Vietnam

Chiffres clés

Légende :

Bouddhistes : 49.4%

Agnostiques : 12.3%

Religions nouvelles : 10.9%

Animistes : 10.7%

Chrétiens : 8.7%

Athées : 6.3%

Autres : 1.7%

Superficie : 330967 m2

Population : 94443995 habitants

Cadre juridique de la liberté religieuse et son application effective

A l’instar de presque tous les régimes communistes, le Vietnam dispose de lois et de règlements laissant penser, du moins officiellement, que la liberté religieuse est respectée dans le pays. Cependant, la réalité vécue par le peuple vietnamien est très différente. Le 1er janvier 2018, une « loi sur les croyances et la religion » est entrée en vigueur.1 Avant d’être voté par l’Assemblée nationale, le 16 novembre 2016, ce texte de loi avait suivi un long processus. À la grande surprise de tous, le bureau gouvernemental des affaires religieuses l’avait soumis aux communautés religieuses du pays pour qu’elles le commentent. En réponse, le 1er juin 2017, les évêques catholiques ont présenté leurs « remarques sincères et franches ».2 Ils ont fait savoir que la loi proposée représentait un recul par rapport à l’ordonnance de 2004 sur les croyances et la religion. L’Église déplore que les autorités vietnamiennes soient encore attachées au concept du système dit de « demande / accord »  xin-cho »).3 Cela oblige les organisations religieuses à demander l’autorisation du régime pour toutes les activités qu’elles entreprennent.4

En janvier 2016, le 12e Congrès du Parti communiste vietnamien (PCV) a adopté un « rapport politique ». Le document offre un aperçu de la pensée des plus hauts dirigeants du pays et de l’appareil du PCV. Un bref paragraphe porte sur la politique religieuse :

« Nous continuerons à améliorer la politique et la législation en matière de croyances et de religion, et à promouvoir les valeurs culturelles et morales élevées des religions. En créant les bonnes conditions, nous veillerons à ce que les organisations religieuses mènent des activités conformes à leurs règles et idéaux, que l’État a reconnus conformes aux dispositions de la loi. En même temps, nous devons travailler à prévenir et à lutter contre les activités qui utilisent les croyances et la religion pour saper et saboter le bloc de l’unité nationale, et lutter contre les activités religieuses qui violent les dispositions de la loi ».

Cet extrait montre comment le Parti communiste vietnamien a abandonné la doctrine marxiste-léniniste stricte sur les questions religieuses. Depuis 1990, la religion n’est plus considérée comme destinée à décliner ou à disparaître, mais comme une partie positive de la culture traditionnelle. Néanmoins, la religion est perçue comme une épée à double tranchant, d’une part capable de fournir une contribution à la société, et d’autre part d’être une source de troubles, sapant l’unité nationale.

Ce n’est qu’à l’intérieur d’une revue militaire que nous trouvons un article plus détaillé sur la religion. Publié dans le Journal of National Defence5, l’article de février 2016 s’intitule : « Les religions au Vietnam et leur mission : construire et défendre la patrie ». Il commence par évaluer l’impact du monde religieux vietnamien sur la stratégie de la politique de défense du pays, puis fournit des statistiques qui ne correspondent pas aux chiffres officiels revendiqués par les religions en question.6 Selon l’auteur de l’article, le bon fonctionnement de ces diverses communautés religieuses et leur intégration au sein de la société sont dus à la bonne gestion du PCV.  L’article donne l’impression que la situation des religions est idéale. Toutefois, on ne peut nier que les autorités continuent de surveiller de très près les activités religieuses au Vietnam. Le 11 septembre 2017, l’un des plus hauts responsables de la Sécurité publique, Vu Chiên Thang, a été nommé directeur du Bureau gouvernemental des affaires religieuses, l’entité administrative chargée de gérer les activités et l’organisation des religions à l’intérieur du pays.7 Son prédécesseur, le lieutenant général Pham Dung, était également un haut fonctionnaire de la Sécurité publique, supervisant étroitement les affaires religieuses. Les évêques catholiques du Vietnam estiment que la Sécurité publique fait preuve d’une attitude fondamentalement hostile à l’égard des organisations religieuses. Celles-ci sont considérées, selon les termes des évêques, comme des « forces d’opposition ».8 La « loi sur les croyances et la religion » incorpore des articles relatifs aux besoins religieux des personnes en détention, aux besoins religieux des étrangers, et à la reconnaissance du statut d’« entités juridiques non commerciales » des organisations religieuses. La Conférence des évêques catholiques du Vietnam a déclaré en août 2016 qu’« auparavant, le terme d’entité juridique avait été utilisé de différentes manières pour la reconnaissance des organisations religieuses », et a proposé d’indiquer « clairement » le statut d’« entité juridique non commerciale, conformément aux dispositions légales 91/2015/QH13 du code civil ».9 Cette mesure pourrait s’avérer significative dans ce pays où il y a de fréquents différends fonciers entre autorités civiles et organisations religieuses.

