soit parce que les critères d’enregistrement ne sont pas clairs, soit parce que les autorités sont submergées par le travail d’enregistrement de ces communautés.6 Les règles suivantes s’appliquent dans les trois parties du pays : dans le cas où le gouvernement central n’est pas opérationnel, des arrangements spéciaux ont été élaborés aux niveaux local et régional sur la base du droit coutumier somalien et de la charia.7

Cependant, en raison de la menace représentée par le groupe terroriste islamiste Al-Shabaab, les élections présidentielle et parlementaire ont eu du retard. En fait, le Président a été choisi par le Parlement, et les membres du Parlement ont été nommés par les délégués des clans du pays. Les élections législatives ont finalement eu lieu début octobre 2016 et c’est le 8 février 2017 que 184 députés sur 328 ont élu Président Mohamed Abdullahi Mohamed, dit « Farmajo ». 6

Les actions en justice contre les extrémistes d’Al-Shabaab relèvent des tribunaux militaires, mais les militants des droits de l’homme critiquent leurs procédures et leurs jugements. La peine la plus sévère, la peine de mort, est pratiquée.8 La milice Al-Shabaab a été chassée de Mogadiscio grâce à une aide internationale, et pourtant elle continue d’effectuer de nombreuses attaques dans la ville et ailleurs.6 Dans le sillage d’une guerre aussi longue, la situation des droits de l’homme dans le pays est désastreuse. Les gens subissent des exécutions sommaires sans procès, et des attaques violentes sont souvent menées sur des groupes et des individus.9 Dans la zone sous l’influence d’Al-Shabaab, où une forme plus stricte de la charia est en vigueur, il existe de graves violations des droits de l’homme, dont des exécutions par lapidation.10

Les musulmans sunnites sont considérés comme représentant près de 100 % de la population et les autres communautés religieuses sont minuscules. Il y a aussi quelques musulmans chiites. Environ 94 % de la population sont d’ascendance couchitique et partagent la langue somalie et la foi musulmane.11

L’islam soufi tolérant était autrefois répandu en Somalie et, pendant des siècles, les relations avec les autres religions ont été bonnes. Cependant, au cours des 20 dernières années, l’extrémisme islamiste a prévalu dans le pays. La violence a été très présente dans le pays au cours de la période faisant l’objet du présent rapport. La présence de Daech (État islamique), d’Al-Qaïda et d’Al-Shabaab a été confirmée par différentes sources notamment ecclésiales.6

Les rapports des services de renseignement occidentaux ont indiqué qu’il est désormais avéré que la Somalie héberge des cellules de l’État islamique. Il s’agirait d’anciens combattants d’Al-Shabaab qui se seraient joints à des combattants étrangers en provenant du Proche-Orient arrivés en Somalie à la suite de la défaite de l’État islamique en Syrie et en Irak.12 L’administrateur apostolique de Mogadiscio, Mgr Giorgio Bertin, évêque de Djibouti, l’a confirmé. La presse somalienne a également évoqué ce sujet. On estime que les militants extrémistes sont actifs principalement au Puntland, la région en partie autonome du nord-est du pays.6

Le petit nombre de chrétiens de Somalie comprend les immigrés originaires des pays voisins. Une petite communauté de chrétiens somaliens vit à Mogadiscio, avec environ 30 fidèles pour la plupart âgés.13 Ils se cachent, par peur des milices. Ils sont obligés de pratiquer clandestinement leur foi. Le père Stefano Tollu, aumônier militaire de la section italienne de la mission de formation financée par l’Union européenne, a réussi à contacter un membre de la communauté : Moïse (ce n’est pas son vrai nom) est un chrétien qui a grandi quand la Somalie était une colonie italienne. L’unique rencontre a été brève, afin de ne pas éveiller les soupçons. Néanmoins, selon le père Tollu, elle a été très intense.6 Moïse a déclaré que la communauté des catholiques somaliens, dont il est membre, était menacée.6

