Taïwan

Chiffres clés

Légende :

Bouddhiste : 26.6%

Taoïste : 12.7%

Adeptes des religions nouvelles : 6.8%

Chrétiens : 6.1%

Agnostiques : 4.3%

Autres : 0.9%

Superficie : 36000 m2

Population : 23396000 habitants

Le cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Bien que la République de Chine, qui est le nom officiel de Taïwan, ne soit séparée de la République populaire de Chine que par l’étroit détroit de Taïwan, elle est certainement loin du continent en termes de respect de la liberté de religion. Grâce à la démocratisation de ses institutions et de la vie politique, qui a débuté sous le président Lee Teng-hui, un chrétien presbytérien1 (au pouvoir de 1988 à 2000), Taïwan jouit désormais d’une véritable liberté de religion. Tant la Constitution que la loi de Taïwan garantissent la pleine liberté de religion des 23 millions de Taïwanais, et les autorités la font généralement respecter.2 Aucune tension religieuse n’a été signalée, que ce soit par des organisations ou des groupes religieux.

Taïwan connaît actuellement un afflux important de visiteurs en provenance de République populaire de Chine, qui ont souvent l’occasion de voir par eux-mêmes comment un pays d’ethnie chinoise peut expérimenter une véritable liberté religieuse. Ce point peut être illustré par l’expérience du mouvement Falun Gong à Taiwan. Le Falun Gong, une forme de Qigong s’inspirant de la tradition bouddhiste, est devenu populaire en Chine dans les années 90, avec des dizaines de milliers d’adeptes. En 1999, effrayées par le succès du mouvement, les autorités chinoises ont décidé de sévir. Le Falun Gong a été interdit et des milliers de ses disciples ont été emprisonnés, torturés et exécutés. En revanche, à Taïwan, où le mouvement continue d’être actif, la société du Falun Gong de Taïwan revendique un million de membres, répartis dans plus de 1000 chapitres. Bien que ces chiffres doivent être manipulés avec prudence, les divers efforts que les membres taïwanais du Falun Gong déploient pour informer les touristes chinois, en visite dans l’île, au sujet de leur mouvement et de la répression qu’il a subie en Chine continentale, témoignent du haut degré de liberté religieuse à Taïwan.3

Du point de vue législatif, la situation des travailleurs domestiques mérite d’être soulignée. Environ 231 000 travailleurs4 proviennent principalement des Philippines et d’Indonésie. Leurs contrats de travail ne comprennent généralement pas de jour de repos hebdomadaire – ce qui les empêche de pouvoir se rendre et participer à un culte collectif5. Il semble que, pour le moment, les autorités taïwanaises n’aient pas l’intention de modifier cette législation.

Cette considération mise à part, la liberté religieuse est consacrée dans la Constitution, laquelle garantit la liberté du culte et l’égalité de traitement de toutes les religions. Toutes les activités religieuses sont considérées comme légales tant qu’elles ne nuisent pas aux libertés fondamentales et ne compromettent pas le bien-être public et l’ordre social.

À Taïwan, les religions sont reconnues dans la vie quotidienne, et le pays est le foyer de nombreux nouveaux mouvements religieux qui fleurissent et se développent, souvent à partir du bouddhisme, du taoïsme ou du confucianisme, comme le yiguandao, l’un des derniers-nés.

Un autre mouvement significatif, qui montre l’épanouissement des organisations religieuses à Taïwan, est le tzu chi. Fondé en 1966, ce mouvement résulte de la rencontre d’une religieuse bouddhiste avec trois religieuses catholiques de l’ordre des Ursulines. La religieuse bouddhiste, Cheng Yen, a ensuite créé le tzu chi, qui poursuit de vastes activités sociales et caritatives. Le mouvement tient maintenant plusieurs monastères, deux universités, deux chaînes de télévision, des restaurants végétariens, divers centres de formation et six hôpitaux. Il s’est établi dans pas moins de 96 pays6 et compte 10 000 employés et 2 millions de volontaires.

