Tadjikistan

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 97.3%

Agnostiques : 1.4%

Autres : 1.3%

Superficie : 143100 m2

Population : 8669000 habitants

Le cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

La Constitution tadjike, approuvée en 1994 et amendée en 2003, reconnaît le droit à la liberté de conscience. L’article 26 dispose : « Chacun a le droit de déterminer de façon indépendante sa relation à la religion, de professer une religion individuellement ou collectivement ».1 Cependant, la loi sur la religion entrée en vigueur en 2009 contient des mesures contraires à la liberté religieuse, par exemple en rendant l’enregistrement obligatoire pour les groupes religieux et en interdisant les activités non enregistrées, l’instruction religieuse privée et le prosélytisme. Elle a également imposé des limites strictes au nombre et à la taille des mosquées, et donné à l’État le pouvoir de désigner les imams et de définir le contenu des sermons du vendredi. Elle a également organisé une censure stricte, par l’État, du contenu, de la publication et de l’importation de matériels religieux. D’autres obstacles juridiques à l’exercice de la liberté religieuse ou de croyance ont été introduits ultérieurement, au travers d’amendements aux codes civil et pénal et de la loi sur la responsabilité parentale. Ainsi, il est interdit aux jeunes de moins de 18 ans de participer à des activités religieuses, sauf pour les funérailles. Un autre obstacle juridique est la loi sur l’extrémisme, qui a souvent été utilisée pour justifier des actions coercitives contre des formes d’islam non autorisées par l’État2.

Le gouvernement considère avec suspicion l’influence étrangère, surtout si elle concerne l’islam. En revanche, les autorités ont cherché à promouvoir les traditions tadjikes. Le 28 août 2017, des amendements à la loi sur les traditions, les rites et les célébrations sont entrés en vigueur, obligeant les Tadjiks à porter des vêtements nationaux et à suivre la culture nationale. Beaucoup de femmes ont été arrêtées et leurs noms enregistrés – plus de 8000, rien qu’en août 2017 – pour port du voile islamique. D’autres mesures ont été prises par le gouvernement pour décourager les femmes de porter le voile, dont l’envoi de messages aux citoyens sur leurs téléphones privés ou la fermeture des magasins qui ne vendent pas de vêtements tadjiks traditionnels.3 En août 2017, le législateur a approuvé un projet de loi renforçant la réglementation applicable aux cérémonies privées, afin de limiter les mariages ostentatoires. La nouvelle loi interdit aux gens de porter du noir aux funérailles et établit des règles pour arrêter les lamentations considérées comme excessives. 4

L’âge minimum pour le pèlerinage annuel du hadj à la Mecque a été élevé en 2017 de 35 à 40 ans.5

En mai 2016, les restrictions au nombre de mandats que le président Rahmon est autorisé à accomplir ont été supprimées, et les partis politiques religieux ont été interdits.6

Incidents

À la fin de juillet 2017, Bakhrom Kholmatov, pasteur de l’Église protestante coréenne Sonmin Sonbogym à Khujand, dans la région septentrionale de Sogd, a été condamné à trois ans de prison pour incitation à la haine religieuse du fait de chants jugés extrémistes.7 Bakhrom Kholmatov avait été arrêté le 10 avril 2017 après une descente de police dans son église. Les agents de police ont aussi fait irruption dans d’autres petites communautés protestantes.

À Konibodom, une communauté religieuse a été fermée de force. Plusieurs de ses membres ont été poussés à renoncer à leur foi et, dans certains cas, ils ont perdu leur emploi.

À Douchanbé, les représentants du gouvernement ont fermé deux jardins d’enfants, l’un parce qu’il disposait d’un livre contenant des chants de Noël, et l’autre parce que deux de ses salariés étaient protestants.8

Le 11 juin 2017, dans la capitale, la police secrète a interrompu un service dominical du Concile des Églises baptistes et saisi le matériel religieux.

Le 29 octobre, les autorités ont attaqué l’église protestante de la Rivière de Vie, et ont condamné l’une des personnes présentes parce qu’elle disposait de la version imprimée d’un article tiré d’un site Web russe.

En avril 2017, un protestant a été condamné à une amende, son ordinateur et matériel religieux saisis, après avoir offert une Bible en tadjik à un tiers.9

Le 6 mars 2016, la police s’est introduite dans une maison privée où les Témoins de Jéhovah se rencontraient. Elle a interrogé les 30 personnes présentes pendant plus de six heures. Deux mois plus tard, la police a fait irruption dans un autre rassemblement des Témoins de Jéhovah, et a condamné deux des personnes présentes à une amende pour possession illégale de matériel religieux.10 Le 13 octobre 2017, un Témoin de Jéhovah appelé Daniil Islamov a été condamné à six mois de prison par le tribunal militaire de Qurghonteppa pour avoir refusé de faire son service militaire obligatoire.11

Le gouvernement a utilisé le spectre de l’extrémisme pour contrôler diverses pratiques religieuses islamiques, en présumant que tout ce qui allait au-delà des limites fixées par l’État menaçait la stabilité du pays. Au cours des deux dernières années, des arrestations massives et des procès ont eu lieu, impliquant des douzaines de personnes prétendument liées à des groupes islamistes extrémistes. De nombreux activistes religieux ayant enfreint les règles de l’État, dont quelque 20 imams khatib, ont été emprisonnés après avoir été accusés d’être des salafistes, membres des frères musulmans ou Hizb ut Tahrir.12 Les arrestations et condamnations ont été nombreuses, en particulier à Sogd et dans la capitale, avec des peines de prison de cinq ans en moyenne.