Cependant, la dernière version du texte, adoptée par le Parlement, a conservé peu d’éléments des projets de loi qui avaient circulé au cours des dernières années, notamment en ce qui concerne les activités éducatives et sanitaires menées par des organisations religieuses. Cette question est particulièrement sensible car elle a été une préoccupation constante de l’Église catholique et d’autres religions depuis l’unification du pays en 1975. En août 2016, la Conférence épiscopale a interprété le projet de loi comme « une autorisation », accordée aux organisations religieuses, d’agir dans les domaines de la santé et de l’éducation « à tous les niveaux : jardins d’enfants, écoles primaires et secondaires et universités ».10 La formulation de la loi, telle qu’elle a été adoptée par le Parlement, a été décrite comme vague par les évêques du pays. L’article 55 dispose que « les organisations religieuses peuvent participer aux activités éducatives, de formation, de santé, d’assistance sociale, de charité et d’aide humanitaire, conformément aux dispositions légales en vigueur ». Les détails sur la façon de « participer » font défaut. On ne sait pas très bien si les organisations religieuses pourront ouvrir, héberger et gérer des établissements d’enseignement, des centres de santé, etc.

Incidents

Bien que l’Église catholique n’ait toujours pas repris le contrôle des nombreuses écoles dont elle avait la gestion (avant 1954 dans le nord et 1975 dans le sud), ses dirigeants ont récemment été autorisés à ouvrir deux centres de formation à Hô Chi Minh-ville (Saigon). L’Institut universitaire national a ouvert ses portes le 6 août 2015 et l’Institut catholique du Vietnam (ICV) en septembre 2016. En septembre 2017, l’ICV avait 70 étudiants, tous vietnamiens.11 Mgr Joseph Nguyên Chi Linh, archevêque de Huê et président de la Conférence épiscopale catholique du pays, a fait valoir que l’ouverture de l’ICV n’était pas une « nouveauté », mais « une restauration » de ce qui avait été confisqué par les autorités de l’époque3 car le Vietnam disposait de deux universités catholiques avant 1975 (à Dalat et Saïgon). Le 29 août 2017, le maître bouddhiste Thich Nhat Hanh, âgé de 91 ans, est autorisé à revenir au Vietnam.12 C’est son troisième retour. Il a d’abord quitté le Vietnam en 1966, et l’a de nouveau quitté après l’expulsion en 2008 de 400 religieux et novices du groupe qu’il avait fondé à Bat Nha.13 Il n’apparaît pas clairement s’il sera en mesure de rétablir sa communauté monastique au Vietnam.

