Tanzanie

Chiffres clés

Légende :

Chrétiens : 55.6%

Musulmans : 31.5%

Animistes : 11.2%

Autres : 1.7%

Superficie : 947303 m2

Population : 55155000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Des amendements à la Constitution tanzanienne sont à l’étude mais n’ont pas été adoptés au moment de la rédaction du présent rapport. Par conséquent, la Constitution de 1977 (amendée en 2011 et 2013) reste en vigueur. L’article 19 de cette Constitution dispose que « toute personne a droit à la liberté de pensée ou de conscience, de croyance ou de foi, et de choix en matière de religion, y compris la liberté de changer de religion ou de foi ».1

Le nouveau projet de Constitution contient d’autres précisions sur l’étendue – et les limites – du droit à la liberté de religion. C’est surtout le nouvel article 41 qui contient des dispositions détaillées, notamment les suivantes : (i) toute personne a droit à la liberté de conscience et de foi ; (ii) toute personne a le droit de célébrer et de propager librement sa religion, tant qu’elle n’enfreint pas la loi du pays ; (iii) la tâche d’organiser les communautés religieuses ne relève pas de la compétence du gouvernement ; (iv) la protection du droit à la liberté de culte est régie par la loi ; (v) l’État interdit toute utilisation abusive de la liberté de culte aux fins de perturber la paix dans le pays, de répandre la haine ou d’attiser la confusion sociale ; (vi) la foi et la religion ne devront jamais être utilisées pour encourager l’hostilité ou la division entre les citoyens.2

La Constitution de Zanzibar – qui fait partie de la République unie de Tanzanie depuis 1964, mais qui est autonome, avec ses propres président et parlement – contient les mêmes garanties de liberté religieuse que la version de la Constitution de la Tanzanie toujours en vigueur.

Toutes les organisations religieuses sont tenues de s’inscrire auprès du Ministère de l’Intérieur pour ce qui est de la Tanzanie continentale, et auprès du Bureau du registre général sur Zanzibar. Pour procéder à cet enregistrement, il convient de fournir les noms d’au moins 10 membres ainsi que les statuts écrits, les curriculum vitae des dirigeants et une lettre de recommandation du préfet de leur district d’origine. Par ailleurs, les organisations musulmanes sont tenues de produire une preuve d’autorisation du Conseil national musulman de Tanzanie (Bakwata), ou une autorisation similaire du mufti local si elles sont basées à Zanzibar.

Le gouvernement de Zanzibar nomme un mufti, un juriste professionnel qui interprète la charia (loi islamique), pour superviser les organisations musulmanes. Certains musulmans ont fait valoir que cette pratique représentait une ingérence excessive du gouvernement.

L’enseignement de la religion dans les écoles publiques est autorisé, mais seulement en tant que matière périscolaire. Les cours doivent être approuvés par la direction de l’école ou par les associations d’enseignants ainsi que par les parents, et sont animés gratuitement par les parents ou des bénévoles. Les écoles et universités confessionnelles sont légales, et il en existe beaucoup, qu’elles soient chrétiennes (tant catholiques que protestantes) ou islamiques. Les organisations chrétiennes sont tenues de présenter au Ministère de l’Intérieur une lettre d’accréditation de la hiérarchie de leur propre confession.

Les fêtes religieuses nationales reconnues comprennent les fêtes chrétiennes du Vendredi Saint, Lundi de Pâques et jour de Noël, et les fêtes musulmanes de Mawlid, de l’Eid al-Fitr et de l’Aïd al-Hajj.

Incidents

La Tanzanie a une longue tradition de coexistence pacifique entre les différentes confessions religieuses, en particulier entre chrétiens et musulmans, et la liberté de religion est en général respectée. La religion n’est pas considérée comme un facteur de désunion, et les tensions sociales et conflits récents sont plutôt considérés comme étant causés par des conflits entre partis politiques.3

Le 25 décembre 2017, le pasteur Zachary Kakobe, qui dirige une Église pentecôtiste dans la capitale commerciale Dar es-Salaam, a prononcé un sermon de Noël dans lequel il déclarait que la Tanzanie « se transformait tranquillement en un système à parti unique en interdisant systématiquement l’activité politique ». Quelques jours plus tard, le Ministère de l’Intérieur a averti les organisations religieuses, qui commentaient les questions politiques, qu’elles pourraient perdre leur licence.4

Un cas similaire a eu lieu en juillet 2016, lorsque Mgr Gwajima, responsable de l’Église pentecôtiste de la Gloire du Christ de Tanzanie, à Dar es-Salaam, a été arrêté et interrogé par la police après avoir critiqué en chaire le parti au pouvoir dans le pays. La police a relâché l’évêque après quelques heures, mais la licence de son Église a été suspendue en attendant une enquête plus approfondie.

En septembre 2016, trois suspects ont été reconnus coupables et condamnés à une peine d’emprisonnement à perpétuité pour un incendie criminel perpétré en 2015 dans une église évangélique luthérienne, dans la région de Kagera, à l’ouest du pays.5

Ces dernières années, les chrétiens de Tanzanie – et, dans une moindre mesure, les musulmans modérés – ont été de plus en plus préoccupés par des incidents de violence islamiste. Contrairement aux années précédentes, aucun incident grave d’attaques commises par des extrémistes islamistes à l’encontre d’institutions chrétiennes n’a été signalé au cours de la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018).

Perspectives pour la liberté religieuse

La longue tradition tanzanienne de respect pour le droit à la liberté religieuse et de coexistence religieuse a continué, malgré quelques tentatives de groupes extrémistes pour répandre une version violente de l’islam ces dernières années. Les activités de ces groupes ont diminué au cours des deux dernières années. D’autres incidents, comme des actions en justice engagées contre des pasteurs pentecôtistes, semblent avoir eu des motifs politiques. Nous pouvons donc conclure que le respect du droit à la liberté religieuse s’est amélioré en Tanzanie au cours de la période faisant l’objet du présent rapport et que les perspectives sont positives.

 


 

  1. The United Republic of Tanzania. Judiciary, http://www.judiciary.go.tz/downloads/constitution.pdf
  2. Les dispositions de la nouvelle Constitution concernant la liberté religieuse ont été fournies par un missionnaire expatrié qui connaît le swahili. La nouvelle Constitution, dans sa version originale en langue swahilie, emploie le mot « dini » pour désigner la foi, la confession religieuse, les sectes ou pour désigner les disciples de n’importe quel groupe religieux. En swahili, « dini » signifie ce que l’on pourrait appeler « religions du livre », et ne comprend pas les croyances religieuses traditionnelles.
  3. Conversation, le 23 mars 2018, avec un missionnaire expatrié ayant 18 années d’expérience en Tanzanie.
  4. World Service, 29 décembre 2017, http://www.bbc.com/news/world-africa-42517535
  5. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor, ‘Tanzania’, U.S. Department of State, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/religiousfreedom/index.htm#wrapper