En Somalie, les chrétiens sont confrontés à des dangers et des menaces, même au sein de leur propre famille, a noté le père Tollu.14 Les personnes qui font partie de la génération née dans les années 1990 sont plus intolérantes et ne peuvent plus comprendre que certains de leurs parents âgés soient devenus chrétiens. Ces derniers ont donc dû quitter leurs familles. Certains chrétiens ont même été tués par leurs propres petits-enfants. Moïse a déclaré au père Tollu : « La violence est dans les foyers, et nous qui sommes peu nombreux, risquons notre vie tous les jours ».6

Les rares catholiques somaliens qui restent encore ne bénéficient pas d’une assistance spirituelle régulière. Le père Tollu a confirmé que la sécurité d’un prêtre à Mogadiscio ne pouvait être garantie.6

Incidents

Au cours de la période faisant l’objet du présent rapport, la Somalie est restée l’un des pays les plus dangereux au monde. La nation a connu des attaques mortelles répétées, parfois toutes les semaines. La détérioration de la situation est évidente, depuis que l’État islamique s’est installé. Ce déclin porte notamment sur la liberté religieuse. Les extrémistes d’Al-Shabaab se sont battus pour la création d’une soi-disant théocratie pendant des années, et ont déjà tué des milliers de personnes lors d’attaques et d’agressions.11 Il est à craindre que les forces de sécurité nationales soient incapables d’avoir le dessus sur les extrémistes lorsque la force internationale de 21 000 hommes déployée par l’Union africaine (AMISOM) achèvera son retrait en 2020.15

Le 14 octobre 2017, une attaque terroriste a eu lieu dans le quartier commercial de Mogadiscio, impliquant un camion chargé d’explosifs. Les premiers chiffres indiquaient que l’attaque avait pris au moins 358 vies et blessé plus de 200 personnes16 ; d’autres sources ont évoqué un nombre de tués d’environ 600 personnes.17 Personne n’a revendiqué la responsabilité de l’attentat, mais le président Mohamed Abdullahi Mohamed l’a imputé à la milice Al-Shabaab. C’était le pire attentat à la bombe de l’histoire de la Somalie.6

Début mars 2018, des combattants d’Al-Shabaab ont tué au moins trois soldats burundais stationnés en Somalie dans le cadre de la mission internationale de paix.18 Sept soldats ont été blessés, dont certains gravement. Un convoi transportant les troupes burundaises a été attaqué au lance-roquettes et à l’arme à feu sur la route de Mogadiscio à Jowhar. Un véhicule blindé a été détruit, et quatre camions ont été totalement incendiés. Le Burundi a déployé 5 000 soldats dans le cadre de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM). Le but de la mission est d’aider à stabiliser la Somalie et de repousser Al-Shabaab. Les miliciens ont revendiqué la responsabilité de l’attaque dans un message radio. Ils proclament avoir tué 23 soldats burundais et détruit 17 véhicules, mais ces chiffres peuvent être exagérés.

Au moins quatre soldats de l’Ouganda voisin ont été tués lors d’une attaque d’Al-Shabaab le dimanche de Pâques 2018. L’explosion du 1er avril 2018 a frappé une base militaire de l’Union africaine.19 L’explosion a été suivie de tirs nourris échangés entre les soldats de l’Union africaine et les combattants d’Al-Shabaab. Le porte-parole de l’armée ougandaise, Richard Maremire, a rapporté que quatre soldats ougandais avaient été tués et six autres blessés. Il y a eu 30 morts parmi les extrémistes. Les islamistes ont prétendu avoir tué 59 soldats ougandais. Selon certains rapports, les attentats auraient eu pour but d’intimider l’Union africaine et les nations africaines ayant pris parti pour le gouvernement central somalien.

Tout cela se déroule dans un contexte d’instabilité généralisée. Des groupes extrémistes commettent des attaques répétées et violentes, en particulier dans la capitale Mogadiscio.6 La violence a moins d’impact sur la population locale, car les attaques ciblent habituellement les étrangers.