Malgré cela, le gouvernement n’a pas modifié ses habitudes de surveillance et de coercition des communautés religieuses. Cela vise aussi l’Église bouddhiste unifiée du Vietnam, qui est indépendante du bouddhisme et reconnue par les autorités vietnamiennes. Le patriarche de l’Église, Thich Quang Do, est toujours assigné à résidence dans sa pagode à Ho Chi Minh-ville. Bien que ce vieil homme de 90 ans soit autorisé par le régime à quitter le monastère de Thanh Minh une fois par trimestre pour un examen médical, sa liberté de mouvement est sévèrement restreinte, malgré les affirmations du gouvernement.14 En attendant, il n’y a aucun signe de diminution des différends fonciers impliquant la police et les organisations religieuses, ce qu’illustre la situation du monastère bénédictin de Thien An (la « paix céleste »), près de Hue. Depuis la fin des années 1990, les autorités vietnamiennes cherchent à réquisitionner une partie des terres du monastère, afin de développer un parc de loisirs. Le 28 juin 2017, 150 personnes sont entrées dans le monastère pour démolir une croix. Lorsque les moines ont tenté d’intervenir, ils ont été agressés et l’un d’eux a été grièvement blessé.15 La croix en question, érigée en 2014, avait déjà été démolie en 2015 et en 2016. Comme le rapporte Radio Free Asia, un témoin a déclaré que parmi les agresseurs se trouvaient des policiers locaux vêtus en civil.16

Une autre source récurrente de tensions est l’implication des organisations religieuses dans les affaires sociales. Les autorités interviennent invariablement lorsqu’elles considèrent que l’action sociale en question menace le gouvernement ou le PCV. En avril 2016, des rejets toxiques de l’usine sidérurgique Formosa Plastic ont envahi la mer de Chine, causant de graves problèmes de pollution. Les prêtres locaux ont soutenu les personnes affectées lorsque celles-ci ont réclamé une indemnisation pour les dommages causés. Le clergé a soutenu les efforts accomplis pour identifier les responsables. Les médias officiels – les seuls disponibles au Vietnam – ont mis en doute l’implication des prêtres. Au printemps 2017, ils ont accusé deux prêtres catholiques, le père Dang Huu Nam et le père Nguyên Dinh Thuc, de mener des activités « contre le parti ».17

L’État fait tout son possible pour maintenir l’ordre public, même si cela implique de violer les droits fondamentaux de l’homme, y compris la liberté religieuse. Cela conduit à de sévères restrictions à l’évangélisation. Les missions porte-à-porte et la distribution de tracts dans les espaces publics peuvent pousser les policiers à intervenir. Le travail d’évangélisation auprès des minorités ethniques des Hautes Plaines pose particulièrement problème. Alors que le pasteur protestant Nguyen Cong Chinh et son épouse, Tran Thi Hong, faisaient du prosélytisme dans les provinces de Kontum et Gia Lai, ils ont été arrêtés, en 2011, et accusés d’avoir « sapé la solidarité nationale ». Le pasteur a été condamné à 11 ans de prison. Pour des raisons de santé, il a été libéré plus tôt que prévu, le 28 juillet 2017, à condition qu’il quitte le pays.18 Lui et sa famille vivent désormais aux États-Unis. Les autorités ont été violentes envers les minorités ethniques des Hautes Plaines qui se sont convertis au christianisme. Selon le Comité vietnamien des droits de l’homme, le 1er mars 2018, des assaillants inconnus ont frappé 24 membres de l’ethnie Hmong qui s’étaient récemment converties au christianisme. Ils avaient déjà été menacés d’être expulsés de leurs villages s’ils ne renonçaient pas à leur foi chrétienne. Les autorités s’opposent à la conversion aux confessions chrétiennes qui ne sont pas enregistrées auprès du gouvernement.19

[greybox]Perspectives pour la liberté religieuse[/greybox]

Il est trop tôt pour évaluer l’impact de la nouvelle « loi sur les croyances et la religion » entrée en vigueur le 1er janvier 2018. Le harcèlement continu des organisations religieuses et les attaques contre le clergé et les fidèles ne suggèrent pas que le gouvernement améliore son approche de la liberté religieuse. Les remarques de Mgr Leopoldo Girelli, ancien « représentant non-résident du Saint-Siège au Vietnam » de 2011 à 2017, pourraient être considérées comme une indication de la situation du pays en matière de liberté religieuse.20 S’exprimant lors des festivités qui ont eu lieu le 15 août 2017 au sanctuaire marial de La Vang, dans le centre du Vietnam, l’archevêque a déclaré que beaucoup de gens à travers le monde voulaient plus de respect pour la liberté religieuse dans le pays.21 Il a ajouté que l’Église catholique devrait être considérée comme une source de bien-être spirituel plutôt que comme un obstacle à l’État.


