Tchad

Chiffres clés

Légende :

Musulmans : 56.7%

Chrétiens : 35.2%

Animistes : 7.1%

Autres : 1%

Superficie : 1284000 m2

Population : 14497000 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

Selon la Constitution du 14 avril 1996 (amendée en 2005)((Constitution du Tchad de 1996, amendée en 2005, http://www.wipo.int/wipolex/fr/text.jsp?file_id=200559)), inspirée du modèle français, le Tchad est une République présidentielle avec un système multipartite, mais avec des traits fortement autocratiques.((Das Länder-Informations-Portal, Deutschen Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ): http://liportal.giz.de/tschad/geschichte-staat/)) Rédigée par la Conférence Nationale Souveraine (CNS), au cours d’une période transitoire de trois ans, la Constitution a été ratifiée par référendum le 31 janvier 1996 avec 61,5% des suffrages. Cependant, le travail de la CNS a été rendu plus difficile par le fait qu’il fallait d’abord assumer un passé marqué par des conflits violents.

Au début des années 2000, le parti au pouvoir, le Mouvement Patriotique du Salut (MPS), a modifié la Constitution en supprimant la limitation du Président à deux mandats. Le chef du MPS, Idriss Déby, l’actuel président du pays, est au pouvoir sans interruption depuis 1990. Lors des dernières élections présidentielles en 2016, il a été réélu avec près de 60 % des voix.((Munzinger Archiv 2018, www.munziger.de/search/login)) Pratiquement tous les partis d’opposition ont signé une déclaration commune contre lui.

L’amendement constitutionnel a été adopté par le Parlement du pays en mai 2004, et ratifié par référendum le 6 juin 2005. Des allégations de fraude électorale ont été lancées à maintes reprises tout au long du processus référendaire et ont été maintenues pendant très longtemps.

L’amendement constitutionnel a emporté tout espoir de changement de régime parmi les Tchadiens et dans l’opposition. Depuis lors, il y a eu des attaques répétées de rebelles et des tentatives de coup d’État contre le gouvernement, provenant même des propres rangs du Président. Cependant, Idriss Déby, qui se considère comme le seul garant de la stabilité et du développement, a jusqu’à ce jour été en mesure de faire face. Il a l’intention de continuer à gouverner indéfiniment le Tchad avec son parti. En 2016, Idriss Déby s’est représenté une fois de plus aux élections après 25 ans au pouvoir. Cette fois-ci, cependant, contrairement aux élections de 2011, l’opposition n’a, dans sa grande majorité, pas boycotté les élections.

L’article 1 de la Constitution du Tchad établit le principe de la laïcité et la séparation de l’État et de la religion.((Chad’s Constitution, op.cit.)) À l’article 5, toute propagande « tendant à porter atteinte à l’unité nationale ou à la laïcité de l’État » est interdite, y compris la propagande « à caractère confessionnel ». À l’article 14, l’État assure à tous « l’égalité devant la loi sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion, d’opinion politique ou de position sociale ».((Ibid.)) L’article 27 mentionne la liberté de religion comme l’une des libertés qui ne peuvent être limitées que par le respect des droits d’autrui et par l’impératif de sauvegarder l’ordre public et les bonnes mœurs. L’article 51 rend le service militaire obligatoire tandis que l’article 54 dispose : « Nul ne peut se prévaloir de ses croyances religieuses, ni de ses opinions philosophiques pour se soustraire à une obligation dictée par l’intérêt national ». Par conséquent, les objections au service militaire pour raison de conscience ne sont pas autorisées.((Ibid.))

Conformément au principe de laïcité de l’État, l’enseignement religieux est interdit dans les écoles publiques. Les groupes religieux peuvent cependant gérer leurs propres écoles. Le port de la burka (ou de couvre-chefs religieux recouvrant tout le visage) est interdit.((Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, International Religious Freedom Report for 2016, U.S. State Department, https://www.state.gov/j/drl/rls/irf/2016/))

Incidents

Au Tchad, les confessions religieuses entretiennent en général de bonnes relations, en particulier dans le sud du pays. Des délégations de musulmans et de chrétiens assistent régulièrement aux célébrations et fêtes religieuses les unes des autres.((Ibid.))