En 2016, les condamnations de membres du Parti de la renaissance islamique du Tadjikistan (PRIT) ont causé de sérieuses inquiétudes, au niveau international, quant à l’aggravation de la situation intérieure, et suscité la crainte que la répression ne contribue à « radicaliser ceux qui ont été poussés à sortir du débat public ».13 Les procès se sont terminés par la condamnation de deux membres du parti à la prison à vie, la condamnation de onze d’entre eux à une peine de 14 à 28 ans de prison14, et deux avocats de la défense ont été condamnés à 20 ans15 pour avoir défendu des représentants du parti. On a également observé de fréquents actes de brutalité et d’intimidation contre les membres du PRIT et leurs familles.

Afin de limiter l’influence étrangère, tous les imams formés à l’étranger sans l’approbation des autorités ont été remplacés en novembre 2017 par des religieux plus « souples ».16 Beaucoup d’étudiants ayant fréquenté des écoles islamiques à l’étranger ont été forcés de démissionner, même si les six dernières madrassas du pays ont été fermées en 2016.17

Perspectives pour la liberté religieuse

Le Tadjikistan, l’État post-soviétique le plus pauvre d’Asie centrale, a été dirigé par Emomali Rahmon depuis 1992 sans aucun respect pour les libertés civiles ou la liberté religieuse et politique. Dernièrement, la répression de toutes les formes de dissidence a augmenté, avec de nombreux actes de représailles et d’intimidation à l’encontre des opposants et de leurs familles, affaiblissant considérablement la liberté d’expression. Bien que cela ne soit pas directement lié à un désir spécifique de limiter la liberté de croyance religieuse, il est inévitable que l’intention grandissante du gouvernement d’éliminer toutes les formes d’opposition aura des répercussions négatives sur toutes les expressions de la religiosité en dehors des limites strictes fixées par l’État.


  1. Tajikistan’s Constitution of 1994 with Amendments through 2003, constituteproject.org, https://www.constituteproject.org/constitution/Tajikistan_2003.pdf?lang=en
  2. Law of the Republic of Tajikistan, 26 mars 2009, World Trade Organisation, https://www.wto.org/english/thewto_e/acc_e/tjk_e/WTACCTJK26_LEG_6.pdf
  3. Radio Free Europe/Radio Liberty, 6 septembre 2017, https://www.rferl.org/a/tajikistan-text-messsages-remind-obey-new-dress-code-hijab/28720266.html
  4. Radio Free Europe/Radio Liberty, 23 août 2017, https://www.rferl.org/a/tajikistan-law-pushes-traditional-clothes-not-islamic-hijab/28692417.html
  5. Radio Free Europe/Radio Liberty, 21 juin 2017, https://www.rferl.org/a/tajikistan-bans-hajj-for-under-40s/28570529.html
  6. Asia-Plus, 2 juin 2016, http://news.tj/en/news/ccer-announces-final-results-tajikistan-s-constitutional-referendum
  7. Mushfig Bayram, Forum 18 News Service, 20 juillet 2017, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2298
  8. Ibid, ‘Extremism” prison term for Christian books’, Forum 18 News Service, 28 avril 2017, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2276
  9. Ibid, Protestant Pastor jailed for three years’, Op. cit.; Ibid, ‘”Mistakes”, but prisoner of conscience remains jailed’, Forum 18 News Service, 5 décembre 2017
  10. Human Rights Without Frontiers, 26 septembre 2016, http://hrwf.eu/tajikistan-religious-freedom-in-tajikistan-jehovahs-witnesses-attempt-to-have-a-constructive-dialogue-with-the-authorities/
  11. Mushfig Bayram, Forum 18 News Service, 20 octobre 2017, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2327
  12. Asia-Plus, 19 décembre 2016, https://news.tj/en/news/tajikistan/security/20161219/234506
  13. Radio Free Europe/Radio Liberty, 6 octobre 2016, https://www.rferl.org/a/tajikistan-rights-lawyers-sentenced-yotov-mahkamov/28036423.html
  14. David Kaye, UN Special Rapporteur on Freedom of Expression and Opinion, Asia-Plus, 8 juin 2016, https://news.tj/en/news/tajikistan/politics/20160608/un-expert-deplores-harsh-sentencing-irpt-leaders-and-warns-radicalization
  15. Asia-Plus, 2 juin 2016, https://news.tj/en/news/tajikistan/laworder/20160602/leading-members-and-activists-banned-irpt-jailed
  16. AsiaNews, 8 novembre 2017, http://www.asianews.it/news-en/Dushanbe-cracks-down-on-extremism,-dismisses-foreign-trained-imams-42270.html
  17. 17 Mushfig Bayram, Forum 18 News Service, 6 septembre 2016, http://www.forum18.org/archive.php?article_id=2213