 

  1. Luke Hunt, The Diplomat, 12 janvier 2017, https://thediplomat.com/2017/01/vietnams-religious-law-testing-the-faithful/
  2. Eglises d’Asie8 juin 2017, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2017-06-08-les-remarques-ab-sinceres-et-franches-bb-des-eveques-vietnamiens-sur-la-loi-relative-aux-croyances-et-a-la-religion
  3. Eglises d’Asie, 3 juillet 2017, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2017-07-03-ab-communistes-et-catholiques-se-comprennent-beaucoup-mieux-qu2019autrefois-bb/
  4. Eglises d’Asie, 19 septembre 2017, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2017-09-15-traduction-integrale-des-remarques-envoyees-par-les-eveques-a-l2019assemblee-nationale-au-sujet-de-la-loi-sur-les-croyances-et-la-religion/
  5. Quôc Phong Toan Dân (Journal de la Défense nationale), 25 février 2016, http://tapchiqptd.vn/vi/bao-ve-to-quoc/cac-ton-giao-o-viet-nam-voi-su-nghiep-xay-dung-va-bao-ve-to-quoc/8666.html
  6. Ibid
  7. Eglises d’Asie, 26 septembre 2017, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2017-09-26-un-nouveau-responsable-du-bureau-des-affaires-religieuses-issu-de-la-securite-publique
  8. Eglises d’Asie, 19 septembre 2017, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2017-09-15-traduction-integrale-des-remarques-envoyees-par-les-eveques-a-l2019assemblee-nationale-au-sujet-de-la-loi-sur-les-croyances-et-la-religion/
  9. Eglises d’Asie, 6 septembre 2016, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2016-09-06-les-eveques-vietnamiens-commentent-le-nouveau-projet-de-loi-sur-les-croyances-et-la-religion/
  10. Art 54 of the Bill dated 8th August 2016
  11. Eglises d’Asie, 12 septembre 2017, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2017-09-12-linstitut-catholique-du-vietnam-effectue-sa-rentree/
  12. Eglises d’Asie, 7 septembre 2017, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2017-09-07-a-propos-du-retour-au-vietnam-du-createur-d2019une-communaute-bouddhiste-expulsee-du-pays-depuis-neuf-ans/
  13. Eglises d’Asie, 20 avril 2010, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2010-04-20-l2019incompatibilite-entre-l2019ecole-bouddhiste-du-village-des-pruniers-et-le-gouvernement-vietnamien-se-confirme/
  14. United States Commission on International Religious Freedom, 16 mars 2018, http://www.uscirf.gov/thich-quang-do
  15. Eglises d’Asie, 30 juin 2017, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2017-06-30-les-benedictins-du-monastere-de-thien-an-pres-de-hue-a-nouveau-agresses-par-les-autorites-locales/
  16. Radio Free Asia, 29 juin 2017, https://www.rfa.org/english/news/vietnam/dispute-06292017155357.html
  17. Eglises d’Asie, 11 mai 2017, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2017-05-11-deux-pretres-du-diocese-de-vinh-sont-la-cible-d2019une-campagne-de-diffamation-orchestree-par-les-autorites-provinciales/
  18. United States Commission on International Religious Freedom, 5 avril 2018, http://www.uscirf.gov/pastor-nguyen-cong-chinh-and-tran-thi-hong-released
  19. Ucanews, 22 mars 2018, https://www.ucanews.com/news/vietnam-rights-group-condemns-attack-on-christian-hmong/81854
  20. Eglises d’Asie, 28 septembre 2017, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2017-09-28-mgr-leopoldo-girelli-aura-t-il-un-successeur-au-vietnam/
  21. Eglises d’Asie, 1er septembre 2017, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud-est/vietnam/2017-09-01-le-delegue-du-saint-siege-demande-aux-ab-cesars-du-vietnam-bb-de-respecter-la-liberte-religieuse/