Sri Lanka

Chiffres clés

Légende :

Bouddhistes : 68.4%

Hindous : 13.2%

Chrétiens : 9.1%

Musulmans : 8.6%

Autres : 0.7%

Superficie : 65610 m2

Population : 20811000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Même si la paix est revenue au Sri Lanka après des décennies de guerre civile qui se sont terminées par la défaite militaire des Tigres tamouls en 2009, l’harmonie et l’unité religieuse restent fragiles. Dans le cadre du processus de réforme constitutionnelle, les politiciens examinent si les institutions du pays doivent conserver leur forme actuelle de gouvernement centralisé ou opter pour une sorte de fédéralisme. Dans le cadre de ce processus, une décision doit également être prise en ce qui concerne la place, dans la nouvelle loi fondamentale, du bouddhisme, religion de la majorité de la population.

Pour le président Maithripala Sirisena, l’objectif est de s’éloigner du système présidentiel de gouvernement institué par la Constitution de 1978, critiqué à cause du régime autoritaire que le pays a connu sous la présidence de Mahinda Rajapaksa (2005-2015). La nouvelle loi fondamentale devrait renforcer les pouvoirs du Parlement et définir le niveau de dévolution du pouvoir aux régions, afin de répondre aux aspirations politiques des minorités tamoule et musulmane. Toutefois, ce faisant, le Président a touché un nerf particulièrement sensible, à savoir la place du bouddhisme dans les institutions de la nation.1 Alors que la Constitution de 1948, accordée par les Britanniques au moment de l’indépendance, établissait le principe selon lequel nul ne doit bénéficier d’un traitement préférentiel légal en raison de sa religion, la Constitution de 1972, puis celle de 1978, ont fait du bouddhisme la religion d’État en lui accordant un statut « prééminent ». L’article 9 de la Constitution de 1978 dispose en effet que : « La République du Sri Lanka accordera au bouddhisme une place prééminente et, par conséquent, l’État aura le devoir de protéger et de favoriser le Bouddha Sasana ».2 On ne sait toujours pas si le nouveau texte constitutionnel maintiendra le statut actuel du bouddhisme. Pour l’instant, l’administration en exercice semble chercher à gagner du temps.

Après les élections de 2015, les prochaines élections législative et présidentielle sont prévues en 2020. Les élections locales du 10 février 2018 ont essentiellement opposé le Parti de la liberté du Sri Lanka du président Maithripala Sirisena et son allié, le Parti national uni du premier ministre Ranil Wickremesinghe, au Front du peuple du Sri Lanka de l’ancien président Mahinda Rajapaksa.3 Le scrutin s’est soldé par une franche victoire pour le parti d’opposition de l’ancien Président, qui a remporté la majorité des conseils locaux.4 Les tensions ont conduit le gouvernement sortant à adopter une attitude attentiste pour éviter de contrarier les éléments les plus nationalistes de la majorité cinghalaise et les agitateurs les plus extrémistes parmi les moines bouddhistes du pays.

Les échecs concernant les réformes institutionnelles, jugées nécessaires à la paix, ont incité certains chefs religieux à prendre les choses en main. Le 10 mars 2017, à Colombo, la Société Maha Bodhi a rassemblé plusieurs hauts responsables religieux bouddhistes et chrétiens. Dédiée à la propagation du bouddhisme en Asie du Sud, cette Société offre un forum de dialogue entre les grandes religions mondiales. Le Vénérable Bellanwila Wimalarathana Nayaka Thero, un moine qui s’est engagé depuis de nombreuses années dans les initiatives d’harmonie interreligieuse, a fait une proposition considérée par beaucoup de monde comme unique. « Ce ne sont pas les politiciens, a-t-il déclaré, mais nous qui sommes proches du peuple, une place plus importante devrait donc être donnée aux dirigeants religieux dans le processus de réconciliation [nationale]. Je propose un mécanisme de conseils religieux, à mettre en place aux niveaux local, régional et national, pour promouvoir l’unité nationale et la réconciliation ». Et, bien que le rôle de la Constitution soit d’établir les conditions nécessaires à l’unité politique de la nation, il a rappelé que l’harmonie religieuse est un domaine dans lequel les chefs religieux doivent prendre l’initiative.5

Il est peu probable que ces déclarations d’intention soient suffisamment solides pour maintenir l’harmonie religieuse dans une nation encore profondément divisée entre sa majorité cinghalaise et sa minorité tamoule. Cette fracture a une dimension religieuse, puisque les cinghalais sont en général bouddhistes alors que les tamouls sont principalement hindous. La minorité chrétienne, surtout catholique, est la seule qui soit présente à la fois dans la communauté cinghalaise et la communauté tamoule, tandis que les musulmans sont considérés comme un groupe à part.

Incidents

Ces dernières années, des incidents semblent se produire régulièrement. Les tamouls hindous se plaignent des groupes bouddhistes qui construisent des temples et dressent des statues du Bouddha dans les zones contrôlées par les militaires dans les provinces du nord et de l’est, qui sont principalement tamoules. Les tamouls hindous considèrent cela comme une preuve que la majorité cinghalaise veut étendre son influence culturelle et religieuse.