Cependant, deux évolutions particulières ont conduit à des tensions et à de la violence. Dès lors, et à la suite d’attaques graves perpétrées par des groupes islamistes, aucune amélioration de la situation de la liberté religieuse au Tchad pendant la période faisant l’objet du présent rapport (2016-2018) n’a été détectée.((Rapport sur la liberté religieuse de 2016, Aide à l’Église en Détresse, https://www.liberte-religieuse.org/tchad/)) On peut noter dans un premier temps des groupes islamistes au sein de la population musulmane du Tchad et dans un second des combattants djihadistes venus de l’étranger et cherchant à déstabiliser le Tchad.((Zeit-Online, 11 octobre 2015, http://www.zeit.de/politik/ausland/2015-10/boko-haram-anschlag-tschad))

Près de 10 % des musulmans sont considérés comme ayant des tendances islamistes, adhérant au salafisme ou au wahhabisme, une interprétation stricte du Coran originaire d’Arabie Saoudite.((“Tschad – Geschichte und Staat”, op. cit.)) Ces musulmans extrémistes sont à maintes reprises entrés en conflit avec les musulmans modérés.((Bureau of Democracy, Human Rights and Labor, op. cit.)) L’absence de salafistes au Conseil Supérieur des Affaires Islamiques (CSAI), un organisme institué par le gouvernement, est considérée comme problématique au sein de la communauté musulmane.((Ibid.))

Le Forum régional sur le dialogue interconfessionnel, composé de représentants de la Communauté islamique, des Églises protestantes et de l’Église catholique, se réunit plusieurs fois par an afin de promouvoir la tolérance religieuse et de lutter contre les préjugés envers les personnes d’autres religions.((Ibid.))

Il y a eu à maintes reprises des affrontements armés impliquant l’organisation terroriste islamiste Boko Haram, qui opère depuis le Nigeria dans la région du lac Tchad. Cette région est stratégiquement située entre quatre pays : le Tchad, le Nigeria, le Niger et le Cameroun. Boko Haram peut facilement s’y retirer et s’y cacher.((Jens Borchers, Deutschlandfunk, 13 novembre 2017, http://www.deutschlandfunk.de/krise-am-tschadsee-armut-klimawandel-und-terrorismus.724.de.html?dram%3Aarticle_id=400512)) Ses combattants opèrent dans les zones frontalières mais vivent sur des îles nigérianes. Ils peuvent pénétrer dans les pays voisins et envahir les villages avant de se rabattre dans les îles.((Ibid.)) Des habitants du Nigeria, du Niger, du Cameroun et du Tchad se sont retirés de cette même région, fuyant soit la pauvreté, soit Boko Haram. Quelque 2,3 millions de déplacés y vivraient actuellement.((Ibid.))

Le Tchad ainsi que  le Niger, le Nigéria et le Cameroun sont engagés militairement contre Boko Haram, ce qui constitue une force totale de 9000 soldats.((Ibid.)) Dans une déclaration, l’armée tchadienne a fait état d’une opération de ses troupes contre le groupe terroriste sur cinq îles nigérianes du lac Tchad. Fin juin 2017 des combats ont causé la mort de 8 soldats tchadiens et de 162 combattants de Boko Haram.((Tagesschau.de, 27 juin 2017, https://www.tagesschau.de/ausland/tschad-boko-haram-101.html))

Le 23 mars 2018, vingt combattants de Boko Haram ont été tués lors d’affrontements avec des soldats tchadiens((Zeit-Online, 25 mars 2018, http://www.zeit.de/news/2018-03/25/20-boko-haram-kaempfer-im-tschad-getoetet-180325-99-628017)) sur une île du lac Tchad ; un soldat tchadien a été tué et cinq autres blessés.