Perspectives pour la liberté religieuse

Il y a peu d’espoir d’amélioration de la situation dans la corne de l’Afrique, non seulement en raison de la violence continue, mais aussi en raison de la violence extrémiste accrue à travers la Somalie. Le gouvernement central est faible et la communauté internationale s’est montrée moins disposée à s’engager durablement dans le pays. Il y a lieu de craindre que les activités des milices ne se répandent dans les pays voisins, le Kenya, l’Éthiopie et Djibouti.

Après la chute du dictateur Mohamed Siad Barre en 1991, la Somalie a enduré de graves violences, avec une augmentation des attaques de groupes extrémistes – dont l’attentat terroriste dévastateur d’octobre 2017. Ce chaos contraste nettement avec l’islam somalien modéré d’autrefois.

L’intérêt de la communauté internationale pour la Somalie est en déclin. Ainsi, malgré les violences en cours en Somalie, les militaires allemands se sont retirés de la formation des forces de sécurité du pays en mars 2018.20


 

  1. Deutsche Welle, 1er août 2012, http://www.dw.com/de/somalia-bekommt-neue-verfassung/a-16136698
  2. https://www.constituteproject.org/constitution/Somalia_2012.pdf?lang=en
  3. Munzinger Länder. Munzinger Archiv 2018, www.munziger.de/search/login
  4. World Health Organisation, 31 janvier 2018, http://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/female-genital-mutilation
  5. Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, 2016, Report on International Religious Freedom, U.S. Department of State, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper
  6. Ibid.
  7. Munzinger Archiv 2018, op. cit.
  8. Munzinger Archiv 2018, op cit.
  9. https://www.hrw.org/sites/default/files/world_report_download/201801world_report_web.pdf
  10. Reuters, 26 octobre 2017, https://www.reuters.com/article/us-somalia-violence/somalias-al-shabaab-stones-woman-to-death-for-cheating-on-husband-idUSKBN1CV302 ; BBC, 9 mai 2018, http://www.bbc.com/news/world-africa-44055536
  11. Munzinger Archiv 2018, op. cit.
  12. Fides, 9 février 2018, http://www.fides.org/en/news/63724-AFRICA_SOMALIA_Mgr_Bertin_ISIS_has_arrived_in_Somalia_The_interests_of_various_international_partners_increase_the_Somali_instability
  13. Fides, 28 février 2018, http://www.fides.org/en/news/63823-AFRICA_SOMALIA_A_small_community_of_Somali_Christians_lives_their_faith_in_hiding
  14. Fides, 28 février 2018, op. cit.
  15. Handelsblatt, 25 mars 2018, http://www.handelsblatt.com/politik/international/somalia-mindestens-zwei-menschen-bei-bombenanschlag-in-mogadischu-getoetet/21112342.html
  16. Ibid
  17. Le Comité de sauvetage de Somalie qui enquête sur les pertes de vies recense 587 morts et 316 personnes grièvement blessées. En comptant cette attaque qui a eu lieu à la mi-journée à une intersection animée, et les bombes à l’hôtel Nasa Hablod et à l’académie de police l’an dernier, on aboutit au total à 656 morts, rien que pour ces trois attaques.
  18. Der Standard.de, 3 mars 2018, https://www.derstandard.de/story/2000075407918/terrormiliz-al-shabaab-toetete-soldaten-aus-burundi
  19. Tiroler Tageszeitung, 1er avril 2018, http://www.tt.com/home/14196596-91/vier-soldaten-bei-angriff-auf-au-st%C3%BCtzpunkt-in-somalia-get%C3%B6tet.csp
  20. Philipp Sandner, Deutsche Welle, 23 mars 2018, http://www.dw.com/de/die-letzten-bundeswehr-soldaten-verlassen-somalia/a-43106271