Le cas d’agression le plus notoire a été enregistré et affiché sur les réseaux sociaux en novembre 2016 : à Batticaloa, un ancien bastion tamoul, un moine proche des extrémistes du Bodu Bala Sena (brigade bouddhiste) a menacé un fonctionnaire de l’administration locale. Alors que le fonctionnaire avait lancé une procédure judiciaire contre des femmes cinghalaises, il a déclaré : « toi, chien de tamoul, je vais te tuer ».6

Selon un rapport de l’Alliance évangélique chrétienne nationale du Sri Lanka7, bien que la violence contre les minorités religieuses ait légèrement baissé ces dernières années, les extrémistes continuent de mener des actions visant à les « intimider ». En plus du Bodu Bala Sena, d’autres groupes comme le Sinha Le (sang de lion)8 ont fait la promotion de leur vision d’une « nation cinghalaise ». Au total, l’Alliance évangélique a rapporté 89 incidents contre les chrétiens en 2016 et 36 en 2017 (à partir de mai 2017). Il s’agit notamment de cas de refus aux chrétiens du droit d’enterrer leurs morts dans les cimetières publics, de démolition et de fermeture d’églises, de violences physiques et de menaces de mort. Le même rapport indiquait que 44 incidents contre des musulmans avaient eu lieu entre 2015 et mai 2017, dont des attaques contre des mosquées ou des madrassas, des discours de haine, ainsi que des menaces et des attaques physiques. Il convient de noter que les extrémistes bouddhistes se sont engagés dans des discours de haine sur les réseaux sociaux, et que leurs paroles et vidéos ont une large audience.

En juin 2017, un avocat des droits de l’homme, Lakshan Dias, a dû fuir le pays après avoir participé à un débat télévisé dans lequel il dénonçait la montée de l’intolérance religieuse au Sri Lanka, citant en particulier le rapport susmentionné de l’Alliance évangélique.9 Le Ministre de la Justice l’a réprimandé en le qualifiant de « traître » et d’« animal ». Après avoir trouvé refuge à l’étranger, l’avocat est rentré chez lui où il a été interrogé pendant sept heures par la police. Trois responsables de l’Alliance évangélique ont également été interrogés par les autorités.

Au moins deux musulmans ont été tués et des mosquées, des maisons, des magasins et des véhicules ont été détruits pendant trois journées d’émeutes à Kandy, au centre du Sri Lanka, au début de mars 2018. Selon certains rapports, des moines bouddhistes liés au Bodu Bala Sena et au Maha Sohon Balakaya se seraient rendus en ville pour inciter à commettre des attaques. Il a été affirmé que des politiciens locaux et la police y auraient participé. Plus de 300 personnes ont été arrêtées dans le cadre des émeutes. La violence a été déclenchée par la mort de H. G. Kumarasinghe, un bouddhiste attaqué par quatre musulmans à la suite d’un accident de la circulation.10

Perspectives pour la liberté religieuse

Au cours de la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018), il y a eu quelques tentatives pour favoriser la réconciliation entre les communautés confessionnelles. Par exemple, les services sociaux d’Arjuna Ranatunga à Colombo ont érigé le plus grand arbre de Noël artificiel au monde à la veille de Noël 2016.11 Toutefois, à la lumière des actions et des déclarations du gouvernement, la réconciliation nationale tant nécessaire ne progresse que très lentement au Sri Lanka, permettant aux groupes extrémistes bouddhistes d’infliger de la violence à la société, en particulier aux minorités religieuses.

 


  1. Églises d’Asie, 9 février 2017, http:// eglasie.mepasie.org/asie-du-sud/sri-lanka/2016-02-09-la-reforme-en-cours-de-la-constitution-provoque-de-forts-remous
  2. The Constitution of the Democratic Socialist Republic of Sri Lanka, Parliament of Sri Lanka, http://www.parliament.lk/en/constitution/main
  3. Jehan Perera, Ucanews, 29 janvier 2018 https://www.ucanews.com/news/sri-lanka-hopes-for-reconciliation-at-last/81329
  4. Mujib Mashal et Dharisha Bastians, New York Times, 11 février 2018, https://www.nytimes.com/2018/02/11/world/asia/sri-lanka-elections.html
  5. Kingsley Karunaratne, Ucanews, 14 mars 2017, https://www.ucanews.com/news/sri-lankan-monks-bishops-propose-religious-councils/78652
  6. Églises d’Asie, 13 décembre 2016, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud/sri-lanka/2016-12-13-la-recrudescence-des-tensions-ethniques-et-religieuses-ternit-la-politique-du-gouvernement-en-matiere-de-reconciliation-nationale
  7. Sri Lanka – Summary Report on Religious Freedom, National Christian Evangelical Alliance of Sri Lanka, mai 2017, https://www.colombotelegraph.com/wp-content/uploads/2017/06/Attcks-onevangelical-Christian-churches-in-Sri-Lanka-NCESL-Summary-brief_May-2017-1.pdf
  8. Zachary Walko, The Diplomat, 29 juin2016 https://thediplomat.com/2016/06/lions-blood-behind-sri-lankas-sinha-le-movement/
  9. Dbsjeyaraj.com, 29 juin 2017, http://dbsjeyaraj.com/dbsj/archives/53873
  10. Déclaration de l’APPG sur la violence au Sri Lanka, groupe parlementaire multipartite pour la liberté internationale de religion ou de croyance, 8 mars 2018, https://appgfreedomofreligionorbelief.org/appg-statement-on-violence-in-sri-lanka/ ; Tom Allard et Shihar Aneez, Reuters, 25 mars 2018, https://www.reuters.com/article/us-sri-lanka-clashes-insight/police-politicians-accused-of-joining-sri-lankas-anti-muslim-riots-idUSKBN1H102Q
  11. Surinder Kaur, Christianity Today, 22 décembre 2017, http://www.christianitytoday.com/news/2017/december/sri-lanka-guinness-worlds-biggest-christmas-tree-christians.html ; Lahiru Pothmulla, Daily Mirror, 13 décembre 2017, http://www.dailymirror.lk/article/SL-s-Christmas-tree-enters-Guinness-world-records-142128.html