Le père Franco Martellozzo, un prêtre jésuite qui vit au Tchad depuis plus de 50 ans, déclare que, même si Boko Haram n’a pas pris pied dans le pays, l’extrémisme militant est une source de préoccupation.((Fides, 31 janvier 2018, http://www.fides.org/de/news/63667-AFRIKA_TSCHAD_Soziale_und_politische_Spannungen_Kirche_foerdert_Gemeinwohl)) La propagation transfrontalière de la terreur islamiste constitue une menace particulière pour les chrétiens vivant dans la région. Dans le cadre de la crise actuelle, le missionnaire souligne que la communauté catholique reste optimiste et fournit de l’aide humaine, spirituelle et matérielle « pour répondre aux besoins des gens, en particulier les plus faibles et les nécessiteux ».((Ibid.))

Perspectives pour la liberté religieuse

Pour les Tchadiens, la menace du djihadisme islamiste n’est pas le seul facteur qui rend difficile l’exercice de leur liberté religieuse. Leur situation est aggravée par l’extrême pauvreté. En effet, selon les évêques catholiques du Tchad, le pays est en réelle difficulté économique et sociale.((Fides, 13 janvier 2017, http://www.fides.org/en/news/61515-AFRICA_CHAD_The_Bishops_The_Country_is_in_crisis_but_we_must_resist_the_temptation_of_discouragement_and_violence))

Au niveau politique, les évêques se plaignent d’un « manque de dialogue » entre le gouvernement, l’opposition, les institutions et la population civile, ce qui constitue « une grave menace pour la démocratie ». Au niveau économique, en tant que nation productrice de pétrole, les revenus du Tchad reposent sur les exportations. Les évêques catholiques notent que cela signifie que « le pays a perdu sa vocation agricole et pastorale ».((Ibid.))

La mauvaise gestion des recettes pétrolières et la « chute brutale des prix internationaux du pétrole » ont montré « comme prévu la fragilité de l’économie ». Le manque d’intérêt pour le secteur agricole, conjugué à l’avancée de la désertification, a conduit à de nombreux « conflits sanglants entre bergers et agriculteurs, causant des pertes humaines et matérielles ».((Ibid.))

Au début de 2018, les principaux syndicats du pays ont réclamé, à la suite d’une baisse des recettes pétrolières, une grève générale contre l’austérité gouvernementale et contre la réduction des rémunérations des fonctionnaires.((Soziale und politische Spannungen: Kirche fördert Gemeinwohl, op. cit.)) Ils ont dénoncé non seulement les coupes salariales, mais aussi l’interdiction et la répression, par les autorités, des initiatives pacifiques, comme lorsque la police a dispersé les manifestations estudiantines dans la capitale tchadienne, N’Djamena, en utilisant des gaz lacrymogènes. Quelque 100 manifestants ont été arrêtés lors de cet incident.((Ibid.))

Dans un contexte de forte tension sociale et politique, l’Église catholique au Tchad a demandé à la population et aux autorités de « contribuer au bien commun, et de surmonter la crise, sans succomber à la tentation de la violence ou du désespoir », a déclaré le père Martellozzo.((Ibid.))

Par ailleurs, la situation des réfugiés dans l’est du Tchad, limitrophe de la région déchirée par la crise du Darfour, au Soudan demeure préoccupante.((Martin Durm, tagesschau.de, 24 mars 2018, https://www.tagesschau.de/ausland/sahel–zone-migranten-101.html)) Selon différentes sources, plus de 400 000 réfugiés vulnérables auraient trouvé refuge dans 14 camps humanitaires dans cette partie du Sahel, classés parmi les plus grands d’Afrique, et dépendraient de l’aide humanitaire. Devenus permanents et gérés par l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), les camps sont financés presque exclusivement par l’Union européenne.

Tant que les conditions économiques et matérielles de la population tchadienne ne s’améliorent pas, la liberté religieuse ne pourra pas évoluer positivement.