Incidents

Aucun incident majeur n’a été signalé au cours des deux dernières années en ce qui concerne l’exercice de la liberté religieuse.

En juillet 2017, l’Agence de protection de l’environnement, une agence ministérielle, a annoncé des plans pour limiter l’utilisation de l’encens dans les temples des grandes villes.7 Elle a expliqué que sa décision visait à réduire la pollution atmosphérique causée lorsqu’on brûle de l’encens. Des manifestations pacifiques ont eu lieu devant le Bureau présidentiel de Taipei, et les membres des communautés religieuses ont affirmé que la fumée de l’encens n’était rien comparée à la pollution causée par l’activité industrielle et les transports. En réponse, le Yuan exécutif (l’exécutif du gouvernement de Taiwan) a publié des photos du président Tsai Ing-wen et du Premier ministre Lin Chuan tenant des bâtons d’encens tout en priant dans un temple, pour montrer que la controverse était « un malentendu » et que « l’Agence de protection de l’environnement n’avait jamais voulu interdire la pratique de la religion ». Néanmoins, l’Agence a insisté sur le fait que la mesure était nécessaire pour poursuivre les efforts visant à améliorer la qualité de l’air des villes de Taïwan.8

La légalisation possible du mariage des personnes de même sexe à Taiwan constitue une question sensible. L’Alliance des groupes religieux pour la protection de la famille, un organe créé en 2013 par l’Église catholique et certains groupes bouddhistes, s’oppose en particulier aux changements lexicaux dans le projet de loi, comme la proposition de remplacer les mots « mari et femme » dans la législation par les mots « époux » ou « compagnons ». Le président Tsai Ing-wen, qui, au cours de sa campagne présidentielle, avait ouvertement soutenu « une pluralité de types de famille », a choisi de retarder le projet de loi, déclarant que, sur cette question, un consensus national devait d’abord être trouvé.9 Toutefois, aucune violation des droits des groupes religieux n’a été enregistrée dans le cadre de cette question.

Perspectives pour la liberté religieuse

Au cours des années à venir, on peut s’attendre à ce que l’actuelle démocratisation des institutions nationales et de la vie politique, qui a pris racine dans le pays, empêche la limitation de l’exercice de la liberté religieuse. Les religions sont présentes de façon significative dans la vie de l’île.


  1. Cheng-Tian Kuo: Religion and Democracy in Taiwan (Albany, New York: State University of New York Press, 2008), p. 13.
  2. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, International Religious Freedom Report for 2014: Taiwan Part, American Institute in Taiwan, https://www.ait.org.tw/international-religious-freedom-report-2014-taiwan-part/
  3. Cheng Yuyan, Falun Dafa Minghui.org, 15 février 2015, http://en.minghui.org/html/articles/2015/2/15/148410.html
  4.  Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, Taiwan 2016 International Religious Freedom Report, U.S. State Department, https://www.state.gov/documents/organisation/269012.pdf
  5. Joe Henley, Taipei Times, 17 février 2015 http://www.taipeitimes.com/News/feat/archives/2015/02/17/2003611746
  6. Le Nouvelliste, 16 janvier 2018, http://www.lenouvelliste.com/article/181888/La%20fondation%20bouddhiste%20Tzu%20Chi%20inaugure%20ses%20nouveaux%20locaux
  7. Il s’agit d’une pratique courante dans la religion folklorique chinoise, les fidèles se rassemblant dans des temples pour brûler de grandes quantités d’encens.
  8. Taiwan News, 21 juillet 2017 https://www.taiwannews.com.tw/en/news/3215774
  9. Églises d’Asie, 23 novembre 2016 http://eglasie.mepasie.org/asie-du-nord-est/taiwan/2016-11-23-les-chretiens-mobilises-pour-bloquer-la-legalisation-du-mariage-homosexuel